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jeudi 2 avril 2009

Pour une recherche de croissance saine et équilibrée

Auteur: Pierre-Alain Giffard

La foi et le cheminement en Église devraient être sources d’épanouissement et de joie, et non pas de traumatismes et de douleurs ; sources de libération et de paix, et non pas d’asservissement et d’angoisse. Il arrive pourtant que des chrétiens soient profondément blessés par leur expérience en Église… Voici donc une liste d’erreurs à éviter afin que la poursuite de croissance ecclésiale soit saine et respectueuse envers les membres de la communauté chrétienne.

Avoir toujours l’air assoiffé d’argent


Certains pasteurs ou certaines Églises réclament sans arrêt des dons et des contributions. Pour récolter plus d’argent, de fortes pressions sont exercées sur les membres (exhortations répétées, culpabilisation, menaces de rétributions divines, réprimandes, etc.) sans tenir compte des besoins personnels des chrétiens et du peu de moyens dont ils disposent parfois (Mc 7, 10-13). Dans certaines communautés, l’idée est explicitement répandue que plus l’on donne, plus on recevra en retour, tendant ainsi à créer une spirale immorale d’enrichissement des pasteurs et d’appauvrissement des membres, ainsi que la pensée illusoire et égoïste que l’on peut s’enrichir dans ce monde en donnant de l’argent à l’Église.

En tant que pasteur, avoir un niveau de vie nettement supérieur aux membres de son Église


Quoi de plus déplorable que des pasteurs roulant en voiture de luxe, habitant de grandes maisons et s’habillant à la dernière mode alors que les membres de leurs Églises, qui versent leurs salaires, ont du mal à rejoindre les deux bouts (1 Tm 6, 5-9 ; 1 Tm 6, 10-11 ; Pr 22, 22). L’Église n’est pas une entreprise d’exploitation des membres et encore moins une machine à « traire » les pauvres.

Isoler les membres

Volontairement ou involontairement, certaines Églises isolent leurs membres, particulièrement de leurs familles et de leurs proches, sous prétexte de les protéger de mauvaises influences. Cet isolement peut aussi simplement résulter de ce qu’il est exigé des membres une trop grande participation aux réunions et activités d’Églises. Parfois, hélas, pour assurer une plus grande implication des membres, des pasteurs communiquent l’idée, implicitement ou explicitement, que le temps consacré aux activités d’Église est plus important que celui passé avec sa propre famille ou celui nécessaire aux études…

Contrôler les membres

Il y a un niveau de contrôle que l’on trouve dans certaines Églises qui nuit à la dignité des personnes et qui infantilise les membres. Par exemple, il peut être interdit de regarder la télévision, il est demandé aux femmes de ne pas se maquiller, de ne pas porter de bijoux, de garder les cheveux longs. On y trouve un code d’habillement excessivement strict. Les responsables n’hésitent pas à poser des questions indiscrètes sur la vie personnelle des membres et ceux-ci sont encouragés à se dénoncer mutuellement. Les peurs de l’enfer et de la rétribution divine ou simplement celle de ne pas être accepté par la communauté sont utilisées pour soumettre les membres aux règlements et aux coutumes en place.

Éviter d’avoir des comptes à rendre au niveau pastoral et au niveau financier

Pour éviter les abus, une communauté chrétienne devrait avoir un système interne dans lequel il est possible pour les membres de faire connaître leurs opinions et si nécessaire de faire rapporter des abus à des autorités religieuses externes à la communauté chrétienne. Les membres devraient aussi avoir l’assurance que leurs plaintes seront sérieusement prises en considération et que, si effectivement il y a eu abus, des mesures disciplinaires adéquates seront prises.

Encourager l’« idolâtrie » et un « amour » excessif envers le pasteur fondateur ou le pasteur principal

Il y a un danger pour une Église lorsque son leader se complaît excessivement dans l’affection des membres à son égard. Il peut même chercher à l’entretenir et la faire grandir. Le culte de la personnalité du leader peut entraîner ce dernier vers l’exaltation, la mégalomanie et la paranoïa et entraîner toute la communauté vers la dérive.

Faire ressentir aux membres qu’ils ne sont pas pleinement acceptés dans la communauté chrétienne, qu’ils ne sont pas « spirituels » ou leur dire carrément qu’ils sont en état de péché…


✓ s’ils ne donnent pas assez d’argent ;

✓ s’ils ne s’impliquent pas suffisamment dans les activités de la communauté chrétienne ;

✓ s’ils n’assistent pas aux réunions ;

✓ s’ils n’exercent pas tel ou tel don spirituel (le don des langues, par exemple) ;

✓ s’ils ne croient pas à tel ou tel point secondaire de doctrine ;

✓ s’ils ne s’habillent pas selon la norme ;

✓ s’ils fréquentent occasionnellement une autre Église.

Entretenir une telle culture dans la communauté ou employer une telle tactique de contrôle relève de la manipulation et n’a rien à voir avec l’esprit de l’Évangile.

Perpétrer d’autres abus tels que…

✓ Demander aux membres de confesser leurs péchés devant toute l’assemblée ;

✓ Menacer les membres en leur disant qu’ils iront en enfer s’ils quittent la communauté chrétienne ;

✓ Utiliser les humiliations publiques ou/et avoir recours aux violences physiques pour corriger les membres.


Texte extrait du livre : GIFFARD, Pierre-Alain, La croissance de l’Église : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses, Nouan-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2012.

mardi 30 septembre 2008

Excès et dérapages possibles dans la gestion des églises

Auteur: Pierre-Alain Giffard

Pour arriver à leurs fins certaines églises ou certains mouvements chrétiens peuvent en arriver à utiliser des moyens offensant la dignité humaine, entravant l’actualisation de leurs membres et donner finalement aux communautés chrétiennes des allures de sectes. Une plus grande conscience des dérapages possibles dans la gestion des églises peut permettre aux responsables des églises d'éviter ces erreurs avant qu'elles n'arrivent.

Parmi les différents excès et dérapages il y a :

L’élitisme et l’arrogance

✓ Croire et faire croire, explicitement ou implicitement, aux membres de la communauté chrétienne que l’ap-proche pastorale, missionnaire ou organisationnelle adoptée est la meilleure.
✓ Montrer une attitude méprisante, hautaine ou défiante face aux autres approches et organisations d’Église.
✓ Répondre par la défensive à ceux qui, à l’intérieur ou l’extérieur du groupe, questionnent ou critiquent les pratiques de la communauté chrétienne et se montrer fermé aux autres points de vue.

Le contrôle et la surveillance

✓ Contrôler les relations des fidèles avec l’extérieur. ✓ S’immiscer dans les affaires personnelles des membres.
✓ Demander aux fidèles de se dénoncer mutuellement. ✓ Surveiller les membres.
✓ Faire planer la menace de damnation, de rétribution divine ou de divers malheurs envers les membres qui veulent quitter l’Église.

La censure et l’isolement

✓ Contrôler l’information reçue par les membres (lec-tures, films, télé, radio).
✓ Empêcher ou décourager les membres d’aller chercher conseil ailleurs que dans la communauté chrétienne.
✓ Bloquer, écarter ou « éliminer » la dissidence ou l’opposition.
✓ Empêcher ou décourager les membres d’interagir avec ceux qui, par eux-mêmes ou par la volonté des responsables, ont quitté le groupe ou la communauté chrétienne.
✓ Encourager la rupture avec les personnes qui cri-tiquent le mouvement ou la communauté chrétienne, même s’il s’agit des membres de sa famille.
✓ Répandre des calomnies, des mensonges ou des fausses interprétations concernant les autres organisations et mouvements de manière à garder ses fidèles.

L’autoritarisme

✓ Demander la soumission totale des membres aux autorités de la communauté chrétienne.
✓ Considérer comme des rebelles ceux qui ne pensent pas comme le pasteur ou les autres responsables de la communauté chrétienne.
✓ Permettre ou encourager l’adulation et/ou l’idolâtrie du leader.
✓ Diriger davantage par manipulation (pressions, menaces, obligations, culpabilités, chantages, colères, promesses non tenues, avantages malhonnêtes) que par inspiration (amour, exhortations, invitations et exemples personnels).
✓ Prendre des décisions pratiquement seul, sans tenir compte des conseils de son entourage ni de sources extérieures.

La pensée sectaire

✓ Minimiser la valeur des obligations familiales, du travail et des études en faveur des activités de la com-munauté chrétienne.
✓ Mépriser ou nier la valeur du monde séculier et du bien qui s’y fait.
✓ Interpréter la vie humaine en termes simplistes et sans nuances : « noir et blanc », « bons et méchants », « damnés et sauvés ».
✓ « Sataniser » le monde.
✓ Vivre et répandre une obsession paranoïaque du com-plot et de l’infiltration.

Le légalisme et le fondamentalisme

✓ Demander l’observation à la lettre des prescriptions bibliques et des règlements de la communauté chré-tienne au détriment du bon sens, de l’amour et de la miséricorde.
✓ Mettre l’accent sur la conversion extérieure plutôt qu’intérieure.
✓ Condamner, juger, mépriser ceux et celles qui ne se conforment pas aux mêmes pratiques.
✓ Nier la raison au profit d’une interprétation fonda-mentaliste de la Bible.
✓ Nier le bon sens au profit de l’obéissance.

Manques de jugement et de discernement

✓ Diriger en se fiant à ses sentiments et à ses intuitions sans vérifier les faits et sans utiliser la raison.
✓ Donner à ses inspirations ou à celles de la commu-nauté la valeur de certitudes.
✓ Prendre des décisions en se basant sur ses émotions.

Le leadership charnel

✓ Abuser de la confiance des membres pour assouvir des vices et les désirs de la chair : argent, sexe, pouvoir, contrôle, etc.
✓ Diriger et faire grandir la communauté chrétienne pour nourrir ses ambitions personnelles et recevoir « la gloire qui vient des hommes » (Jn 5, 44).
✓ Appâter les personnes dans la communauté chré-tienne par des promesses de prospérité et de réussite matérielle ainsi que par celle d’appartenir à une élite spirituelle.
✓ Se « servir » des membres pour faire croître la commu-nauté chrétienne plutôt que de devenir soi-même un être de service pour l’Église et le Christ.
✓ Diviser, en répandant le discrédit sur d’autres membres, pour mieux régner…

Fausses conceptions de la grâce

✓ Croire que la croissance de l’Église va s’effectuer uniquement par nos propres forces ou par la simple utilisation des sciences du management.
✓ Croire que la croissance de l’Église va se réaliser uni-quement par la prière et par une vie sainte (vertueuse).
✓ Croire que Dieu va accomplir la croissance lui-même sans notre participation à organiser (gérer) la commu-nauté chrétienne adéquatement.
✓ Mépriser l’utilisation des sciences du management et négliger l’expérience des Églises qui ont connu la croissance.

Cet article se trouve dans le livre : GIFFARD, Pierre-Alain, La croissance de l’Église : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses, Nouan-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2012.

LA CROISSANCE DE L'ÉGLISE