35 facteurs qui favorisent la croissance des Églises locales


Auteur: Pierre-Alain Giffard


À partir des différents éléments de cette troisième partie, nous pouvons faire une synthèse que nous souhaitons la plus complète possible, des différents facteurs qui favorisent la croissance des Églises.


1er facteur : Avoir la ferme conviction que la croissance de l’Église est la volonté de Dieu

Les dirigeants des Églises devraient être convaincus que Dieu veut la croissance de l'Église et que sa croissance est un signe de santé ecclésiale.


2ème facteur : Accepter de se consacrer corps et âme à la croissance de la communauté chrétienne.

Les dirigeants devraient être consacrés "corps et âme" à la croissance de leur Église et s'engager pendant plusieurs années pour la réaliser malgré les difficultés inévitables.

3ème facteur : Se libérer du « fardeau » de l’administration pour se consacrer à la croissance

Les dirigeants des Églises en croissance ne se sont pas laissés envahir par des tâches administratives de maintenance ou par un travail qui ne serait pas productif en termes de croissance et directement reliés à l’implantation d’Églises.

4ème facteur : Planifier et s’organiser pour la croissance

La plupart des communautés chrétiennes souhaitent la croissance, mais cette dernière prend plus que des bonnes intentions et de bonnes dispositions, elle nécessite de s’organiser et de planifier en conséquence. Des recherches montrent que les Églises qui ont élaboré un plan pour trouver de nouveaux membres ont grandi plus que celles qui ne l'avaient pas fait .

5ème facteur : Ne pas avoir de doutes quant au moyen de salut

La bible dit: « Il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés (Actes 4:12) et que Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par lui (Cf. Jean 14:6). Jésus étant le seul Sauveur, inviter les hommes et les femmes à l’accepter et à le suivre ne devrait pas être considéré comme du prosélytisme, mais plutôt comme la responsabilité de chaque chrétien.

6ème facteur : Avoir une certaine compréhension de la mission

McGavran, le fondateur du Mouvement pour la croissance de l’Église, définit la mission chrétienne comme une entreprise consacrée à proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et à convaincre les hommes à devenir ses disciples et membres responsables de son Église. Ainsi, les tâches de la communauté chrétienne ne sont pas à regarder avec la même importance, des priorités doivent être fixées. L’action pastorale et missionnaire pour retrouver les brebis perdues et pour faire des disciples doit être une des priorités les plus importantes.

7ème facteur : Précéder et accompagner l’action missionnaire par la prière

L'observation des Églises en croissance démontre que des mois de prières d’intercession avaient précédé leur développement ; prières pour que les Églises se multiplient et que des hommes et des femmes soient « gagnés » au Christ.

8ème facteur : Écrire un énoncé de mission

Écrire un énoncé de mission permet à la communauté chrétienne d’avoir une vision pour l'avenir. Celui-ci devrait être mis sur papier et la vision communiquée aux membres de l'Église de différentes façons.

9ème facteur : Aider les membres de la communauté chrétienne à accepter les changements

La mise en place de principes de croissance ne peut pas se faire sans changements. Mais par nature, les êtres humains résistent aux changements, il est donc important de préparer les membres de la communauté chrétienne à les accepter afin d’éviter des tensions inutiles.

10ème facteur : Développer l’identité missionnaire des membres

L’Église est missionnaire par nature. Pourtant, bon nombre de chrétiens n’ont pas conscience d’être des missionnaires. Les membres de la communauté chrétienne devraient donc être conscientisés face à leur identité de missionnaire.

11ème facteur : Développer la ferveur spirituelle des membres

Le renouveau (appelé aussi réveil) est une effusion de l’Esprit qui amène ceux qui l’on reçue, à faire du salut de leurs frères et sœurs un but essentiel de leur vie. Une inquiétude divine les anime, ils désirent intensément voir leurs proches goûter la puissance rédemptrice de l’Évangile. L’énergie et la ferveur résultant de cette effusion permettent à ceux et celles qui le reçoivent de témoigner efficacement du Christ. Il en résulte la multiplication des convertis et la croissance de la communauté chrétienne. De fait, les Églises de type paroissial qui grandissent le plus sont charismatiques. L'Église aura donc avantage à offrir des activités permettant d’augmenter la ferveur spirituelle des membres; par exemple en organisant des prières pour une nouvelle effusion de l'Esprit Saint, des études bibliques, des temps d’adoration et de confession des péchés, etc.) et à accompagner les membres dans l'exercice des charismes si ceux-ci se manifestent.

12ème facteur : Former et impliquer tous les membres de la communauté chrétienne à témoigner auprès des sans-Églises (les non-chrétiens et les non pratiquants)

Pour qu’il y ait croissance, les Églises doivent avoir des membres convaincus qu’accepter Jésus comme Sauveur et Seigneur est la chose la plus importante qu’ils puissent faire. Il est nécessaire d’aider les membres de la communauté chrétienne à réaliser leur mission d’évangéliser les non croyants en leur donnant une formation appropriée.

13ème facteur : Inviter les chrétiens à témoigner auprès de leurs amis et de leurs proches

Il est démontré que la majorité des personnes qui viennent ou reviennent à l’église, l’ont fait après avoir été invitées par un ami ou un proche. L’annonce première, pour être efficace, aura avantage à inviter les chrétiens à témoigner du Christ auprès des personnes de leur entourage direct.

14ème facteur : Se fixer des objectifs numériques


Le but de l’Église est de trouver les hommes et les femmes qui ne connaissent pas le Christ ou qui n’ont pas accueilli afin de les réconcilier avec Dieu. Dans cette perspective la tâche prioritaire de la communauté chrétienne est de concevoir des actions efficaces qui permettent d’amener les hommes et les femmes à faire une profession de foi en Jésus Sauveur et Seigneur. Les pasteurs des Églises en croissance n’hésitent pas à se fixer des objectifs numériques et se servent de courbes de croissance afin d’évaluer l’efficacité de leurs efforts missionnaires. Il ne s’agit pas d’une recherche de performance ou d’une course aux chiffres mais d’un moyen pour évaluer l’efficacité des activités d’évangélisation. D’ailleurs rien ne permet de mieux concentrer ses efforts que de se fixer des objectifs mesurables. Ainsi, on reste « collé » à l’essentiel de la mission chrétienne qui est de faire des disciples. Se fixer des buts pour accroître les membres de l’Église, c’est fixer, dans la foi, le nombre de personnes que l’on pense pouvoir « réconcilier avec Dieu », c’est tracer des courbes de croissance pour connaître les résultats de nos efforts et améliorer nos activités missionnaires.

15ème facteur : Discerner les personnes réceptives

Dieu donne, à un certain moment, de bonnes dispositions pour être réceptif et accueillir le salut. Dans leurs efforts pour annoncer l’Évangile, les chrétiens devraient donc chercher à témoigner auprès des populations réceptives . Si un groupe refuse, alors un autre peut être persuadé. Les chrétiens ont à aller là où les personnes répondent à l’appel à la conversion. Une bonne stratégie d’évangélisation première consiste donc à découvrir les personnes ou les groupes les plus réceptifs de son milieu et organiser des activités d'Église qui rejoignent leurs besoins.

16ème facteur : Tenir compte du principe d'homogénéité

Selon les recherches de McGavran, les hommes et les femmes préfèrent devenir chrétiens sans traverser des barrières de race, de langue ou de classe. Ils aiment faire partie d’une Église dont les membres leur ressemblent et parlent et agissent comme eux. Pour augmenter l’efficacité missionnaire, il s’agit non seulement d’encourager les chrétiens à garder des contacts avec des non-chrétiens mais aussi, à les inviter à témoigner spécifiquement auprès de leurs propres groupes socioculturels.

17ème facteur : Accueillir chaleureusement les nouveaux

Lors des célébrations ou des autres activités de l’Église, un service d'accueil devrait être organisé afin d'accueillir les personnes qui viennent pour la première fois. Avec le temps, mais sans trop tarder, ces nouvelles personnes devraient être invitées à faire un acte de foi (accueillir Jésus comme Sauveur et Seigneur) et à cheminer dans des parcours de formation.

18ème facteur : Se munir d’une structure de petits groupes


Une structure de petits groupes (appelés aussi cellules d’Église ou groupes de maison ou Églises de maison) permet d’organiser la formation dans la communauté chrétienne, de favoriser la communion fraternelle et d’impliquer les laïcs dans la mission. Ces petits groupes se rassemblent autour d'un besoin particulier, d'un parcours de foi ou d'une mission. Il est possible par exemple d’organiser 1) des groupes de présentation du kérygme et de la vision de la communauté chrétienne pour les nouveaux, 2) des groupes fraternels de ressourcement, de prière et d'étude des Écritures, 3) des groupes de discernement des dons, 4) des groupes de convalescence et de guérison, 5) des groupes d’annonce première auprès des non-chrétiens, 6) des groupes de visites (personnes âgées, personnes hospitalisées, personnes sans emploi, etc.).

19ème facteur : Former les membres afin de leur confier des ministères

Les responsables de communautés chrétiennes devraient voir en chaque chrétien un missionnaire. Les chrétiens s’impliqueront plus facilement dans les activités de leur Église s’il leur est donné la possibilité de participer à des activités qui les intéressent et qui correspondent à leurs dons. Il s’agit donc de former les membres en tenant compte de leurs dons et de ce qui les intéresse. Comme première étape, il est donc nécessaire de leur faire suivre un parcours de discernement des dons. Dans une telle vision, ce sont les talents et les intérêts des membres qui déterminent la structure et les activités de la communauté chrétienne. Quand les activités d’Église et les petits groupes sont lancés en fonction de ce qui intéresse les membres et de leurs talents cela engendre la motivation, facilite le travail de groupe et permet de faire un meilleur usage des dons des membres de la communauté chrétienne. Une fois que les membres ont été formés, ils devraient être responsabilisés. Le pasteur ne peut pas faire grandir son Église seul. Il doit trouver des personnes de confiance à qui il peut déléguer son autorité puis intervenir selon le principe de subsidiarité, c’est-à-dire seulement en cas de nécessité ou de défaillance de la part des autres responsables.

20ème facteur : Former les membres pour leur croissance spirituelle
La conversion qui engendre la croissance spirituelle est un processus continu. Les membres de la communauté chrétienne ont besoin non seulement de savoir évangéliser par la parole et de s’impliquer dans d’autres activités missionnaires mais avant tout de savoir faire passer l’Évangile dans toute leur vie et ceci est un apprentissage de toute une vie. Cette formation peut se faire, entre autres, dans les petits groupes.

21ème facteur : Offrir des célébrations avec différents styles de musiques et de chants
Les recherches du Mouvement pour la croissance de l’Église montrent clairement qu’un style de musique contemporain utilisé dans les célébrations permet de rejoindre des personnes qui autrement ne viendraient pas à l’église.

22ème facteur : Être compréhensible (clarté des propos et simplicité du vocabulaire)
Les prédicateurs devraient utiliser un vocabulaire compréhensible pour des personnes qui n'ont aucune connaissance théologique ni même de la foi chrétienne.

23ème facteur : Bâtir un site Internet de qualité

La communauté chrétienne devrait bâtir un site Internet de qualité, facilement repérable par des moteurs de recherche, indiquant clairement, la mission et la vision de l'Église ainsi que ses services et précisant distinctement l’emplacement du lieu de culte et les moyens pour s’y rendre. Le site Internet, pour certaines personnes en recherche, peut être la première fenêtre donnant sur l'Église qui déterminera si elles décident de venir ou d'aller ailleurs.

24ème facteur : Offrir des services de qualité, poursuivre l’excellence dans les ministères
De nombreux pasteurs d’Églises en croissance gèrent leurs Églises selon le principe de qualité : qualité du matériel utilisé, qualité du leadership, qualité de la formation et qualité des activités en général. Les termes « innovation » « satisfaction de membres », « évaluation », « amélioration continue » font partie de leur vocabulaire courant.

25ème facteur : « Inculturer » l’Église
Inculturer l’Église c’est l’adapter à la population que l'on cherche à rejoindre, c’est-à-dire la rendre le plus culturellement proche possible de ces personnes : par la langue, les habitudes de vie, le style de musique, etc. Ceci comprend l'adaptation des services et des célébrations aux goûts et aux besoins des personnes. Aussi, la communauté chrétienne aura avantage à choisir comme responsables des personnes converties issues du tissu social local.

26ème facteur : Offrir un témoignage d’intégrité
Les membres de la communauté chrétienne, particulièrement ses pasteurs, devraient être des modèles d'intégrité personnelle. Cette intégrité concerne la doctrine, le respect des droits d’auteur, le fait de payer ses impôts et ne pas éviter de verser des taxes au gouvernement, le respect de l'environnement, la transparence au niveau des dépenses de l'Église, la confidentialité vis-à-vis des informations personnelles des membres, la justice salariale, etc.

27ème facteur : Offrir un témoignage d’unité et de paix
Les communautés ou les assemblées chrétiennes qui vivent de sérieux conflits ont tendance à perdre leurs membres. La croissance et l’absence de graves rivalités internes sont liées.

28ème facteur : Avoir une église bien située et de taille convenable
Les aspects de l'emplacement et de la taille de l'église ont leur importance. L'église est-elle facilement repérable et accessible par la route et par d’autres moyens de transport ? Se trouve-t-elle dans un lieu où la population est en croissance? Se trouve-t-elle à proximité du lieu où vivent les personnes qu’elle cherche à rejoindre ? Sa taille est-elle adaptée (durant les célébrations, la bâtisse où se rassemble la communauté chrétienne devrait être remplie entre 40% et 90% de sa capacité) ? Il y a-t-il un nombre suffisant de places de parking (stationnement)? Toutes ces questions, et d'autres, sont à se poser, pour ne pas se mettre dans une situation qui freine la croissance.

29ème facteur : Offrir un témoignage de charité
L'amour et la compassion sont des valeurs essentielles à l’Évangile. La communauté chrétienne devrait mettre sur pied des activités permettant de connaître et de rejoindre les besoins de son milieu et de ses membres (visite des malades, prière pour les malades, accompagnement des mourants, accompagnement des personnes en deuil, etc.).

30ème facteur : Ne pas craindre de demander le soutien matériel et spirituel de la communauté
Les pasteurs des Églises en croissance n’hésitent pas à demander à leurs membres de faire des dons et des prières ferventes pour la cause de la mission.

31ème facteur : Éviter les dérapages dans la gestion de l'Église
Pour arriver à leurs fins, certaines Églises peuvent en arriver à utiliser des moyens offensant la dignité humaine. Elles entravent ainsi l’actualisation de leurs membres et se donnent finalement des allures de sectes. Une plus grande conscience des dérapages possibles dans la gestion des Églises peut permettre aux responsables des Églises d'éviter ces erreurs avant qu'elles n'arrivent (Voir les chapitres Excès et dérapages possibles dans la gestion des communautés chrétiennes et Autres erreurs à éviter dans la poursuite de croissance dans la quatrième partie).

32ème facteur : Équilibrer les fonctions de l'Église pour croitre intégralement
Si l’annonce de l’Évangile auprès des non-chrétiens ou des non-pratiquants est une des grandes priorités des Églises en croissance, elle n’est pas la seule. Pour être équilibrée et croître intégralement, une communauté chrétienne devrait chercher non seulement à se développer en nombre mais aussi au niveau spirituel et au niveau de sa compétence à accomplir sa mission. Les autres priorités devraient être la croissance spirituelle des baptisés (catéchèse), la formation des membres pour la mission, l’unité de la communauté (fraternité et activités sociale), la compassion envers les plus pauvres (actions caritatives à l’intérieur de la communauté et à l’extérieur) et les célébrations.

33ème facteur : Se former pour mieux connaître les principes qui favorisent la croissance des Églises
Les dirigeants devraient avoir une très bonne connaissance des principes qui permettent la croissance des Églises. Ces principes sont le sujet de ce livre.

34ème facteur : Utiliser les sciences de la gestion
Les dirigeants auront avantage à utiliser les sciences de la gestion pour conduire leur projet missionnaire de développement. Celles-ci les aideront, entre autres, à planifier leurs actions, à gérer par objectifs, à préparer un budget et à évaluer les activités de l’Église (voir le chapitre Principes de gestion et croissance des Églises et l'ensemble de la troisième partie).

35ème facteur : Mieux connaitre les éléments qui peuvent freiner la croissance des Églises
Les chercheurs du Mouvement pour la croissance de l’Église n'ont pas seulement réfléchi sur ce qui favorise la croissance des Églises. Ils se sont aussi penchés sur ce qui freine la croissance (Voir le chapitre Les principales idées du Mouvement pour la croissance de l’Église).

Conclusion
Pour croître, une communauté chrétienne pourra mettre en place des principes de croissance qui ont fait leur preuve dans d’autres Églises. Mais il ne s'agit pas de cloner ou de faire une copie d’une autre Église qui aurait connu la croissance. Comme les plantes, qui ont à la fois des caractéristiques communes et des différences, il en est de même avec les Églises, elles ont des points communs, des méthodes et des structures similaires, mais elles ont aussi des caractéristiques propres selon leur contexte, particulièrement au niveau de la culture. Les Églises en croissance ont non seulement mise en place des facteurs de croissance mais elles ont aussi su se greffer à leur environnement et s’y adapter pour mieux survivre et se développer.


Cet article se trouve dans le livre : GIFFARD, Pierre-Alain, La croissance de l’Église : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses, Nouan-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2012.