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samedi 8 juin 2024

LA CROISSANCE DE L'ÉGLISE

Ce site propose des pistes de réflexion pour dynamiser les églises et les paroisses et encourager leur croissance. Les articles présentés s'appuient sur l'observation d'églises en croissance à travers le monde. Ces ressources peuvent s'avérer précieuses pour ceux et celles qui cherchent à promouvoir la revitalisation et le développement de leurs communautés chrétiennes. 

Croissance de l'Église catholique : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses Réaménagements pastoraux dans l'Église catholique : comment répondre aux défis actuels ? Comment favoriser la croissance de sa communauté chrétienne : réflexions et perspectives Plan de croissance ecclésiale : étapes et éléments clés pour dynamiser son Église Facteurs de croissance des Églises : clarté des propos, qualité des services et inculturation Mettre en place un projet de croissance pour sa communauté chrétienne : étapes et prévisions financières. Dynamiser nos paroisses : réflexions et outils pour la croissance de l'Église catholique Réaménagements pastoraux dans l'Église catholique : défis et perspectives Croissance spirituelle et numérique : planifier la croissance de sa communauté chrétienne Stratégies de croissance ecclésiale : éléments clés et bonnes pratiques Facteurs favorisant la croissance des Églises : clés pour un développement équilibré Plan de croissance pour son Église : étapes, objectifs et suivi pastoral
Croissance de l'Église catholique : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses Réaménagements pastoraux dans l'Église catholique : comment répondre aux défis actuels ? Comment favoriser la croissance de sa communauté chrétienne : réflexions et perspectives Plan de croissance ecclésiale : étapes et éléments clés pour dynamiser son Église Facteurs de croissance des Églises : clarté des propos, qualité des services et inculturation Mettre en place un projet de croissance pour sa communauté chrétienne : étapes et prévisions financières. Dynamiser nos paroisses : réflexions et outils pour la croissance de l'Église catholique Réaménagements pastoraux dans l'Église catholique : défis et perspectives Croissance spirituelle et numérique : planifier la croissance de sa communauté chrétienne Stratégies de croissance ecclésiale : éléments clés et bonnes pratiques Facteurs favorisant la croissance des Églises : clés pour un développement équilibré Plan de croissance pour son Église : étapes, objectifs et suivi pastoral

TABLE DES MATIÈRES

                            SITES DU MÊME AUTEUR



                            mardi 21 juin 2022

                            Le renouveau de la paroisse de la Nativité à Baltimore

                            Le père Michael White et son associé Tom Corcoran partagent leur expérience de renouveau paroissial, décrivant comment leur paroisse de la Nativité à Baltimore, en difficulté, a été changée en une paroisse dynamique. Leur chemin de conversion missionnaire est raconté dans deux livres, Rebuilt et sa suite Tools for Rebuilding. 

                            Source: https://www.catholicregister.org/item/25250-parish-renewal-more-disciples-less-pot-luck  

                            Lorsqu’il s’agit de revitaliser les paroisses catholiques, n’ayez pas peur d’emprunter des idées, même aux Églises protestantes, déclare le père Michael White qui a triplé l’assistance à la messe du week-end.

                            Le père Michael White et son associé Tom Corcoran ont partagé leur expérience de renouveau à un forum sur la nouvelle évangélisation, décrivant comment leur paroisse de la Nativité à Baltimore. Leur chemin de transformation a été documentée dans deux livres, Rebuilt et sa suite Tools for Rebuilding.

                            White raconte que lorsqu’il est arrivé à Nativité, il a trouvé une « paroisse endormie »: « Nous pensions que le problème était le manque d’énergie, le manque de programmes et de services », a-t-il déclaré. Mais plus le temps et l’énergie que lui et son équipe investissaient dans de nouveaux programmes et services, plus ils contribuaient à une « mentalité de consommateur » chez les paroissiens. Ils considéraient les gens dans les bancs d’église comme des « clients », et « nous étions là pour les aider à consommer ».

                            Ils ont multiplié les dévotions, organisé des concerts, des voyages en bus, développé des programmes pour les enfants et les jeunes, ainsi que des programmes d’aide aux membres dans le but d’intéresser davantage les gens et « tant de choses étaient une perte de temps », a déclaré White. Les programmes « créaient des consommateurs de plus en plus exigeants ».

                            Un an plus tard, tout le monde était en proie à un « épuisement total » et ils avaient encore la semaine sainte et Pâques devant eux. « Une dame m’a approché pour se plaindre de la nourriture ! » raconte White. « La nourriture gratuite ! Elle se montrait même méchante». Bientôt, un chœur de “plaignants” l’a rejointe. « Quelque chose a craqué, » dit White: « J’ai su en un instant que je ne pouvais pas continuer comme ça ».

                            Corcoran explique que la paroisse existe pour faire des disciples, pas pour « aller jouer au bingo, ou aller faire des ptolucks ». Ils ont donc décidé d’aller apprendre des églises saines et en croissance, même si cela « signifiait se tourner vers les protestants », a déclaré White.

                            Ils ont visité des paroisses telles que la Saddleback Church dont le pasteur est Rick Warren en Californie, Willow Creek en Illinois et North Point Church en Géorgie. M. Corcoran a déclaré que ce qu’ils ont appris n’a donné lieu à « aucun plan spectaculaire mais à une série de petites solutions ».

                            « Nous devons changer pour que notre centre d’attention soit les personnes qui ne sont pas dans les bancs d’église plutôt que les fidèles qui viennent chaque semaine” a déclaré M. Corcoran.

                            Ils devaient également faire en sorte que les personnes présentes sur les bancs de l’église soient « mobilisées pour la mission ». Les responsables de la Nativité ont commencé à considérer leur paroisse du point de vue d’une personne non évangélisée. Comment passe-t-il son temps ? A quoi ressemble-t-il ? Comment dépense-t-il son argent ? Que pense-t-il de l’église, de la religion ou de Dieu ?

                            Ils ont nommé cette « personne fictive non évangélisée : Tim ».

                            « Tim est une bonne personne » qui a grandi dans la religion catholique, a été confirmée, mais a ensuite cessé d’aller à l’église, explique White: « Ce qu’il sait du catholicisme est un désordre confus ». Aller à l’église n’est pas sur son radar. Lorsqu’ils ont analysé leur paroisse du point de vue de Tim, ils ont réalisé que si des personnes comme lui se présentaient, « il n’y avait rien pour les intéresser ou les engager ».

                            White exhorte les paroisses à « définir leur ‘Tim’», « puis à apprendre à l’aimer » et à investir en lui: « Si la messe est ennuyeuse, désorganisée et sans rapport avec leur vie, les non-chrétiens penseront que l’église est ennuyeuse et que Dieu n’a aucun rapport avec leur vie ».

                            La paroisse de la nativité a décidé de se concentrer sur trois domaines : la musique, le message et le ministère (la pastorale). La musique est un domaine qui fait souvent l’objet de plaintes, a déclaré White: « Trouvez des personnes ayant à la fois des compétences et du cœur pour diriger la musique ».

                            L’homélie est l’occasion pour les gens de voir la pertinence de la Parole de Dieu dans leur vie, explique Corcoran : « S’ils voient que c’est pertinent pour leur vie, ils voudront aller plus loin ».

                            En ce qui concerne la pastorale, la paroisse s’est concentrée sur deux domaines : le ministère d’accueil – y compris les bénévoles du parking, les hôtes, le bureau d’information et le service de café après la messe pour « créer plusieurs niveau d’accueil »- et la pastorale auprès des enfants.

                            « Les parents de jeunes enfants sont des fruits à portée de main », déclare M. Corcoran: « Si nous offrons un excellent ministère pour les enfants… les enfants sont des évangélisateurs naturels ». S’ils aiment votre église, ils voudront que leurs parents viennent ».

                            Les livres de Michael White et de Tom Corcoran peuvent être achetés ici:

                            REBUILT – HISTOIRE D’UNE PAROISSE RECONSTRUITE

                            LA BOITE À OUTILS: 75 IDÉES POUR VOTRE PAROISSE 

                            vendredi 22 mai 2020

                            La croissance de la paroisse Sant'Eustorgio


                            Auteur: Pierre-Alain Giffard

                            Don Pigi Perini est un prêtre italien, curé de la paroisse Sant'Eustorgio près de Milan. Lorsqu’il fut nommé dans sa paroisse, la proportion de ceux qui fréquentaient les célébrations du dimanche était de douze pour cent. Formé au séminaire, on l’avait préparé au manque d'efficacité pastorale. Il avait théorisé l’échec : « L'un sème, l'autre récolte… » ; « pourvu que Jésus-Christ soit annoncé… » ;  beaucoup de petites phrases de la Bible, utilisées à contresens, venaient renforcer une mentalité de renoncement ascétique, le manque d'ambition pastorale était justifié par la pauvreté, l'humilité et les autres vertus évangéliques[1]!

                            Dans l’église paroissiale voisine, c'était la même chose. Et bien que jeune et plein de vigueur, son enthousiasme s’est éteint petit à petit et la routine l'a consumé. Il se réfugia dans la culture, les homélies savantes et il ne voyait plus, dit-il, que cette culture, dans laquelle il vivait, était païenne. Cela dura un certain temps jusqu’à ce qu’il se trouve devant un choix intérieur : ou bien renoncer à sa vocation de prêtre ou retrouver une nouvelle vitalité et être à la suite de Jésus « pêcheur d’hommes ».

                            C’est alors qu’un prêtre d'origine canadienne, le Père Valeriano Gaudet, est venu chez lui. Il lui a montré un article d'une revue américaine, intitulé: « Paroisse en flammes ». Il s'agissait d'une paroisse de Floride, Saint-Boniface, où le curé, Michel Eivers, animait une communauté particulièrement vivante. Alors il s’est dit : « Allons voir si c'est vrai… ». Il y a trouvé des cellules de maison et une église paroissiale qu’il n'osait rêver rencontrer, une église paroissiale en croissance. Il y trouva une orientation fondamentale pour l'évangélisation, une hospitalité chaleureuse, l'adoration eucharistique de six heures à vingt-quatre heures et un grand nombre de ministères laïcs gérés par une structure organique. Le pasteur était à la tête de la communauté, mais il déléguait son autorité avec un grand respect des autres membres.

                            Dans cette paroisse de Floride, les laïcs avaient une très bonne connaissance des Écritures saintes, ils ouvraient la Bible comme un livre qu'on connaît et qu'on a toujours sous la main. La majorité (90%) verse la dîme. On y vit le baptême de l’Esprit et une louange vibrante. La paroisse Saint-Boniface est fondée sur l'expérience charismatique. Mais ce n'est pas la chose la plus importante, dit-il, l'important c'est le renouvellement paroissial que les cellules apportent.

                            Les orientations de base de la paroisse sont les suivantes :

                            ·       Les pasteurs de Saint-Boniface ont choisi l'évangélisation comme premier but.
                            ·       Ils ont mis sur pied une structure de cellules de maison.
                            ·       Ils ont mis l’accent sur la maison, le foyer, l'atmosphère.
                            ·       Ils ont élaboré un système pouvant gérer la multiplication des cellules.

                            Don Pigi a compris qu’il devait prêter une plus grande attention à ceux qui étaient étrangers, éloignés, indifférents à l’église paroissiale. Le moment était venu pour lui de poser son regard pastoral sur ceux qui étaient en dehors de l’Église. Tant d’années il avait concentré toutes ses énergies et ses efforts sur les mêmes « habitués », toujours fidèles, toujours plus « choyés » et toujours plus réduits en nombre. Sa vision n'allait pas plus loin, elle ne percevait pas ceux qui n’étaient pas là! Pourtant, c'est précisément dans ceux qui sont loin, dans ceux que l’on considère perdus, difficiles à rejoindre, indifférents que réside le potentiel de croissance d’une communauté chrétienne. Communiquer sa foi, annoncer Jésus, proclamer la Bonne Nouvelle, voilà les fruits de l’église paroissiale, la clé de sa croissance et de son avenir!

                            Mais Don Pigi s’est également rendu compte que ses seules forces ne suffiraient pas. En tant que prêtre, il lui était impossible de rejoindre tout le monde et il lui était surtout difficile de rejoindre les personnes là où elles vivent, au travail, à l'école, en famille ou dans les maisons. Il devait compter sur une église moins cléricale, se fier à l'œuvre de l'Esprit Saint et compter, comme dans la communauté de Floride, sur les dons de tous les chrétiens. Il avait besoin de les encourager et de les motiver afin d'en faire des évangélisateurs, que ce soit au travail, à la maison, entre amis ou dans leurs immeubles. C'est là l'intuition de base des cellules de maison qu’il appelle cellules paroissiales d’évangélisation. On y invite les membres à témoigner dans leur propre milieu de vie (Oïkos).

                            Quand Don Pigi est revenu dans sa paroisse, il a présenté à sa communauté l’expérience de Saint-Boniface et proposé dans son église paroissiale une formation à partir d'Evangelii nuntiandi[2]. Puis il a choisi des laïcs et leur a proposé une formation de responsables de cellule paroissiales d’évangélisation. Cette formation dura six semaines. Petit à petit, ils sont passés de quatre cellules provisoires à quatorze et leur nombre a progressivement augmenté. Mais, précise-t-il, la communauté n’est pas seulement « cellulaire », elle est aussi eucharistique, tous sont invités à vivre la célébration de la Messe.

                            Comme dans l’église du pasteur Cho, les cellules sont composées de dix à quinze personnes qui se réunissent chaque semaine dans une maison privée. Jésus y est présenté comme Seigneur, c’est-à-dire qu’il est appelé à devenir la personne la plus importante de notre vie, le maître de notre existence, qui devrait être servi d’esprit, de cœur, dans sa famille et dans son travail, dans ses vacances et dans ses temps libres. Durant la rencontre, un temps est réservé pour l’enseignement hebdomadaire du curé qui est diffusé dans toutes les cellules sous formes de notes ou de cassettes. Ainsi, chaque cellule écoute le même enseignement, suit le même cheminement et se nourrit de la même Parole.

                            Les membres apprennent à prier en s’ouvrant à l'action de l'Esprit Saint. Ils cherchent à reconnaître la présence de Jésus dans leur vie en devenant attentifs aux signes concrets de son amour. Ils apprennent à écouter leurs frères, à faire silence en eux-mêmes pour l'accueillir. Ils font l'expérience de l'amour fraternel, ils partagent leurs difficultés, ils se soutiennent pour surmonter leurs doutes. Pour de nombreux frères et sœurs, une cellule est une première expérience de vie communautaire qui les prépare à s'insérer pleinement dans la communauté paroissiale. Les responsables des cellules sont choisis avec soin par le curé et formés afin de bien remplir leur tâche. Les différentes étapes des rencontres de cellules sont les suivantes : Prières spontanées de louange, échange informel sur ce qui a été vécu dans la semaine, enseignement, réactions des participants, informations sur la vie paroissiale, prières d’intercessions et prières de guérison par imposition des mains.

                            De la connaissance personnelle du Christ vivant surgit, chez les membres de la cellule, le désir de partager et de proclamer leur expérience aux personnes qui leur sont les plus proches, à celles qu'ils rencontrent habituellement et qui, d'une manière bien concrète, font partie de leur vie. C’est pourquoi les cellules grandissent, leurs membres sont « pêcheurs », au sens évangélique. Ils parlent de Jésus dans leur milieu de vie, ils témoignent de lui par un changement de leurs goûts et de leurs priorités, ils partagent l'expérience de l'amour gratuit, fidèle, miséricordieux, personnel, de Dieu. Ils témoignent dans la famille, au travail ou à l'école, aux amis, à leurs voisins, en un mot : dans leur oïkos, le milieu dans lequel se déroule leur vie quotidienne. De cette façon, l'autre n'est plus appelé à rester un étranger : des vies se rencontrent et de nouveaux liens s'établissent.

                            Les cellules sont profondément insérées dans le contexte paroissial et en lien avec le pasteur. Elles coexistent avec toutes les autres réalités présentes dans la paroisse qui continuent à fonctionner, même si, indubitablement, ces dernières ont trouvé de nouvelles bases, de nouvelles énergies et un nouvel enthousiasme. À travers une structure précise : leaders de cellule, leaders de section, leaders territoriaux, cellule exécutive, le curé est capable de connaître ce qui arrive dans chacune des rencontres de cellules. Il est au courant des principaux problèmes qui peuvent surgir, de l'arrivée de nouvelles personnes, des merveilles que le Seigneur accomplit, de l'orientation et du cheminement des membres, de sorte que, même s'il n'est pas physiquement présent, il peut suivre le déroulement de l’évangélisation.

                            Grâce aux cellules, dit-il, sa paroisse est devenue une vraie famille, une maison fraternelle et accueillante où chacun trouve sa place. Sa communauté chrétienne est devenue un lieu où tous peuvent faire l'expérience de l'amour et se rendre compte combien ils sont capables de donner et de recevoir. On peut y partager ses joies, ses souffrances, ses doutes et ses découvertes, dans l’assurance d'y trouver de la compréhension, un accueil et même des réponses. Elle est devenue le lieu de la rencontre avec Dieu où l’on apprend à prier, à louer et à communiquer son expérience de Jésus. Le Seigneur y accomplit des merveilles, et il renouvelle continuellement son alliance avec son peuple.

                            Même s’il met beaucoup l’emphase sur les cellules pour l’œuvre de l’évangélisation, ce prêtre italien, parle aussi de l’importance de former les chrétiens de sa communauté. Les former d’abord à la prière; une prière ardente, qui ne soit pas formaliste, mais qui prenne vie dans la parole de Dieu, la liturgie et la contemplation : Nous exhortons les évangélisateurs quels qu'ils soient à prier sans cesse l'Esprit Saint avec foi et ferveur et à se laisser prudemment guider par lui comme l'inspirateur décisif de leurs plans, de leurs initiatives, de leur activité évangélisatrice[3].

                            Il explique à ses paroissiens qu’on ne peut assurer une transmission authentique de la foi que si on en fait l’expérience personnelle. La foi doit être accueillie comme une réalité vécue qui soit transformante. Il souhaite faire naître dans le cœur des chrétiens le désir de grandir dans une relation personnelle avec Dieu dans la prière, l'écoute personnelle de la Parole, la participation aux sacrements, l'accompagnement spirituel, la catéchèse et l’implication communautaire : Dieu donnera certainement le don de la foi à qui le cherche de tout son cœur : de ce don reçu le croyant pourra et saura en témoigner[4].

                            Don Pigi souhaite aussi donner aux membres de sa communauté le souci de ceux qui ne sont pas là, le désir de se faire proches, de créer des liens et de rendre service. Avant d'être une annonce dans l'Esprit, une manifestation de puissance, le mystère du salut annoncé aux êtres humains a été amour et service : Celui qui pratique le service au nom de Jésus doit rechercher les exigences et les problèmes du frère que le Seigneur appelle à évangéliser. « Cherche la plaie et soulage-la ! » est une devise qui semble bien exprimer cette méthode[5]. Voir les blessures intérieures, les attentes et les aspirations de notre prochain et essayer d’y répondre. Créer des liens, entrer en relation, donner de son temps, de son sommeil, de sa tranquillité, et parfois même de son argent, afin que celui qui reçoit se rende compte à quel point on est prêt à s'engager pour lui et ceci d’une manière gratuite et désintéressée. Il sera alors profondément interpellé et disposé à écouter notre témoignage et à y croire.





                            [1] G. Macchioni, Évangéliser en paroisse : L’expérience des Cellules Paroissiales d’Évangélisation, 2e édition, Nouan-le-Fuselier, Editions Pneumathèque, 1996, p. 8.
                            [2] Evangelii Nuntiandi est l’exhortation apostolique L’évangélisation dans le monde moderne de Paul VI (1975).
                            [3] Paul VI, Evangelii Nuntiandi (exhortation apostolique, l’évangélisation dans le monde moderne), Coll. L’Église aux quatre vents, Montréal, Fides, 1975, § 75.
                            [4] G. Macchioni, op. cit. p. 78.
                            [5] Ibid., p. 84.

                            vendredi 27 mars 2020

                            L'annonce missionnaire et la prière du pécheur: une perspective catholique

                            Auteur: Pierre-Alain Giffard

                            (Article publié dans Theoforum 48 (2018), pp. 309-319 doi: 10.2143/TF.48.1.3286640)

                            RÉSUMÉ  : Cet article traite de l’annonce missionnaire et se penche sur une pratique des Églises évangéliques qui invite les non-croyants et les personnes qui vivent dans l’indifférence religieuse à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur. La première partie explique ce qu’est l’annonce mis-sionnaire et comment une invocation appelée la prière du pécheur est utilisée dans les Églises évangéliques pour aider les nouveaux croyants à exprimer leur foi et leur désir de salut. La deuxième partie met en lumière l’importance du repentir dans cette démarche de conversion. La troisième partie explore ce que devrait être le contenu de l’annonce kérygmatique pour conduire à une conversion authentique. À la suite de ces réflexions, il est alors proposé une nouvelle version de la prière du pécheur. Il est aussi rappelé l’importance de voir la conversion initiale comme une première étape sur le chemin de la conversion continue. Et finalement l’article conclut en disant que la proclamation missionnaire devrait être vue et pratiquée selon 4 composantes essentielles.


                            Introduction

                            Le concile Vatican II a été l’occasion, pour l’Église catholique, de réfléchir sur sa théologie missionnaire et a permis, entre autres, la promulgation du décret conciliaire Ad gentes. Depuis le concile, les responsables ecclésiaux exhortent continuellement l’ensemble des catholiques à annoncer l’Évangile1. Le pape Jean-Paul II, dans l’encyclique Redemptoris missio, proclame «  l’urgence de l’annonce missionnaire  » disant qu’elle constitue dans le monde actuel «  le premier service que l’Église peut rendre à tout homme et à l’humanité entière  »2. Il exhorte tous les membres de l’Église à engager toutes leurs forces dans la nouvelle évangélisation  : «  Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune institution de l’Église ne peut se soustraire à ce devoir suprême  : annoncer le Christ à tous les peuples  »3. La tâche d’évangéliser, écrit-il, «  concerne tous les chrétiens, tous les diocèses et toutes les paroisses, toutes les institutions et toutes les associations ecclésiales  »4.

                            Les deux papes qui ont continué d’inciter les fidèles dans le même sens  : L’Église dans son ensemble, écrivait le pape Benoît XVI, doit «  se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude  »5. Le pape François, pour sa part, s’exprime ainsi  : «  Chaque baptisé est ‘un christophore’, c’est-à-dire porteur du Christ, comme disaient les Pères anciens. Celui qui a rencontré le Christ, comme la Samaritaine du puits, ne peut pas garder pour lui cette expérience  »6.

                            De fait, la plupart des catholiques perçoivent l’importance de transmettre leur foi mais, dans la pratique, ils ne savent pas comment le faire  : comment proclamer l’amour de Dieu révélé dans les Évangiles  ? Comment inviter quelqu’un à devenir disciple du Christ  ? Pour plusieurs paroissiens, l’invitation à évangéliser suscite des questions et des inquiétudes  : qu’est-ce que cela veut dire  ? Va-t-on nous demander de faire du porte-à-porte  ?

                            C’est au cœur de ces interrogations que cet article réfléchit sur l’annonce missionnaire et particulièrement sur une pratique des Églises évangéliques qui invite les personnes évangélisées à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur. La première partie explique ce qu’est l’annonce missionnaire, notamment dans sa dimension d’annonce kérygmatique et comment une invocation appelée la prière du pécheur peut être utilisée pour aider les nouveaux croyants à exprimer leur foi et leur désir de salut. La deuxième partie met en lumière l’importance du repentir dans cette démarche de conversion et la troisième partie explore ce que devrait contenir le message de l’annonce missionnaire pour que celui-ci conduise à une conversion authentique. À la suite de ces réflexions, il est alors proposé une nouvelle version de la prière du pécheur. Il est aussi rappelé l’importance de voir la conversion initiale comme une première étape sur le chemin de la conversion continue. Et finalement l’article conclut en disant que la proclamation missionnaire devrait être vue et pratiquée selon 4 composantes essentielles.


                            1.  L’annonce missionnaire et la prière du pécheur

                            L’annonce missionnaire, parfois appelée première annonce, est cette partie de l’évangélisation qui vise à conduire des personnes au Christ. Elle s’exerce par le témoignage et la proclamation kérygmatique7. Elle invite à la conversion initiale, c’est à dire à la repentance et à la confession du salut en Jésus Christ8. Elle est un appel aux non-croyants et à ceux et celles qui vivent dans l’indifférence religieuse9.

                            S’engager dans l’annonce missionnaire, c’est chercher à susciter une réponse de foi chez des non-croyants et à les faire cheminer vers une relation d’amour et de confiance avec le Christ. L’annonce missionnaire se réalise lorsque des hommes et des femmes accueillent Jésus comme Sauveur et Seigneur (2Pi 3,18)10

                            C’est dans cette perspective théologique d’accueillir Jésus dans la foi que certaines églises protestantes invitent les personnes qu’elles évangélisent à réciter une prière couramment appelée la prière du pécheur ou la prière du salut.  Cette prière est proposée à la fin d’un sermon, d’un enseignement ou d’un témoignage personnel. Le prédicateur ou la personne qui évangélise invite les personnes qui décident de se convertir à la répéter après lui. Par exemple, dans l’église du pasteur coréen David Yonggi Cho11, l’appel à réciter une telle prière est le sommet de la célébration.
                            The culmination of a worship service comes at the conclusion of Dr. Cho’s sermon when he invites all who want to receive Jesus Christ as their Lord and Savior to stand and repeat a sinner’s prayer after him12.
                            Il y a de nombreuses versions de cette prière mais la plupart ressemblent à celle-ci  :
                            Lord Jesus, I want to know You personally. Thank You for dying on the cross for my sins. I open the door of my life and receive You as my Savior and Lord. Thank You for forgiving me my sins and giving me eternal life. Take control of the throne of my life. Make me the kind of person You want me to be13.
                            On la retrouve dans des dépliants distribués lors de campagnes d’évangélisation et dans de nombreux sites internet et blogues à caractère missionnaire. Les premières traces de cette prière remontent aux grands réveils protestants (Revivals) du 19ème siècle aux États-Unis et en Grande-Bretagne. William Taylor (1821-1902) l’utilisait dans ses enseignements et Dwight L. Moody (1837-1899) dans ses prédications. Avec le temps, elle est devenue de plus en plus populaire. Depuis le 20 ème siècle et jusqu’à aujourd’hui, de grandes organisations comme celles de Billy Graham (Billy Graham Evangelistic Association) et CRU (anciennement Campus Crusade for Christ) s’en servent dans leurs campagnes d’évangélisation14.

                            La récitation de cette prière est une réponse à Dieu qui, par l’action de l’Esprit Saint communique la foi au Christ, incite au repentir et à l’accueil du salut15. Sa récitation témoigne d’une conversion initiale et montre que l’annonce missionnaire a atteint son but: «  que les non-chrétiens, le Saint-Esprit ouvrant leur cœur (cf. Act. 16, 14), croient et se convertissent librement au Seigneur et s’attachent loyalement à Lui  »16. Le nouveau converti s’engage dans un rapport personnel avec Dieu dans le Christ  : «  communiant déjà par la foi au mystère de la mort et de la résurrection, il passe du vieil homme au nouvel homme qui a sa perfection dans le Christ  »17. 


                            2.  Recentrage de son existence

                            Nous souhaitons toutefois affirmer ici qu’une telle prière dite du bout des lèvres ou répétée sans en saisir le sens ne pourrait pas être considérée comme un signe authentique de conversion. En effet, la conversion est un acte libre qui jaillit de la componction et du repentir  : 
                            Donnez-moi, en effet, une âme animée des sentiments d’une vraie componction, la voilà tout à coup remplie de force, d’une force semblable à celle du feu au milieu des épines; et quand même cette âme se trouverait en proie à mille maux, chargée des liens de l’iniquité, toute consumée par le feu des mauvaises passions, étourdie par le tumulte et le fracas des affaires séculières, n’importe, la componction aura bientôt, comme d’un violent coup de fouet, chassé loin de cette âme tous ces ennemis, tous ces maux. De même qu’une légère poussière ne tiendra jamais devant un vent impétueux; de même aussi, quand une vive componction aura pénétré dans une âme, jamais les mauvaises passions, si nombreuses qu’elles soient, ne pourront tenir devant la force de cette vertu, elles disparaîtront et se dissiperont plus vite qu’une vile poussière, qu’un peu de fumée18.
                            Mgr Kallistos Ware affirme que «  sans repentir, il ne peut y avoir de vie nouvelle, de salut, d’entrée dans le Royaume des cieux19  ». Le «  Groupe des Dombes  » pour sa part décrit bien le lien entre la conversion et le repentir: «  La conversion s’appuie sur le repentir. La repentance indique la décision, et la conversion sa mise en œuvre  »20.

                            Mais qu’entend-on par repentir  ? Il ne s’agit pas seulement du regret d’avoir péché, du sentiment de culpabilité, du sentiment de peine face aux blessures que nous avons infligées à notre prochain et à nous-mêmes, mais aussi d’une transformation fondamentale de notre perspective, d’une nouvelle manière de voir Dieu, autrui et nous-même21. «  Le repentir n’est pas un excès de remords et d’apitoiement sur soi-même  »22, mais le regret d’avoir offensé Dieu qui conduit à la conversion, c’est-à-dire « au recentrage de notre vie sur la Sainte Trinité »23. Se convertir, c’est s’engager dans une relation d’amour et de confiance avec le Christ qui devient le guide et le point de repère de notre existence.

                            Pour illustrer ceci, les Églises évangéliques utilisent le diagramme suivant.



                            À gauche, le schéma montre une vie sans la foi au Christ, dans laquelle un individu vit sans référence à l’Évangile. Son «  moi  » siège au centre de son existence et il tend à voir ce qui l’entoure en fonction de ses intérêts personnels ou de sa subjectivité. À droite, le schéma montre une personne qui a accueilli le Christ comme son Seigneur; tout ce qui l’entoure est alors vu en fonction de Dieu et de sa volonté. L’ego est «  détrôné  » et le Christ, placé au centre de son existence, règne dans son cœur.

                            Cette vision de la conversion s’accorde bien avec le Directoire général pour la catéchèse pour lequel se convertir, c’est choisir l’option fondamentale de s’en remettre tout entier et librement à Dieu et d’accepter de se laisser conduire à une nouvelle manière d’être et de vivre. Dans une prière sincère de conversion, Jésus est appelé et accueilli avec le désir intérieur de marcher à sa suite, de devenir son disciple et de vivre comme il a vécu25.


                            3.  Dans la pratique

                            Viser à faire accueillir Jésus comme Sauveur et Seigneur par la récitation de la prière du pécheur aide à saisir ce à quoi doit aboutir l’annonce missionnaire. Mais quel message devrait être annoncé à la personne évangélisée avant de la conduire à réciter cette prière  ?

                            Celui-ci devrait se trouver en bonne partie dans la prière elle-même  : le fait que Dieu est bon et que nous avons été créés par amour pour une vie éternelle. Le fait que Jésus, le Fils de Dieu, est venu nous révéler, nous faire connaître Dieu. En prenant chair de la Vierge Marie, en prenant sur lui tous nos péchés, il a obtenu pour nous le salut. Si nous avons foi en lui, nous lui donnerons nos péchés, et lui les écartera de nous, aussi loin que l’orient de l’occident. Délivrés de nos fautes, nous pouvons connaître Dieu, grâce à ce don merveilleux qu’est le pardon qu’a obtenu le Fils pour nous. Et il est possible de croire à une si merveilleuse nouvelle grâce au gage de la résurrection attestée par les apôtres et à l’Esprit-Saint, envoyé par le Fils du haut de sa croix de souffrance et de douleurs.

                            L’annonce kérygmatique proclame la mort et la résurrection du Christ, le pardon des offenses, sans oublier le jugement à venir pour ceux qui négligeraient un pareil salut. Jésus n’a pas craint de dire: «  vous mourrez dans vos péchés  » (Jn 8,24). Et dans la lettre aux Hébreux (10,28-29) il est écrit: «  si ceux qui s’étaient trouvés coupables sous la loi de Moïse ont reçu sanction immédiate de leur faute, combien plus ceux qui négligeront pareil salut, obtenu sous le ministère du Fils de Dieu  ». L’évangélisateur devrait donc exhorter ainsi  : «  ne manquez pas cette grâce qui vous est faite de vous reconnaître pécheurs, cette grâce qui vous est faite de vous savoir sauvés, libérés  ».

                            Si le terme «  annonce missionnaire  » pourrait laisser entendre qu’il suffit à l’évangélisateur d’annoncer l’Évangile il s’agit dans les faits de plus que cela. L’annonce missionnaire, avec le témoignage de vie qu’elle requiert et le kérygme qu’elle proclame, doit aller jusqu’à inviter la personne évangélisée à faire un choix, à prendre une décision libre et éclairée en réponse au Christ qui l’appelle à la conversion et au salut26  : «  Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, j’entrerai, chez lui  » (Ap 3,20). La récitation de cette prière exprime ce choix, sa foi en Jésus-Christ et son désir de salut.

                            Inviter quelqu’un à réciter cette prière c’est lui proposer de s’abandonner entre les mains toutes aimantes de Dieu, de mettre sa confiance en lui et de consentir à ce que l’Esprit le conduise. Par cette prière, une personne accepte que Dieu agisse dans sa vie pour être libéré de ce qui la tient captive et la sépare de lui. Elle lui donne ainsi son cœur pour qu’il le remplisse de son Esprit et la conduise dans son Royaume.

                            Derrière la notion de conversion il y a aussi la notion de renoncement ainsi qu’il est expliqué dans la doctrine des deux chemins27 : «  l’un de la vie, l’autre de la mort (cf. Jérémie, 21, 8  ; Deut., 30, 15, 19)  »28. Le premier est un chemin de renonciation, l’autre un chemin de promesses. Le pape Benoît XVI explique qu’au début de l’Église, on employait l’expression  : «  Renoncez-vous au diable et à ses pompes  ?  » pour parler du renoncement à un type de culture qui est contre le Christ et contre Dieu et qui, dans l’Évangile de saint Jean, est appelée «  kosmos houtos  », «  ce monde  ».

                            La conversion, dans la tradition chrétienne, inclut encore l’acte de renoncer à Satan, à ses œuvres et à ses séductions29. Lorsque nous renonçons à Satan et disons oui à Dieu, nous nous soustrayons au pouvoir du Malin qui coordonne les activités destructrices du monde (Jn 10, 10) et qui veut être le dieu de ce monde (2Co 4, 4) et nous participons à la victoire du Christ (1Jn 3, 8).

                            Se convertir, signifie donc renoncer à ce qui va en sens inverse de la vie chrétienne et de l’observance des commandements de Dieu  : «  Convertis-toi au Seigneur et renonce à tes péchés, implore-le bien en face, cesse de l’offenser  » (Ecc 17, 25). En renonçant au péché, nous entrons dans la liberté des enfants de Dieu pour nous préoccuper de ne pas blesser l’amour de Dieu et de ne rien faire contre son amour30.
                            Ayant accepté de renoncer au péché et de donner votre foi au Christ, avec Marie, relevez la tête et reconnaissez avec elle la prédilection de Dieu pour les humbles, les affamés, pour ceux qui pratiquent l’amour (cf. Lc 1, 46-55)31.
                            La renonciation concerne aussi celle de ne vivre que pour soi-même. Par un acte d’abandon, nous renonçons à notre volonté propre et nous la donnons avec confiance à Dieu. Par la conversion, nous «  mourrons à nous-même  », à un certain type de vie, pour renaître à une vie nouvelle en Dieu.

                            Tenant compte de notre réflexion nous proposons maintenant une autre version de la prière du pécheur  :
                            Père céleste, je crois que tu es bon, que tu m’as créé par amour et pour une vie éternelle. Je crois que ton Fils Jésus, qui est mort et ressuscité pour moi, a pris sur lui tous mes péchés et qu’il m’a obtenu le salut. Jésus, je te demande pardon et je te donne toutes mes fautes afin que tu les écartes de moi aussi loin que l’orient de l’occident. Je renonce au péché, je renonce à Satan, je renonce à l’iniquité qui souille mon âme; libère-moi de tout ce qui est contre Ta sainteté et qui blesse ton amour. Sois mon Seigneur et Sauveur. Entre dans mon cœur et conduis-moi. Je m’abandonne entre tes mains et je te donne ma volonté. Amen.

                            Conclusion

                            Concevoir l’annonce missionnaire comme une activité qui vise à amener des personnes à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur permet de mieux comprendre comment accompagner et évangéliser des personnes en recherche. Si l’expression première annonce pourrait laisser entendre qu’il s’agit  simplement d’annoncer verbalement l’Évangile, il est tout aussi essentiel pour l’évangélisateur de témoigner par ses actes de l’amour de Dieu et aussi d’inviter les personnes évangélisées à répondre à l’appel de l’Évangile. La réponse à cet appel se fait par la récitation de la prière du pécheur qui fait du Christ son Seigneur et Sauveur et scelle sa décision personnelle de se convertir. Lorsqu’elle est dite sincèrement et en toute connaissance de cause, cette prière représente un signe de conversion initiale et démontre qu’une personne est prête à entrer en catéchuménat32. Elle marque un premier jalon dans un parcours de conversion qui ne fait que commencer. 

                            Mgr Kallistos Ware explique que le repentir initial n’est que le début d’un cheminement continu  : «  Ce repentir n’est pas une simple étape, un préliminaire  ; il se poursuit pendant toute la vie  »33. À ce sujet, il rappelle l’histoire du moine Abba Sisoès qui, gisant sur son lit de mort et entouré de ses disciples, dit: «  En vérité, je ne suis pas sûr d’avoir commencé à me repentir  »34. 

                            Le processus d’évangélisation doit se poursuivre après la conversion initiale par la catéchèse afin de renforcer et d’éclairer la foi reçue. La catéchèse permettra d’initier le nouveau converti aux mystères de la foi et de «  former l’homme de foi, pleinement cohérent avec le choix de l’Évangile du Christ  »35. Elle exposera le message chrétien en toute sa vérité et en toutes ses exigences de vie36. Elle visera aussi à intégrer les nouveaux convertis dans la communauté chrétienne afin qu’ils y vivent une croissance spirituelle et l’implication missionnaire. La conversion initiale n’est donc bien qu’une étape vers l’initiation chrétienne, une foi ecclésiale37 et l’engagement dans la mission.

                            Enfin, mettons en lumière une quatrième composante de l’annonce missionnaire car il y a plus que le témoignage de vie, la présentation du kérygme et l’invitation à faire une prière de salut. L’annonce missionnaire requiert aussi l’invocation de l’Esprit Saint qui donne la grâce nécessaire à la conversion. En effet, le Saint-Esprit est la puissance intérieure de l’Église et ce n’est que par sa lumière que la révélation peut être comprise et accueillie. Il touche le cœur et le tourne vers Dieu, Il ouvre les yeux de l’esprit et donne la douceur de consentir et de croire38  : «  Il n’y aura jamais d’évangélisation possible sans l’action de l’Esprit Saint  »39, explique le pape Paul VI  :
                            C’est grâce à l’appui du Saint-Esprit que l’Église s’accroît.… Il est celui qui, aujourd’hui comme aux débuts de l’Église, agit en chaque évangélisateur qui se laisse posséder et conduire par lui, et met dans sa bouche les mots que seul il ne pourrait trouver, tout en prédisposant aussi l’âme de celui qui écoute pour le rendre ouvert et accueillant à la Bonne Nouvelle et au Règne annoncé. (…) On peut dire que l’Esprit Saint est l’agent principal de l’évangélisation40.
                            Dans le livre des Actes des apôtres, il est décrit comment l’Esprit Saint tombait sur ceux qui écoutaient la Parole (Ac 10,44-48; 11,11-18). Dans sa pratique d’annonce missionnaire, l’évangélisateur a donc besoin d’entretenir et d’approfondir sa vie de prière et d’intercession. Il prie pour que l’Esprit Saint l’inspire et soit donné aux personnes qu’il évangélise. Il cherche à être, comme Jésus, une personne trouvant dans la prière le visage et la volonté de Dieu. Le pape Jean Paul II écrit  : «  la mission découle non seulement du précepte formel du Seigneur, mais aussi de l’exigence profonde de la vie de Dieu en nous41  ». Et comme le dit si gracieusement Anne Lécu, religieuse dominicaine et médecin en prison  : «  Parler de Dieu, ce n’est pas parler d’un concept, c’est parler de quelqu’un42  »; quelqu’un avec qui nous entretenons une relation d’amour et de confiance, quelqu’un qui a besoin de notre amour et qui nous appelle à l’aimer et à le connaître toujours plus.

                            À la suite de notre réflexion, nous pouvons affirmer que l’annonce missionnaire devrait être vue et pratiquée selon quatre composantes essentielles  : le témoignage de vie, la prière pour les personnes évangélisées, la proclamation du kérygme et l’invitation à accueillir Jésus comme Seigneur et Sau-veur dans un acte sincère de repentir et de confiance.


                            Notes

                            Déjà, dans le décret du Concile Vatican II sur l’apostolat des laïcs, il était écrit  : «  Par son apostolat l’Église et tous ses membres doivent donc d’abord annoncer au monde le message du Christ par leurs paroles et leurs actes et lui communiquer sa grâce  » (n. 6).
                            Jean-Paul II, Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 2.
                             Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 3.
                             Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 2.
                            Benoît XVI, Porta Fidei, 11 octobre 2011, n. 2.
                            François, Discours du pape François aux participants à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, le 14 octobre 2013.
                            Cf. Assemblée des évêques du Québec, Jésus-Christ chemin d’humanisation - Orienta-tions pour la formation à la vie chrétienne, Montréal, Médiaspaul, 2004, p. 45.

                            Ac 3,19  : «  Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés  » et Rm 10,9-10  : «  En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut  ».
                            Congrégation pour le clergé, Directoire général pour la catéchèse, 15 août 1997, n. 6.
                            10 Jésus devient notre Sauveur lorsque nous lui demandons de pardonner nos fautes; Jésus devient notre Seigneur lorsque nous nous abandonnons à lui pour qu’il ordonne notre vie à son service et au service de son Royaume.
                            11 Le pasteur David Yonggi Cho fit grandir son église de quelques personnes à environ 800000 en l’espace d’une cinquantaine d’années.
                            12 Karen Hurston, Growing the World’s Largest Church, Gospel Publishing House, 1994, p. 164.

                            13 The Four Spiritual Laws-English-knowing God Personally. 4 Spiritual Laws, www.4laws. com/laws/englishkgp/default.htm, Consultée le 27 décembre 2018. 

                            14 David Bennett, The Sinner’s Prayer: Its Origins and Dangers, Capalaba, Queensland: Even Before Publishing, 2011, p. 150.
                            15 Ac 3,19  : «  Repentez-vous et tournez-vous vers Dieu, afin que vos péchés soient effacés  ».
                            16 Concile Vatican II, Ad Gentes, Décret sur l’activité missionnaire de l’Église, n. 13.
                            17 Concile Vatican II, Ad Gentes, n. 13.
                            18 Saint Jean Chrysostome, Traité de la componction I, Œuvres complètes, http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/traites/componction1.htm, Consultée le 4 janvier 2019.

                            19 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, Cerf, Paris, 1996, p. 48.
                            20 Groupe des Dombes, Pour la conversion des Églises, Centurion, Paris, 1991, p. 84.
                            21 Cf. Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 49-50.

                            22 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 50.
                            23 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 50.
                            24 Schéma extrait de la page suivante http://com-jesus.com/connaitre-dieu/, consultée le 04 Janvier 2019.
                            25 Église catholique, Congrégation pour le clergé, Directoire général pour la catéchèse, n. 48, 53-56, http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cclergy/documents/rc_con_ ccatheduc_doc_17041998_directory-for-catechesis_fr.html, Consulté le 27 février 2019.
                            26 Ma 4,17 - Dès lors Jésus se mit à prêcher et à dire  : «  Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche  ».
                            27 Il s’agit de la Didachè (ou doctrine des Apôtres) rédigée vers la fin du 1er siècle ou au début du 2ème siècle.

                            28 La Didachè, I1, http://coptipedia.com/index.php/livre-4-foi-structure-et-rite/spiritualite/ 578-la-didache-la-doctrine-des-douze-apotres.html, Consultée le 27 février 2019.

                            29 Cf. Centre National de Pastorale Liturgique, Service national du catéchuménat des adultes, Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n. 217.
                            30 Cf. Benoît XVI, S’immerger dans le Père, dans le Fils, dans le Saint-Esprit, le 11 juin 2012, http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/135027075af.html?fr=y, Accédée le 4 Janvier 2019.
                            31 Jean-Paul II, «  Il faut que quelque chose change ici  », La documentation catholique, 17 avril 1983, N° 1850, p. 434.
                            32 Centre National de Pastorale Liturgique, Service national du catéchuménat des adultes,
                            Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n. 72.

                            33 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 48.
                            34 Lucien Regnault, Abba, dis-moi une parole, Solesmes, 1984, p. 164-165.
                            35 Jean-Paul II, Discours à l’occasion de la visite des évêques de Lituanie en visite «  ad limina  », 17 septembre 1999, https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/travels/1999/ documents/hf_jp-ii_spe_19990917_Lituanie-ad-limina.html, Accédée le 4 janvier 2019.

                            36 Cf. Catéchèses du pape Jean-Paul II lors des audiences générales du mercredi, 9 janvier 1985, Transmettre la foi dans son Intégrité, n. 3.
                            37 Cf. Synode des Évêques, L’Eucharistie  : source et sommet de la vie et de la mission de l’Église, Instrumentum laboris, 2005, n. 32.

                            38 Cf. Concile Vatican II, Dei Verbum, n. 5.
                            39 Paul VI, Evangelii nuntiandi, n. 75.
                            40 Paul VI, Evangelii nuntiandi, n. 75.
                            41 Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 11.
                            42 Croire.com. «  Comment parler de Dieu à ceux qui n’y croient pas?  » La Croix, 19 Oct. 2017, croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Evangelisation/Comment-parler-de-Dieu-a-ceux-qui-n-y-croient-pas, Accédée le 4 janvier 2019.

                            LA CROISSANCE DE L'ÉGLISE