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vendredi 10 avril 2020

Les cellules d'évangélisation et la croissance de l'Église


Un des moyens permettant de réaliser la nouvelle évangélisation dans les paroisses est la mise en place de cellules d’évangélisation. Les cellules d’évangélisation sont un des facteurs qui contribuent le plus au renouvellement et à la croissance d’une Église[i].

Mais que sont les cellules d’évangélisation ? Qu'est-ce qui les distingue des autres petits groupes en Église? Comment les mettre en place ? Ce document, sous forme de « foire aux questions », répond à ces questions et présente plusieurs principes sous-jacents à cette structure d’Église.

1)      Qu’est-ce qu’une cellule d’évangélisation ?

Une cellule d’évangélisation est un groupe de 2 à 15 personnes dont le but est d’amener des personnes à accepter Jésus comme Sauveur et Seigneur et à se faire baptiser [ii]. Elle n’existe pas pour elle-même, mais spécifiquement pour annoncer l’Évangile. Elle fournit un endroit où amener amis, collègues et voisins pour les introduire à la foi chrétienne et les conduire à Jésus-Christ. Le groupe se rassemble d'habitude en dehors de l’église[iii]. La Bonne Nouvelle de l'Évangile[iv] est présentée aux participants que ce soit à travers une série de vidéos, d’enseignements ou simplement par la lecture de la Bible. Ce faisant les personnes présentes font l'expérience de l’Esprit-Saint, de la communion fraternelle, de la conversion et de la croissance spirituelle. Les membres de la cellule sont régulièrement encouragés à inviter d'autres personnes dans le groupe.

2)     Avec qui constituer une première cellule d’évangélisation ?

Une première cellule d’évangélisation devrait être constituée avec un noyau de personnes qui comprennent l’importance de faire connaître le Christ et qui ne sont pas à convaincre de la nécessité d’évangéliser. Dans ce sens il est bon aussi d’adjoindre à la cellule des nouveaux convertis qui, par leur zèle et leur enthousiasme, sont efficaces dans l’œuvre de l’évangélisation.

3)     À quel rythme ont lieu les rencontres ?

Les membres d’une cellule d’évangélisation se rencontrent en général une fois par semaine, mais ils peuvent décider de se rencontrer seulement une ou deux fois par mois.

4)     Comment se déroule une rencontre de cellule?

Une rencontre dure en général de 1h00 à 1h30. Bien qu’il n’y ait pas de schéma unique, voici un exemple du déroulement d’un rencontre :

  1. Accueil chaleureux et informel des participants, échange de nouvelles;
  2. Prière d’ouverture pour demander l’Esprit-Saint (avec ou sans chant);
  3. Visionnement d’une vidéo présentant les fondements de la foi chrétienne (Ex : Les cours Alpha);
  4. Partage sur le contenu de la vidéo et réponse aux questions;
  5. Prières pour les intentions des personnes présentes;
  6. Prière d’imposition des mains à la demande éventuelle d’un membre;
  7. Discussion informelles et départ des participants.
5)     Que font les membres des cellules entre les rencontres?

Les chrétiens qui sont dans la cellule pour évangéliser s’engagent à lire la parole de Dieu tous les jours et prient pour les personnes qui sont dans la cellule. Ils prient aussi pour deux ou trois personnes qui ne sont pas encore dans la cellule mais qu’ils souhaitent inviter. Ils font des efforts pour créer de nouveaux liens d’amitié, rendre service, donner leur témoignage et inviter des personnes nouvelles dans la cellule. Les personnes qui sont dans la cellule pour découvrir la foi chrétienne sont encouragées à prier tous les jours, à se procurer une bible et à la lire quotidiennement. 

6)     Quelle est la part du responsable de la paroisse?

Le succès des cellules dépend en grande partie de la motivation du responsable de la paroisse et de son engagement personnel dans ce programme d'évangélisation. Celui-ci encourage tous les paroissiens à former une cellule et participe à la formation des personnes intéressées. Il ne devrait pas voir les cellules comme des groupes parmi d’autres, mais comme une façon de transformer toute la paroisse en une communauté évangélisatrice. En fait, le programme d’évangélisation par cellules de maison devrait être le programme principal de la paroisse. À l’image de Jésus avec ses apôtres, il travaille avec des personnes qui n’ont pas forcément de formation théologique et qui n’ont pas encore toutes les qualités humaines pour accomplir leurs tâches. Il félicite publiquement les animateurs et animatrices pour leurs efforts.

7)     Comment devenir un animateur de cellules?

Il est recommandé qu'avant de devenir responsable de cellule, une personne ait déjà participé à la vie d'une cellule. Les responsables de différentes cellules bénéficieront de se rencontrer régulièrement pour partager leurs expériences et apprendre les uns des autres.

8)     Quel est le rôle de l’animateur de cellules ?

Outre l’animation de la rencontre, l’animateur peut effectuer des visites auprès des membres de la cellule, spécialement quand ceux-ci vivent des épreuves difficiles (deuil, maladie, solitude, etc.). Un autre de leur rôle est de former d’autres animateurs qui seront appeléss à démarrer d'autres cellules et à former d'autres animateurs.

9)     Qu’est-ce qui distingue les cellules d’évangélisation des autres petits groupes en Église ?

Les cellules d'évangélisation ont la particularité d'avoir pour principal objectif de faire des disciples (dans le sens d'engendrer de nouveaux chrétiens), de croître et de se multiplier. Bien qu’elles aient certains éléments en communs avec d’autres petits groupes d’Église (comme les groupes de réflexion biblique, les groupes de prières, les communautés chrétiennes de base, les petits groupes avec une mission particulière comme l’aide auprès des familles monoparentales, le soutien des conjoints de personnes alcooliques, etc.), les cellules d’évangélisation sont faites pour accueillir des personnes en recherche ou qui ont pris leurs distances par rapport à l'Église et former des nouveaux animateurs qui constitueront eux-mêmes d'autres groupes. Ses membres cherchent des personnes réceptives[v] dans leur milieu pour les inviter dans la cellule, ou dans une célébration conçue pour les personnes évangélisées[vi].  Lors des rencontres l’animateur offre souvent  aux personnes nouvelles des occasions d’accueillir le Christ comme Sauveur et Seigneur[vii] (2 Pierre 1,11; 2,20; 2,2; 3,18).

10)  Comment accueillir des nouveaux dans la cellule?

Les personnes qui sont invitées dans la cellule sont des personnes qui connaissent peu ou mal l’Évangile. Ce sont aussi des personnes qui peuvent être méfiantes par rapport à l’Église. Même si elles pensent différemment et expriment des opinions contraires il ne faut pas qu’elles se sentent jugées, mais au contraire accueillies et aimées telles qu’elles sont. Aussi, il n’y a pas à exiger qu’elles participent aux célébrations dominicales ni à s’attendre qu’elles suivent sur le champ toutes les prescriptions de l’Église. La patience et la douceur sont de mise; l’Esprit Saint ferra son travail…. Il se peut aussi qu’au départ les personnes aient du mal à être présents chaque semaine. Les membres de cellules éviteront toute forme de pression qui peut générer de la culpabilité. La bonne formule est de dire : « venez quand vous pouvez, nous sommes toujours contents de vous voir ».  

11)  Que peuvent faire les membres des cellules pour mieux intégrer les personnes évangélisées à la communauté chrétienne?

Les cellules devraient favoriser la création de liens d’amitié entre les personnes évangélisées et les membres du groupe ou de la paroisse. Les recherches du mouvement pour la croissance de l’Église montrent que si une personne évangélisée se lie d’amitié avec un des membres de l’Église, celle-ci il aura beaucoup plus de chance de se joindre à la communauté chrétienne. Jésus a lui-même fait de ses disciples ses amis (Jean 15,15[viii]). L’amitié, avec un ou plusieurs membres de l’Église, est une des raisons importantes qui explique pourquoi une personne se joint à une communauté chrétienne.

12)  Y a-t-il différentes formes de cellules d’évangélisation ?

Oui, il y a entre autres, les groupes de croissance[ix] dont l’animation est quelque peu moins exigeante pour les animateurs car le déroulement est plus simple. Les membres se rencontrent pendant une heure toutes les semaines et pratiquent trois disciplines de base : la lecture assidue et quotidienne de la Parole, un partage autour de quelques questions prédéfinies et la prière pour les personnes que l'on cherche à inviter. Les groupes sont petits : deux ou trois personnes maximum et quand une quatrième personne s’ajoute, deux nouvelles cellules sont formées à partir de la première.
Voici le genre de questions posées durant les rencontres :

  • Comment Dieu s’est-il révélé à toi cette semaine ?
  • Que t’apprend-il en ce moment ?
  • Comment réagis-tu ?
  • As-tu été respectueux, compréhensif et généreux à l’égard de tes proches ?
  • Ressens-tu le besoin de partager le Christ avec quelqu’un cette semaine ?

Au fond, l’important n’est pas tant de suivre tel ou tel programme, mais plutôt de trouver une formule d’animation qui favorise la communication de l'Esprit Saint et qui permet à la cellule d’accomplir sa mission d’évangélisation et de croissance. Il s’agit de faire vivre aux personnes évangélisées une rencontre authentique avec le Christ autour de sa Parole et une expérience d’amitié avec les membres de la cellule. Les nouveaux doivent être invités à accueillir Jésus comme Seigneur et Sauveur[x].

13)  Où se déroulent les rencontres des cellules d’évangélisation ?

Idéalement les rencontres se déroulent dans la maison d’un des membres, mais pas nécessairement. Elles peuvent aussi se dérouler dans un café, dans une salle de réunion au travail, à l’extérieur dans un parc, etc.

14)  Quel est l’avantage de mettre en place des cellules d’évangélisation dans une paroisse ou dans un mouvement ?

Les cellules d’évangélisation ont plus d’un avantage : elles permettent de mettre en œuvre la mission première de l’Église de faire des disciples, elles permettent aussi aux chrétiens de vivre une plus grande fraternité, de prier les uns pour les autres et d’approfondir leur foi autour de la parole de Dieu. Et parce qu’elles sont bâties pour grandir et se multiplier il y a moins de risque d’un essoufflement des responsables déjà en place puisque de nouvelles personnes issues des cellules peuvent prendre le relai.

15)  Quel est le principe qui permet la multiplication des cellules?

Un principe de base des cellules d’évangélisation est non seulement d'évangéliser mais aussi de former des animateurs qui formeront eux-mêmes leur propre cellule. L’animateur cherche donc à conduire les personnes évangélisées à devenir disciples du Christ et encourage tous les membres à former leur propre cellule. Une cellule fait des disciples qui engendrent des animateurs. L’idéal est que chaque membre puisse en arriver à créer sa propre cellule.

16)  Quelles sont les étapes à suivre pour renouveler une paroisse par des cellules d'évangélisation ?

Pour renouveler une paroisse par des cellules il y a quelques étapes à suivre :

1. La première étape est d’avoir un responsable de paroisse convaincu de l’importance des cellules d’évangélisation. Il devrait considérer ce programme comme sa priorité et s'engager pleinement à le réaliser;

2. Dans la deuxième étape, le responsable de la paroisse prie et fait prier la communauté pour le renouvellement de la paroisse;

3. Dans la troisième étape, qui est vécue en même temps que la deuxième, le responsable de la paroisse fait grandir une culture missionnaire dans la paroisse par différents enseignements et en utilisant différents moyens (homélies, enseignements de groupe, site web, feuillets paroissiaux, etc.);

4. Dans la quatrième étape, un premier noyau de personnes intéressées est rassemblé pour constituer une ou deux cellules de départ;

5. Dans la cinquième étape, les premiers membres des cellules commencent à être formés au témoignage et à l’évangélisation, ils peuvent étudier des passages de livres comme « Évangéliser en paroisses[xi] » ou « La croissance de l’Église[xii] »;

6. Dans la sixième étape, les membres des cellules sont formés afin de pouvoir animer leur propre cellule et former leurs propres animateurs;

7. Dans la septième étape, les premières cellules ouvrent leurs portes à tous les paroissiens, désireux d'évangéliser et de voir ce qui s’y vit (sans engagement). Cette étape peut être précédée d’une « campagne de sensibilisation » de toute la communauté. Les inscriptions peuvent être organisées lors des célébrations de fin de semaine;

8. Dans la huitième étape, des personnes évangélisées sont ajoutées à la cellule.

La première année, il est important que le responsable de la communauté chrétienne prenne le temps nécessaire de créer des liens forts avec les membres des cellules et de leur montrer son engagement personnel dans l’œuvre de l’évangélisation.

Un autre point à mentionner : ne pas oublier que le travail d’évangélisation et d’invitation dans les cellules ne doit pas se faire auprès de personnes déjà chrétiennes, mais auprès de personnes non croyantes, indifférentes à la foi ou qui ont pris leurs distances par rapport à l’Église.

17)   Est-ce que la mise en place de cellules d’évangélisation est le seul facteur qui favorise la croissance de l’Église ?

Les cellules d’évangélisation sont seulement un des facteurs qui favorisent la croissance de l’Église. Il y en a d’autres, par exemple :

  1. La priorité pastorale de la paroisse est mise sur l’évangélisation (faire des disciples);
  2. L'élaboration et la communication, par les responsables en Église, d’un processus pastoral qui permette de faire des disciples;
  3. La diffusion d’une culture d’évangélisation dans la communauté chrétienne;
  4. La mise en place d’activités de prière pour le renouvellement spirituel de la communauté chrétienne spécialement dans le but de prier pour les évangélisateurs et les personnes évangélisées;
  5. La formation de la communauté chrétienne sur les facteurs de croissance et si possible la viite d'autres Églises misionnaire;
  6. La rédaction d’un plan de développement par les responsables de l’Église;
  7. La formation des membres de la communauté chrétienne à l’annonce de l’Évangile;
  8. Un service d’accueil bien organisé pour accueillir dans l’Église les personnes évangélisées;
  9. Les activités pour répondre aux besoins du milieu (tant internes qu’externes à la communauté chrétienne);
  10. Des célébrations vivantes utilisant des instruments de musique contemporains et une proclamation du kérygme qui invite les participants à accueillir le Christ comme Sauveur et Seigneur;
  11. L’effusion de l’Esprit Saint et l’exercice des charismes (prière pour la guérison des malades, prophéties, etc.);
  12. Le travail des membres ordonnés avec des responsables laïcs (formation-délégation).

18)  Et après?

Le responsable de la communauté chrétienne, avec de nouveaux croyants rassemblés dans les cellules, pourra non seulement faire des disciples mais aussi renouveler le bassin des responsables qui œuvrent dans la paroisse et aussi créer de nouvelles activités pastorales pour mieux répondre aux besoins du milieu.




[i] Cette affirmation se base sur les recherches du Mouvement pour la croissance de l’Église qui, comme son nom le suggère, s’intéresse aux facteurs qui favorisent la croissance des communautés chrétiennes. Ce Mouvement est composé d’un ensemble de praticiens et de théologiens de différentes confessions chrétiennes qui étudie les éléments qui favorisent le développement des Églises.
[ii] Évangéliser dans le sens d’engendrer de nouveaux disciples.
[iii] L’église-bâtiment. Notons qu’un sous-sol d’église n’est pas un lieu conseillé pour les rencontres, car l’ambiance n’est pas toujours des plus chaleureuses et certaines personnes évangélisées ne sont pas encore prêtes à aller à l’église.
[iv] Le message de l’Évangile (appelé kérygme) présente la Bonne nouvelle de manière à inciter et inviter les hommes et les femmes et accueillir Jésus comme Sauveur et Seigneur et conduit au baptême. Annoncer le kérygme, c'est annoncer l’amour de Dieu, la personne de Jésus, son œuvre de salut et la nécessité de se convertir. Frédéric Manns explique le lien qui existe entre le kérygme et la catéchèse : Le kérygme est à la catéchèse ce que la naissance est à la croissance : il la précède, il lui est préalable, il en est la condition pour que fructifie la catéchèse.
[v] Les recherches du Mouvement pour la croissance de l'Église font ressortir que certaines personnes sont plus réceptives à l'Évangile que d'autres. Parmi les personnes réceptives il y a :
les personnes de sa famille, ses amis, les personnes sur qui l’on exerce une influence positive, les nouveaux venus dans un quartier, les nouveaux parents, les personnes qui souffrent d’une dépendance destructrice (alcool, drogue, jeux, etc.), les personnes qui visitent une église pour la deuxième fois, les personnes qui souffrent des épreuves suivantes: divorce, chômage, problèmes financiers, problèmes conjugaux ou familiaux, solitude, ressentiment, culpabilité et deuil.
[vi]  Une célébration pour les personnes évangélisées est, comme une cellule, une porte d’entrée dans la grande communauté des croyants. Elle comprend des chants de louange animés avec des instruments de musique contemporains, un accueil particulièrement soigné, une annonce du kérygme et une invitation à accueillir Jésus dans son cœur. Cette célébration peut être précédée ou suivie d’activités sportives ou sociales. Un suivi est ensuite fait pour inviter les personnes qui se sont présentées à une autre célébration ou une autre activité de l'Église.
[vii] Inviter quelqu’un à accueillir Jésus comme Seigneur et Sauveur c’est lui proposer de faire une prière comme celle-ci : Seigneur Jésus, je comprends que tu m’aimes et tu es venu pour me donner ton pardon et la vie éternelle. Merci d'être mort sur la croix pour prendre sur toi les conséquences de mes fautes et me réconcilier avec Dieu. Je t'ouvre la porte de mon cœur et je te reçois maintenant comme mon Sauveur. Je t’offre ma volonté et je m’abandonne entre tes mains. Entre dans mon cœur, pardonne-moi, guéris-moi et conduis-moi. Amen. La prière est dite lentement, d'abord par l’évangélisateur, qui laisse à la personne qui écoute le temps de la répéter après lui phrase par phrase. Après cette prière, la personne qui vient d'accueillir Jésus comme son Sauveur est invitée à lire la Bible tous les jours, à prier tous les jours, à se joindre à une communauté chrétienne et à témoigner de sa foi par toute sa vie.
[viii] Jean 15, 15 : Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître.
[ix] Neil Cole décrit le fonctionnement des groupes de croissances dans son livre Une Bible, du café… des disciples aux éditions CLE.
[x] Lorsqu'une personne accueille Jésus comme Seigneur et Sauveur, et afin qu'elle puisse faire grandir sa foi, elle doit être tout de suite invitée à lire la Bible quotidiennement, à prier tous les jours, à se joindre à une communauté chrétienne et à témoigner de sa foi.
[xi] Don Giuseppe Macchioni (Don Pigi Perini), Évangéliser en paroisse, l'expérience des cellules paroissiales d'évangélisation, Nouan-le-Fuzelier, Pneumathèque, 1994.
[xii] GIFFARD, Pierre-Alain, La croissance de l'Église : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses, Nouan-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2012.

vendredi 27 mars 2020

L'annonce missionnaire et la prière du pécheur: une perspective catholique

Auteur: Pierre-Alain Giffard

(Article publié dans Theoforum 48 (2018), pp. 309-319 doi: 10.2143/TF.48.1.3286640)

RÉSUMÉ  : Cet article traite de l’annonce missionnaire et se penche sur une pratique des Églises évangéliques qui invite les non-croyants et les personnes qui vivent dans l’indifférence religieuse à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur. La première partie explique ce qu’est l’annonce mis-sionnaire et comment une invocation appelée la prière du pécheur est utilisée dans les Églises évangéliques pour aider les nouveaux croyants à exprimer leur foi et leur désir de salut. La deuxième partie met en lumière l’importance du repentir dans cette démarche de conversion. La troisième partie explore ce que devrait être le contenu de l’annonce kérygmatique pour conduire à une conversion authentique. À la suite de ces réflexions, il est alors proposé une nouvelle version de la prière du pécheur. Il est aussi rappelé l’importance de voir la conversion initiale comme une première étape sur le chemin de la conversion continue. Et finalement l’article conclut en disant que la proclamation missionnaire devrait être vue et pratiquée selon 4 composantes essentielles.


Introduction

Le concile Vatican II a été l’occasion, pour l’Église catholique, de réfléchir sur sa théologie missionnaire et a permis, entre autres, la promulgation du décret conciliaire Ad gentes. Depuis le concile, les responsables ecclésiaux exhortent continuellement l’ensemble des catholiques à annoncer l’Évangile1. Le pape Jean-Paul II, dans l’encyclique Redemptoris missio, proclame «  l’urgence de l’annonce missionnaire  » disant qu’elle constitue dans le monde actuel «  le premier service que l’Église peut rendre à tout homme et à l’humanité entière  »2. Il exhorte tous les membres de l’Église à engager toutes leurs forces dans la nouvelle évangélisation  : «  Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune institution de l’Église ne peut se soustraire à ce devoir suprême  : annoncer le Christ à tous les peuples  »3. La tâche d’évangéliser, écrit-il, «  concerne tous les chrétiens, tous les diocèses et toutes les paroisses, toutes les institutions et toutes les associations ecclésiales  »4.

Les deux papes qui ont continué d’inciter les fidèles dans le même sens  : L’Église dans son ensemble, écrivait le pape Benoît XVI, doit «  se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude  »5. Le pape François, pour sa part, s’exprime ainsi  : «  Chaque baptisé est ‘un christophore’, c’est-à-dire porteur du Christ, comme disaient les Pères anciens. Celui qui a rencontré le Christ, comme la Samaritaine du puits, ne peut pas garder pour lui cette expérience  »6.

De fait, la plupart des catholiques perçoivent l’importance de transmettre leur foi mais, dans la pratique, ils ne savent pas comment le faire  : comment proclamer l’amour de Dieu révélé dans les Évangiles  ? Comment inviter quelqu’un à devenir disciple du Christ  ? Pour plusieurs paroissiens, l’invitation à évangéliser suscite des questions et des inquiétudes  : qu’est-ce que cela veut dire  ? Va-t-on nous demander de faire du porte-à-porte  ?

C’est au cœur de ces interrogations que cet article réfléchit sur l’annonce missionnaire et particulièrement sur une pratique des Églises évangéliques qui invite les personnes évangélisées à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur. La première partie explique ce qu’est l’annonce missionnaire, notamment dans sa dimension d’annonce kérygmatique et comment une invocation appelée la prière du pécheur peut être utilisée pour aider les nouveaux croyants à exprimer leur foi et leur désir de salut. La deuxième partie met en lumière l’importance du repentir dans cette démarche de conversion et la troisième partie explore ce que devrait contenir le message de l’annonce missionnaire pour que celui-ci conduise à une conversion authentique. À la suite de ces réflexions, il est alors proposé une nouvelle version de la prière du pécheur. Il est aussi rappelé l’importance de voir la conversion initiale comme une première étape sur le chemin de la conversion continue. Et finalement l’article conclut en disant que la proclamation missionnaire devrait être vue et pratiquée selon 4 composantes essentielles.


1.  L’annonce missionnaire et la prière du pécheur

L’annonce missionnaire, parfois appelée première annonce, est cette partie de l’évangélisation qui vise à conduire des personnes au Christ. Elle s’exerce par le témoignage et la proclamation kérygmatique7. Elle invite à la conversion initiale, c’est à dire à la repentance et à la confession du salut en Jésus Christ8. Elle est un appel aux non-croyants et à ceux et celles qui vivent dans l’indifférence religieuse9.

S’engager dans l’annonce missionnaire, c’est chercher à susciter une réponse de foi chez des non-croyants et à les faire cheminer vers une relation d’amour et de confiance avec le Christ. L’annonce missionnaire se réalise lorsque des hommes et des femmes accueillent Jésus comme Sauveur et Seigneur (2Pi 3,18)10

C’est dans cette perspective théologique d’accueillir Jésus dans la foi que certaines églises protestantes invitent les personnes qu’elles évangélisent à réciter une prière couramment appelée la prière du pécheur ou la prière du salut.  Cette prière est proposée à la fin d’un sermon, d’un enseignement ou d’un témoignage personnel. Le prédicateur ou la personne qui évangélise invite les personnes qui décident de se convertir à la répéter après lui. Par exemple, dans l’église du pasteur coréen David Yonggi Cho11, l’appel à réciter une telle prière est le sommet de la célébration.
The culmination of a worship service comes at the conclusion of Dr. Cho’s sermon when he invites all who want to receive Jesus Christ as their Lord and Savior to stand and repeat a sinner’s prayer after him12.
Il y a de nombreuses versions de cette prière mais la plupart ressemblent à celle-ci  :
Lord Jesus, I want to know You personally. Thank You for dying on the cross for my sins. I open the door of my life and receive You as my Savior and Lord. Thank You for forgiving me my sins and giving me eternal life. Take control of the throne of my life. Make me the kind of person You want me to be13.
On la retrouve dans des dépliants distribués lors de campagnes d’évangélisation et dans de nombreux sites internet et blogues à caractère missionnaire. Les premières traces de cette prière remontent aux grands réveils protestants (Revivals) du 19ème siècle aux États-Unis et en Grande-Bretagne. William Taylor (1821-1902) l’utilisait dans ses enseignements et Dwight L. Moody (1837-1899) dans ses prédications. Avec le temps, elle est devenue de plus en plus populaire. Depuis le 20 ème siècle et jusqu’à aujourd’hui, de grandes organisations comme celles de Billy Graham (Billy Graham Evangelistic Association) et CRU (anciennement Campus Crusade for Christ) s’en servent dans leurs campagnes d’évangélisation14.

La récitation de cette prière est une réponse à Dieu qui, par l’action de l’Esprit Saint communique la foi au Christ, incite au repentir et à l’accueil du salut15. Sa récitation témoigne d’une conversion initiale et montre que l’annonce missionnaire a atteint son but: «  que les non-chrétiens, le Saint-Esprit ouvrant leur cœur (cf. Act. 16, 14), croient et se convertissent librement au Seigneur et s’attachent loyalement à Lui  »16. Le nouveau converti s’engage dans un rapport personnel avec Dieu dans le Christ  : «  communiant déjà par la foi au mystère de la mort et de la résurrection, il passe du vieil homme au nouvel homme qui a sa perfection dans le Christ  »17. 


2.  Recentrage de son existence

Nous souhaitons toutefois affirmer ici qu’une telle prière dite du bout des lèvres ou répétée sans en saisir le sens ne pourrait pas être considérée comme un signe authentique de conversion. En effet, la conversion est un acte libre qui jaillit de la componction et du repentir  : 
Donnez-moi, en effet, une âme animée des sentiments d’une vraie componction, la voilà tout à coup remplie de force, d’une force semblable à celle du feu au milieu des épines; et quand même cette âme se trouverait en proie à mille maux, chargée des liens de l’iniquité, toute consumée par le feu des mauvaises passions, étourdie par le tumulte et le fracas des affaires séculières, n’importe, la componction aura bientôt, comme d’un violent coup de fouet, chassé loin de cette âme tous ces ennemis, tous ces maux. De même qu’une légère poussière ne tiendra jamais devant un vent impétueux; de même aussi, quand une vive componction aura pénétré dans une âme, jamais les mauvaises passions, si nombreuses qu’elles soient, ne pourront tenir devant la force de cette vertu, elles disparaîtront et se dissiperont plus vite qu’une vile poussière, qu’un peu de fumée18.
Mgr Kallistos Ware affirme que «  sans repentir, il ne peut y avoir de vie nouvelle, de salut, d’entrée dans le Royaume des cieux19  ». Le «  Groupe des Dombes  » pour sa part décrit bien le lien entre la conversion et le repentir: «  La conversion s’appuie sur le repentir. La repentance indique la décision, et la conversion sa mise en œuvre  »20.

Mais qu’entend-on par repentir  ? Il ne s’agit pas seulement du regret d’avoir péché, du sentiment de culpabilité, du sentiment de peine face aux blessures que nous avons infligées à notre prochain et à nous-mêmes, mais aussi d’une transformation fondamentale de notre perspective, d’une nouvelle manière de voir Dieu, autrui et nous-même21. «  Le repentir n’est pas un excès de remords et d’apitoiement sur soi-même  »22, mais le regret d’avoir offensé Dieu qui conduit à la conversion, c’est-à-dire « au recentrage de notre vie sur la Sainte Trinité »23. Se convertir, c’est s’engager dans une relation d’amour et de confiance avec le Christ qui devient le guide et le point de repère de notre existence.

Pour illustrer ceci, les Églises évangéliques utilisent le diagramme suivant.



À gauche, le schéma montre une vie sans la foi au Christ, dans laquelle un individu vit sans référence à l’Évangile. Son «  moi  » siège au centre de son existence et il tend à voir ce qui l’entoure en fonction de ses intérêts personnels ou de sa subjectivité. À droite, le schéma montre une personne qui a accueilli le Christ comme son Seigneur; tout ce qui l’entoure est alors vu en fonction de Dieu et de sa volonté. L’ego est «  détrôné  » et le Christ, placé au centre de son existence, règne dans son cœur.

Cette vision de la conversion s’accorde bien avec le Directoire général pour la catéchèse pour lequel se convertir, c’est choisir l’option fondamentale de s’en remettre tout entier et librement à Dieu et d’accepter de se laisser conduire à une nouvelle manière d’être et de vivre. Dans une prière sincère de conversion, Jésus est appelé et accueilli avec le désir intérieur de marcher à sa suite, de devenir son disciple et de vivre comme il a vécu25.


3.  Dans la pratique

Viser à faire accueillir Jésus comme Sauveur et Seigneur par la récitation de la prière du pécheur aide à saisir ce à quoi doit aboutir l’annonce missionnaire. Mais quel message devrait être annoncé à la personne évangélisée avant de la conduire à réciter cette prière  ?

Celui-ci devrait se trouver en bonne partie dans la prière elle-même  : le fait que Dieu est bon et que nous avons été créés par amour pour une vie éternelle. Le fait que Jésus, le Fils de Dieu, est venu nous révéler, nous faire connaître Dieu. En prenant chair de la Vierge Marie, en prenant sur lui tous nos péchés, il a obtenu pour nous le salut. Si nous avons foi en lui, nous lui donnerons nos péchés, et lui les écartera de nous, aussi loin que l’orient de l’occident. Délivrés de nos fautes, nous pouvons connaître Dieu, grâce à ce don merveilleux qu’est le pardon qu’a obtenu le Fils pour nous. Et il est possible de croire à une si merveilleuse nouvelle grâce au gage de la résurrection attestée par les apôtres et à l’Esprit-Saint, envoyé par le Fils du haut de sa croix de souffrance et de douleurs.

L’annonce kérygmatique proclame la mort et la résurrection du Christ, le pardon des offenses, sans oublier le jugement à venir pour ceux qui négligeraient un pareil salut. Jésus n’a pas craint de dire: «  vous mourrez dans vos péchés  » (Jn 8,24). Et dans la lettre aux Hébreux (10,28-29) il est écrit: «  si ceux qui s’étaient trouvés coupables sous la loi de Moïse ont reçu sanction immédiate de leur faute, combien plus ceux qui négligeront pareil salut, obtenu sous le ministère du Fils de Dieu  ». L’évangélisateur devrait donc exhorter ainsi  : «  ne manquez pas cette grâce qui vous est faite de vous reconnaître pécheurs, cette grâce qui vous est faite de vous savoir sauvés, libérés  ».

Si le terme «  annonce missionnaire  » pourrait laisser entendre qu’il suffit à l’évangélisateur d’annoncer l’Évangile il s’agit dans les faits de plus que cela. L’annonce missionnaire, avec le témoignage de vie qu’elle requiert et le kérygme qu’elle proclame, doit aller jusqu’à inviter la personne évangélisée à faire un choix, à prendre une décision libre et éclairée en réponse au Christ qui l’appelle à la conversion et au salut26  : «  Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, j’entrerai, chez lui  » (Ap 3,20). La récitation de cette prière exprime ce choix, sa foi en Jésus-Christ et son désir de salut.

Inviter quelqu’un à réciter cette prière c’est lui proposer de s’abandonner entre les mains toutes aimantes de Dieu, de mettre sa confiance en lui et de consentir à ce que l’Esprit le conduise. Par cette prière, une personne accepte que Dieu agisse dans sa vie pour être libéré de ce qui la tient captive et la sépare de lui. Elle lui donne ainsi son cœur pour qu’il le remplisse de son Esprit et la conduise dans son Royaume.

Derrière la notion de conversion il y a aussi la notion de renoncement ainsi qu’il est expliqué dans la doctrine des deux chemins27 : «  l’un de la vie, l’autre de la mort (cf. Jérémie, 21, 8  ; Deut., 30, 15, 19)  »28. Le premier est un chemin de renonciation, l’autre un chemin de promesses. Le pape Benoît XVI explique qu’au début de l’Église, on employait l’expression  : «  Renoncez-vous au diable et à ses pompes  ?  » pour parler du renoncement à un type de culture qui est contre le Christ et contre Dieu et qui, dans l’Évangile de saint Jean, est appelée «  kosmos houtos  », «  ce monde  ».

La conversion, dans la tradition chrétienne, inclut encore l’acte de renoncer à Satan, à ses œuvres et à ses séductions29. Lorsque nous renonçons à Satan et disons oui à Dieu, nous nous soustrayons au pouvoir du Malin qui coordonne les activités destructrices du monde (Jn 10, 10) et qui veut être le dieu de ce monde (2Co 4, 4) et nous participons à la victoire du Christ (1Jn 3, 8).

Se convertir, signifie donc renoncer à ce qui va en sens inverse de la vie chrétienne et de l’observance des commandements de Dieu  : «  Convertis-toi au Seigneur et renonce à tes péchés, implore-le bien en face, cesse de l’offenser  » (Ecc 17, 25). En renonçant au péché, nous entrons dans la liberté des enfants de Dieu pour nous préoccuper de ne pas blesser l’amour de Dieu et de ne rien faire contre son amour30.
Ayant accepté de renoncer au péché et de donner votre foi au Christ, avec Marie, relevez la tête et reconnaissez avec elle la prédilection de Dieu pour les humbles, les affamés, pour ceux qui pratiquent l’amour (cf. Lc 1, 46-55)31.
La renonciation concerne aussi celle de ne vivre que pour soi-même. Par un acte d’abandon, nous renonçons à notre volonté propre et nous la donnons avec confiance à Dieu. Par la conversion, nous «  mourrons à nous-même  », à un certain type de vie, pour renaître à une vie nouvelle en Dieu.

Tenant compte de notre réflexion nous proposons maintenant une autre version de la prière du pécheur  :
Père céleste, je crois que tu es bon, que tu m’as créé par amour et pour une vie éternelle. Je crois que ton Fils Jésus, qui est mort et ressuscité pour moi, a pris sur lui tous mes péchés et qu’il m’a obtenu le salut. Jésus, je te demande pardon et je te donne toutes mes fautes afin que tu les écartes de moi aussi loin que l’orient de l’occident. Je renonce au péché, je renonce à Satan, je renonce à l’iniquité qui souille mon âme; libère-moi de tout ce qui est contre Ta sainteté et qui blesse ton amour. Sois mon Seigneur et Sauveur. Entre dans mon cœur et conduis-moi. Je m’abandonne entre tes mains et je te donne ma volonté. Amen.

Conclusion

Concevoir l’annonce missionnaire comme une activité qui vise à amener des personnes à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur permet de mieux comprendre comment accompagner et évangéliser des personnes en recherche. Si l’expression première annonce pourrait laisser entendre qu’il s’agit  simplement d’annoncer verbalement l’Évangile, il est tout aussi essentiel pour l’évangélisateur de témoigner par ses actes de l’amour de Dieu et aussi d’inviter les personnes évangélisées à répondre à l’appel de l’Évangile. La réponse à cet appel se fait par la récitation de la prière du pécheur qui fait du Christ son Seigneur et Sauveur et scelle sa décision personnelle de se convertir. Lorsqu’elle est dite sincèrement et en toute connaissance de cause, cette prière représente un signe de conversion initiale et démontre qu’une personne est prête à entrer en catéchuménat32. Elle marque un premier jalon dans un parcours de conversion qui ne fait que commencer. 

Mgr Kallistos Ware explique que le repentir initial n’est que le début d’un cheminement continu  : «  Ce repentir n’est pas une simple étape, un préliminaire  ; il se poursuit pendant toute la vie  »33. À ce sujet, il rappelle l’histoire du moine Abba Sisoès qui, gisant sur son lit de mort et entouré de ses disciples, dit: «  En vérité, je ne suis pas sûr d’avoir commencé à me repentir  »34. 

Le processus d’évangélisation doit se poursuivre après la conversion initiale par la catéchèse afin de renforcer et d’éclairer la foi reçue. La catéchèse permettra d’initier le nouveau converti aux mystères de la foi et de «  former l’homme de foi, pleinement cohérent avec le choix de l’Évangile du Christ  »35. Elle exposera le message chrétien en toute sa vérité et en toutes ses exigences de vie36. Elle visera aussi à intégrer les nouveaux convertis dans la communauté chrétienne afin qu’ils y vivent une croissance spirituelle et l’implication missionnaire. La conversion initiale n’est donc bien qu’une étape vers l’initiation chrétienne, une foi ecclésiale37 et l’engagement dans la mission.

Enfin, mettons en lumière une quatrième composante de l’annonce missionnaire car il y a plus que le témoignage de vie, la présentation du kérygme et l’invitation à faire une prière de salut. L’annonce missionnaire requiert aussi l’invocation de l’Esprit Saint qui donne la grâce nécessaire à la conversion. En effet, le Saint-Esprit est la puissance intérieure de l’Église et ce n’est que par sa lumière que la révélation peut être comprise et accueillie. Il touche le cœur et le tourne vers Dieu, Il ouvre les yeux de l’esprit et donne la douceur de consentir et de croire38  : «  Il n’y aura jamais d’évangélisation possible sans l’action de l’Esprit Saint  »39, explique le pape Paul VI  :
C’est grâce à l’appui du Saint-Esprit que l’Église s’accroît.… Il est celui qui, aujourd’hui comme aux débuts de l’Église, agit en chaque évangélisateur qui se laisse posséder et conduire par lui, et met dans sa bouche les mots que seul il ne pourrait trouver, tout en prédisposant aussi l’âme de celui qui écoute pour le rendre ouvert et accueillant à la Bonne Nouvelle et au Règne annoncé. (…) On peut dire que l’Esprit Saint est l’agent principal de l’évangélisation40.
Dans le livre des Actes des apôtres, il est décrit comment l’Esprit Saint tombait sur ceux qui écoutaient la Parole (Ac 10,44-48; 11,11-18). Dans sa pratique d’annonce missionnaire, l’évangélisateur a donc besoin d’entretenir et d’approfondir sa vie de prière et d’intercession. Il prie pour que l’Esprit Saint l’inspire et soit donné aux personnes qu’il évangélise. Il cherche à être, comme Jésus, une personne trouvant dans la prière le visage et la volonté de Dieu. Le pape Jean Paul II écrit  : «  la mission découle non seulement du précepte formel du Seigneur, mais aussi de l’exigence profonde de la vie de Dieu en nous41  ». Et comme le dit si gracieusement Anne Lécu, religieuse dominicaine et médecin en prison  : «  Parler de Dieu, ce n’est pas parler d’un concept, c’est parler de quelqu’un42  »; quelqu’un avec qui nous entretenons une relation d’amour et de confiance, quelqu’un qui a besoin de notre amour et qui nous appelle à l’aimer et à le connaître toujours plus.

À la suite de notre réflexion, nous pouvons affirmer que l’annonce missionnaire devrait être vue et pratiquée selon quatre composantes essentielles  : le témoignage de vie, la prière pour les personnes évangélisées, la proclamation du kérygme et l’invitation à accueillir Jésus comme Seigneur et Sau-veur dans un acte sincère de repentir et de confiance.


Notes

Déjà, dans le décret du Concile Vatican II sur l’apostolat des laïcs, il était écrit  : «  Par son apostolat l’Église et tous ses membres doivent donc d’abord annoncer au monde le message du Christ par leurs paroles et leurs actes et lui communiquer sa grâce  » (n. 6).
Jean-Paul II, Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 2.
 Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 3.
 Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 2.
Benoît XVI, Porta Fidei, 11 octobre 2011, n. 2.
François, Discours du pape François aux participants à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, le 14 octobre 2013.
Cf. Assemblée des évêques du Québec, Jésus-Christ chemin d’humanisation - Orienta-tions pour la formation à la vie chrétienne, Montréal, Médiaspaul, 2004, p. 45.

Ac 3,19  : «  Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés  » et Rm 10,9-10  : «  En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut  ».
Congrégation pour le clergé, Directoire général pour la catéchèse, 15 août 1997, n. 6.
10 Jésus devient notre Sauveur lorsque nous lui demandons de pardonner nos fautes; Jésus devient notre Seigneur lorsque nous nous abandonnons à lui pour qu’il ordonne notre vie à son service et au service de son Royaume.
11 Le pasteur David Yonggi Cho fit grandir son église de quelques personnes à environ 800000 en l’espace d’une cinquantaine d’années.
12 Karen Hurston, Growing the World’s Largest Church, Gospel Publishing House, 1994, p. 164.

13 The Four Spiritual Laws-English-knowing God Personally. 4 Spiritual Laws, www.4laws. com/laws/englishkgp/default.htm, Consultée le 27 décembre 2018. 

14 David Bennett, The Sinner’s Prayer: Its Origins and Dangers, Capalaba, Queensland: Even Before Publishing, 2011, p. 150.
15 Ac 3,19  : «  Repentez-vous et tournez-vous vers Dieu, afin que vos péchés soient effacés  ».
16 Concile Vatican II, Ad Gentes, Décret sur l’activité missionnaire de l’Église, n. 13.
17 Concile Vatican II, Ad Gentes, n. 13.
18 Saint Jean Chrysostome, Traité de la componction I, Œuvres complètes, http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/traites/componction1.htm, Consultée le 4 janvier 2019.

19 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, Cerf, Paris, 1996, p. 48.
20 Groupe des Dombes, Pour la conversion des Églises, Centurion, Paris, 1991, p. 84.
21 Cf. Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 49-50.

22 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 50.
23 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 50.
24 Schéma extrait de la page suivante http://com-jesus.com/connaitre-dieu/, consultée le 04 Janvier 2019.
25 Église catholique, Congrégation pour le clergé, Directoire général pour la catéchèse, n. 48, 53-56, http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cclergy/documents/rc_con_ ccatheduc_doc_17041998_directory-for-catechesis_fr.html, Consulté le 27 février 2019.
26 Ma 4,17 - Dès lors Jésus se mit à prêcher et à dire  : «  Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche  ».
27 Il s’agit de la Didachè (ou doctrine des Apôtres) rédigée vers la fin du 1er siècle ou au début du 2ème siècle.

28 La Didachè, I1, http://coptipedia.com/index.php/livre-4-foi-structure-et-rite/spiritualite/ 578-la-didache-la-doctrine-des-douze-apotres.html, Consultée le 27 février 2019.

29 Cf. Centre National de Pastorale Liturgique, Service national du catéchuménat des adultes, Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n. 217.
30 Cf. Benoît XVI, S’immerger dans le Père, dans le Fils, dans le Saint-Esprit, le 11 juin 2012, http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/135027075af.html?fr=y, Accédée le 4 Janvier 2019.
31 Jean-Paul II, «  Il faut que quelque chose change ici  », La documentation catholique, 17 avril 1983, N° 1850, p. 434.
32 Centre National de Pastorale Liturgique, Service national du catéchuménat des adultes,
Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n. 72.

33 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 48.
34 Lucien Regnault, Abba, dis-moi une parole, Solesmes, 1984, p. 164-165.
35 Jean-Paul II, Discours à l’occasion de la visite des évêques de Lituanie en visite «  ad limina  », 17 septembre 1999, https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/travels/1999/ documents/hf_jp-ii_spe_19990917_Lituanie-ad-limina.html, Accédée le 4 janvier 2019.

36 Cf. Catéchèses du pape Jean-Paul II lors des audiences générales du mercredi, 9 janvier 1985, Transmettre la foi dans son Intégrité, n. 3.
37 Cf. Synode des Évêques, L’Eucharistie  : source et sommet de la vie et de la mission de l’Église, Instrumentum laboris, 2005, n. 32.

38 Cf. Concile Vatican II, Dei Verbum, n. 5.
39 Paul VI, Evangelii nuntiandi, n. 75.
40 Paul VI, Evangelii nuntiandi, n. 75.
41 Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 11.
42 Croire.com. «  Comment parler de Dieu à ceux qui n’y croient pas?  » La Croix, 19 Oct. 2017, croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Evangelisation/Comment-parler-de-Dieu-a-ceux-qui-n-y-croient-pas, Accédée le 4 janvier 2019.

LA CROISSANCE DE L'ÉGLISE