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jeudi 6 janvier 2022

L’évangélisation : ce qu’elle est et comment elle fonctionne

Par Pierre-Alain Giffard

Le père Bod Bedard, fondateur des Compagnons de la Croix, a écrit un très bon livre intitulé L’évangélisation, un défi pour l’Eglise catholique. Il commence par rappeler que la tâche de proclamer le salut est la responsabilité première de l’Église. Elle devrait primer sur tout le reste. Tout chrétien, tout catholique, est appelé par le Seigneur à être un évangélisateur. Malheureusement, nous avons oublié comment faire. Nous avons à réapprendre ce qu’est l’évangélisation et comment elle fonctionne.

L'évangélisation est un processus par lequel une personne entend l’Évangile, l'embrasse pleinement, fait de Jésus le Seigneur de sa vie et s'engage dans une relation vivante, intime et continue avec Lui. Les gens ont besoin d’une rencontre authentique avec le Seigneur, une rencontre qui les touche profondément et qui transforme leur vie. La foi est un don de Dieu, mais elle exige notre réponse, la décision de suivre le Christ. 

Le père Bédard voit l'évangélisation comme un processus en trois étapes.

  1. Une proclamation de l'Évangile par laquelle la personne évangélisée comprend clairement qu'elle est appelée à remettre sa vie totalement au Seigneur.
  2. La personne évangélisée est ensuite invitée à prendre la décision personnelle et consciente d'embrasser l'Évangile, de choisir Jésus comme Seigneur, d'accepter le salut et le dessein du Seigneur pour sa vie.
  3. Une fois que la personne a pris la décision de se placer sous la seigneurie du Christ, Dieu met en oeuvre sa puissance.  La réponse de la personne Lui ouvre la porte et Lui permet d’agir en elle pour la transformer de l’intérieure. La personne commence une expérience spirituelle et religieuse authentique. C’est seulement alors qu’on peut dire que cette personne a vraiment été évangélisée.

C'est la participation à un séminaire de la vie dans l’Esprit qui changea l'approche de ce prêtre en matière d'évangélisation. Il comprit alors que l’Évangile devrait  clairement être présenté comme une invitation à laquelle il faut répondre de manière à ce que les gens puissent faire l'expérience de la puissance de Dieu. l’Esprit Saint pourra alors les transformer, les rendre plus vivants dans la foi et les amener à une relation intime avec le Seigneur lui-même.

Comme il était enseignant, il commença à présenter a ses élèves l'idée que Dieu voulait vraiment intervenir dans leur vie et qu'il le ferait si seulement ils voulaient bien Lui permettre d'agir en eux. Il leur citait le pape Jean-Paul II: “allez à la rencontre du Christ. Lui seul est la solution de tous vos problèmes ; lui seul est le chemin, la vérité et la vie ; lui seul est le vrai salut du monde ; lui seul est l’espérance de l’humanité.” Puis il continuait en disant que Dieu était fatigué d'être le spectateur de leur existence et qu'il voulait plutôt être un participant. Il leur suggérait de donner au Seigneur la chance de se révéler à eux: Allez à lui et remettez Lui vos vies. C'était une invitation à un abandon total.

Après avoir enseigné et expliqué la nécessité de dire "oui" à l'invitation divine, il leur remettait une prière de consécration par laquelle ils pouvaient exprimer leur engagement personnel envers le Christ. Ceux qui avaient choisi de le faire (et il leur disait d'y réfléchir longuement et de prier) étaient invités à une célébration Eucharistique durant laquelle, juste avant la communion, ils s'avançaient, s'agenouillaient et lisaient la prière. Vers la fin de l'année scolaire, il y avait aussi une autre Eucharistie spéciale pour tous ceux et celles qui avaient donné leur vie au Seigneur.

Voici deux exemples de prières qu'il utilisait. Le premier est plus simple.

Seigneur, je te reconnais comme le Dieu du ciel et de la terre et comme notre Père tout aimant. Merci de nous appeler à la vie éternelle avec toi, cette vie qui nous est offerte par la mort de Jésus ton divin Fils, que tu as fait Roi et Seigneur de toute la création.

Seigneur Jésus, je veux te suivre entièrement. Je veux me détourner de tous mes péchés. Aide-moi. Je te choisis comme le seul Seigneur et Sauveur de ma vie et je te remets tout - mon corps et mon âme, mon esprit et ma volonté, mon passé, mon présent et mon futur, mes priorités et mes projets, et tous ce qui m’appartient. Fait de moi ce que tu souhaites. Viens Esprit Saint, rends ferme ma décision. Gloire au Père...

La deuxième est un peu plus longue et permet de mieux réfléchir sur certaines des implications de remettre sa vie à Dieu.

Père, je me place maintenant en ta présence alors que je prends cet engagement que je crois que ton Fils, Jésus, m'appelle à prendre. Envoie-moi ton Esprit Saint  pour m'aider à prier. Je t'adore comme Créateur, Dieu du ciel et de la terre, et je veux te rendre toute la louange qui t’est due.

Seigneur Jésus, je veux suivre ton appel. Tu as accompli mon salut, et celui du monde entier, par l'effusion de ton sang sur ta Croix. J'accepte ce salut. Tu es mort pour enlever les péchés du monde. Sur ta croix, tu as porté tous mes péchés, et ton pardon est à ma disposition. Je confesse mon état de pécheur. J’accueille ce pardon et je pardonne à tous ceux qui m'ont offensé.

Jésus, c'est par amour pour nous tous que tu as donné ta vie. Et tu l'aurais donnée par amour pour moi seul. J'accepte maintenant cet amour. Je veux que tu sois le Seigneur de ma vie à tous les niveaux.

Je te donne mon intelligence, ma volonté, mon esprit, mon corps, mes possessions, mes désirs et mes plans. Je m'abandonne à toi complètement. Je désire une relation personnelle avec toi en tant que Seigneur et Sauveur. Je te donne mes soucis, mes inquiétudes, mes peurs, mes blocages, toutes mes difcultés et je te demande de me libérer.

Père, ma foi est faible. Je veux croire, mais les doutes me font hésiter. Accorde-moi, je te prie, par Jésus, ton Fils, le don de la foi. Balaie tous mes doutes et donne-moi cette assurance que seul le don de la foi peut donner. Père, ton Fils, Jésus, a dit que si nous te demandions quelque chose en son nom, tu nous l'accorderais. Je te demande maintenant au nom de Jésus d'exaucer ma prière.

À toi toute gloire et toute louange, Père, toute l'adoration et l'honneur, l'hommage et la bénédiction, et au Fils, et au Saint-Esprit, régnant avec toi, un seul Dieu, maintenant et pour toujours. Amen.

L'évangélisation fonctionne, sa dynamique est simple. Notre tâche n'est rien d'autre que de diffuser la Parole et de laisser le Seigneur agir. C'est lui qui touche la vie des gens et les transforme. C'est vrai, c'est puissant et ça dure.

Pour le père Bédard, nos prêtres et diacres devraient devenir des évangélistes en chaire qui appellent les auditeurs à ouvrir leur cœur au Seigneur et à lui permettre d’agir en eux que comme lui seul le peut. Chaque homélie devrait être un appel à dire "oui" à la volonté du Seigneur. Tant que nous ne ferons pas cela, nos catholiques auront tendance à ne pas être évangélisés et à être des pratiquants occasionnels ou, au mieux, des spectateurs religieux.

Selon l'expérience de ce pasteur, ce n'est que lorsqu'il a commencé à évangéliser de cette façon qu'il vit certains de ses élèves touchés par le Seigneur. Avant cela, la réalité était que beaucoup, beaucoup, d'entre eux cessaient complètement de pratiquer leur foi lorsqu'ils quittaient l'école. 

Un mot de prudence pour finir : Le père Bédard explique que lorsque nous évangélisons, nous avons besoin de tact. Toutes les personnes ne sont pas prêtes à tout moment à entendre la parole du Seigneur. Toutes les situations ne sont pas forcément faites pour l'évangélisation. Nous devons discerner le moment propice. Le moment du Seigneur et le nôtre ne sont pas souvent les mêmes. Ne commettons pas l'erreur de nous imposer et de forcer la porte des cœurs, nous devons plutôt prier pour qu'elle s'ouvre...

mercredi 15 juillet 2020

Qu’est-ce que l’évangélisation et dans quel esprit la pratiquer?

Auteur: Pierre-Alain Giffard 


Introduction 

Dans le monde occidental, on peut constater qu’un grand nombre de chrétiens ne partagent pas leur foi avec les autres. Beaucoup perçoivent ceal comme du prosélytisme et ne veulent pas s’y engager.

Pourtant la mission de l'Église est d'évangéliser. Le Christ lui-même a été envoyé par le Père "pour évangéliser les pauvres... guérir les cœurs brisés" (Lc 4, 18), "chercher et sauver ce qui était perdu" (Lc 19, 10).

L’annonce de la foi révèle à l'humanité sa fin transcendante et le sens ultime de la vie. Et dès les premiers temps du christianisme, la diffusion de la foi apparaît clairement comme l’action de 
tous les chrétiens.

Aujourd'hui, on se retrouve devant un dilemme : on est bien d’accord qu’il faut évangéliser pour transmettre la foi mais on ne sait pas bien ce que cela signifie, ni comment s’y prendre.


1. Évangéliser : Qu’est-ce que cela signifie? 

Commençons par dire que l'essence du christianisme est le Christ - non pas une doctrine, mais une personne. Évangéliser, c'est conduire à l'amitié avec le Christ, à la communion d'amour avec Celui qui veut être accueilli pour ce qu’il est : Sauveur et Seigneur.

Évangéliser, explique Robert Schreiter, c’est vivre avec les autres, dialoguer, et dans cette vie ensemble donner ce que l’on est et ce que l’on a… et même la Parole de Dieu [1].

Évangéliser, c’est porter la Bonne Nouvelle dans tous les milieux, la proposer par différents moyens et par son effet, transformer du dedans, rendre neuve, l’humanité elle-même [2].

Évangéliser, c'est annoncer à tous et à toutes la bonne nouvelle du salut, c’est engendrer par le baptême de nouvelles créatures dans le Christ et les éduquer à vivre en fils de Dieu [3].

L’évangélisation est la raison pour laquelle l’Église existe. Quand elle « a conscience de ce que le Seigneur veut qu’elle soit, il surgit en elle une singulière plénitude et un besoin d’expansion, avec la claire conscience d’une mission qui la dépasse et d’une nouvelle à répandre [4] ».

En fait, annoncer l’Évangile est plus que l’annonce d’une bonne nouvelle, c’est une puissance de salut (Rom 1,16) qui transforme et qui conduit l’humanité à la vie éternelle. Dieu veut « que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1Tim 2,4). Il veut que les hommes et les femmes profitent de son amour sachant que leur bien ultime se trouve en Lui. Il n’a pas donné son Fils pour le plaisir de faire un spectacle à la création, c'était pour sauver l’humanité. En lui se trouve une seule volonté de miséricorde pour tous ses enfants, enfants qu’il appelle par amour.

Proclamer la Parole, l’annoncer ou la partager avec d’autres, c’est semer des graines d’espérance, de paix, de justice et d’amour qui germeront dans les cœurs des personnes qui écoutent et qui produiront des fruits de justice pour l’humanité. L’évangélisation combat le désespoir, la haine et les maladies du monde. En continuant la mission du Christ nous sommes une bénédiction pour les personnes qui nous entourent et nous créons aussi un monde meilleur.

Enfin, évangéliser c’est ramener à l’Église les brebis égarées et blessées car il n'est pas une seule plaie que ne puisse soigner l'Église, elle qui possède le témoignage des Écritures, de l'Ancien et du Nouveau Testament. C’est l’Église qui engendre à la foi. Par elle, nous pouvons nous unir au Christ à l’aide des sacrements que Dieu a mis à notre disposition, pour nous réconcilier avec Lui et nous communiquer la Vie.


2. Dans quel esprit évangéliser ? 

Annonce, témoignages, enseignements, liturgies, amour du prochain sont tous des chemins et des moyens pour la transmission de l’Évangile. Le décret Ad Gentes du Concile Vatican II explique clairement le processus d'évangélisation : témoignage chrétien, dialogue et présence de la charité, annonce de l'Évangile et appel à la conversion, catéchuménat et initiation chrétienne, formation de la communauté chrétienne par le moyen des sacrements et des ministères. 

Mais rappelons-nous que si Dieu nous appelle à annoncer sa Parole, il n’est pas un Dieu qui cherche à s'imposer; il poursuit plutôt toute l'humanité par son amour. Il ne cherche pas à endoctriner, il n’est pas un théologien qui vient sauver. À son image, nous ne devrions donc pas chercher à évangéliser par la connaissance d’une doctrine mais plutôt en mettant en pratique cette doctrine… c’est-à-dire en aimant… tout simplement… 

La vérité ne s'impose pas, mais elle se propose par la foi; elle ne s'impose pas par le nombre, car ils n'étaient que deux au pied de la croix; elle ne s'impose pas par la grandeur, mais par le service; elle ne s'impose pas par la science, mais par le respect de ceux qui ont une foi moins éclairée. La charité est bien plus forte que la science. 

Oui, le Seigneur a besoin de nous, mais sa bannière c'est l'amour. C'est par l'amour que le monde est sanctifié, c'est par l'amour et le respect que les hommes et les femmes sont arrachés de leur vaines habitudes, et par un intérêt sincère aux personnes que l’Esprit se fait connaitre à eux. 

Si nous voulons montrer que nous connaissons Dieu alors montrons que nous aimons nos frères et sœur comme nous-mêmes. Hâtons-nous de nous réconcilier avec les autres. Servons la présence du Christ dans les autres. Nous n’avons pas à juger : la justice, Dieu la remettra à son fils lors du jugement, il ne nous appartient pas de juger.

Comme le Christ, nous avons plutôt à avoir pitié de la multitude et à chercher la paix en toutes choses. Nous voyons des besoins…allons et semons; semons sur la pierre, semons, semons sur le bord du chemin, semons, semons, il y a un petit coin de terre qui attend de recevoir la Parole. La semence va pousser et le Royaume va se révéler; mais il est là! Marchons avec foi… le Royaume est là. 

L’évangélisation n’est pas une œuvre humaine, c’est une œuvre divine. Nous ne sommes que les serviteurs de cette œuvre que nous ne pouvons réaliser qu’unis à l’Esprit (Jn 15,5). En cherchant à partager la Parole, nous devrions donc recourir à la prière en toute circonstance pour savoir où est l’action de Sa grâce. Dieu désire que vous œuvrions près de lui, mais surtout que vous œuvrions avec lui, avec son Esprit : l'Esprit et la Parole témoigneront comme il nous a été promis. En priant avec foi, il peut nous répondre sur le champ, écoutons ce que dit notre cœur… 

Allons, marchons, faisons naître Jésus dans les cœurs par la vertu de l’Esprit Saint; des grains vont mourir, mais des arbres vont pousser. A l'imminence de l'irruption du Royaume de Dieu dans la vie d’une personne que nous côtoyons, demandons l'impossible, demandons la Vie. Le Royaume est au milieu de nous, il n’attend de nous qu’un peu de foi afin de se manifester davantage.


3. Conclusion 

Nous voyons donc que l’évangélisation, pratiquée dans l'esprit ci-dessus, n’a rien avoir avec du prosélytisme. En effet, il ne s’agit pas de déployer des efforts pour recruter de nouveaux adeptes. Il ne s’agit pas non plus d’imposer ses idées ou d’endoctriner qui que ce soit. Il s’agit plutôt d’avoir du zèle et de la charité pour faire connaître l’amour de Dieu par toute notre vie. Oui, l'Esprit nous pousse à agir, il nous pousse à répandre sa paix, il nous pousse à répandre la Parole. 

Dieu nous demande de l’aimer et de nous aimer les uns les autres. Et cet amour nous conduit à partager aussi ce que nous avons de plus précieux, c’est-à-dire notre foi et notre relation avec le Christ. Loin de nous la crainte du jugement des hommes et la volonté d'adopter des comportements conformistes par crainte de choquer, de déplaire, du qu'en-dira-t-on. 

Pour être les messagers de la Parole, nous devons assurer nos propres fondations en étant nous-mêmes unis au Christ de toutes les manières, de toutes les façons, à l’aide des sacrements qu’il a mis à notre disposition, pour nous réconcilier avec lui et nous communiquer la Vie. Nous ne devons plus être sourds aux souffrances que nous voyons autour de nous.

Et plus nous sommes démunis face à la mission spirituelle qui est celle de tout baptisé; mission qui est de répandre vie et paix au nom du Christ Jésus; et bien toutes ces détresses, ces angoisses, toutes ces blessures que nous remarquerons et que nous épouserons alors que vous nous nous approchons de celui qui souffre, de notre frère, de celui qui dans le moment de Dieu, qui est le moment présent…. plus nous sommes démunis, plus Dieu agira avec puissance. C’est la loi de la mort de la résurrection. 

N’ayons donc plus peur. Dans une attitude de service, approchons-nous de ceux et celles qui souffrent, prenons la dernière place et que notre seule munition soit l'héritage que nous espérons recevoir. Que notre seule munition soit l'impératif de cette mission que par la foi nous pouvons accomplir, mission de répandre vie partout où nous voyons la mort. 



[1] Cf. « Partager les charismes et les spiritualités ». Conférence du P. Robert Schreiter dans La documentation catholique, 16 janvier 2000, N° 2218, p. 75.
[2] Cf. Pape Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi, # 18.
[3] Sacrée Congrégation pour l'Éducation Catholique, L’école catholique, 1977, # 7.
[4] Pape Paul VI, Lettre Encyclique Ecclesiam Suam, # 66.

dimanche 19 avril 2020

Comment évangélisent les Églises qui grandissent?


Auteur: Pierre-Alain Giffard

Les Églises qui font des disciples donnent la priorité à l'évangélisation. Elles comprennent l'évangélisation comme une invitation à recevoir le Christ comme Seigneur et Sauveur et à devenir membres de son Corps, l'Église.

Les Églises en croissance évangélisent de différentes manières 

1. Par l’annonce missionnaire : Les Églises en croissance invitent les personnes évangélisées à faire un choix, à prendre une décision libre et éclairée en réponse au Christ qui les appelle à la conversion et au salut : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai, chez lui » (Ap 3,20). S’engager dans l’annonce missionnaire, c’est chercher à susciter une réponse de foi chez les personnes évangélisées et à les faire cheminer vers une relation d’amour et de confiance avec le Christ. L’annonce missionnaire se réalise lorsque des hommes et des femmes accueillent Jésus comme Sauveur et Seigneur et se font baptiser (2Pi 3,18 ; Jn 3, 5).

2. Par des relations existantes : Cette manière d’évangéliser met les gens en contact avec l’Église et le message du Christ grâce aux réseaux relationnels des chrétiens (famille, amis, collègues de travail, voisins, etc.). À l’image de l’apôtre André qui conduit son frère, Simon Pierre, à Jésus (Jn, 1,42), les chrétiens invitent les personnes qu’elles connaissent déjà à mieux connaître le Christ et à répondre à son appel. Ceux et celles qui sont rejoint ainsi ont tendance à être plus ouverts à une invitation car elle vient de personnes qu’elles connaissent et en qui elles ont confiance.

3. Par le service et l’amitié : « Dieu ne croit pas un mot de ce que nous disons mais croit ce que nous faisons ». Et de la même manière, « les gens ne se soucient pas de ce que nous savons tant qu’ils ne voient à quel point nous nous soucions d’eux ». Il s’agit d’évangéliser avec amour et pour l’amour. Par l’entraide et le service des personnes qui les entourent, les chrétiens créent de nouveaux liens d’amitié et prouvent ainsi leur souci des autres. Ils se greffent dans leur environnement par la charité et deviennent des personnes significatives dans la vie des personnes qu’ils fréquentent. Mais le service en soit ne suffit pas, les gens ont aussi besoin d’entendre l’Évangile pour pouvoir y répondre.

4. Par des petits groupes d’évangélisation : Pour évangéliser, il est certes important de garder les portes d’entrée de l’église grandes ouvertes mais aussi de créer de nombreuses portes latérales. Les portes d’entrée des Églises missionnaires sont les célébrations dominicales et les portes latérales sont des petits groupes d’évangélisation. Ce genre de petit rassemblement est particulièrement adapté pour témoigner de sa foi envers les personnes présentes. Le but premier de ces groupes n’est pas tant la fraternité, la prière ou l’étude de la Bible mais plutôt d’y inviter et d’y accueillir de nouvelles personnes pour leur faire entendre la bonne nouvelle.

5. Par les charismes (Mc 11,24) : Cette forme d’évangélisation s’appuie sur la puissance de l’Esprit qui confirme la Parole par des signes et des prodiges (Mc 16,20). Les évangélisateurs cherchent à répondre aux besoins de guérison et de libération des personnes évangélisées en priant pour elles avec foi (Lc 17,6). Comme dans le livre des Actes des Apôtres et tel qu’expliqué dans l’épître aux Corinthiens, la manifestation des charismes est au service de l’évangélisation (1 Corinthiens 14).

6. Par priorité : L’une des raisons qui explique la croissance des Églises se trouve dans leurs efforts à répondre en priorité aux besoins des personnes de leur entourage qui passent par des étapes importantes ou difficiles dans leur vie : que ce soit le mariage, la naissance d’un enfant, un changement d’emploi, un congédiement ou une faillite, la maladie, un décès d’un membre de sa famille ou d’un ami, un déménagement, l’emprisonnement. Ce faisant, ces Églises mettent en pratique l’Évangile de Matthieu au chapitre 25 (versets 31 à 46). Les personnes qui vivent ce genre de transitions ou d’épreuves sont plus réceptives à l’Évangile. Les personnes réceptives sont aussi souvent celles qui nous sont proches et avec qui nous avons des relations de confiance: nos amis, parents, collègues et voisins.

7. Par l’expérience dominicale : Lorsqu’une personne est invitée pour la première fois à l’église, il est important que sa première impression soit bonne… particulièrement si on souhaite que celle-ci revienne ! Pour une personne nouvelle, une bonne expérience dominicale se fait principalement à quatre niveaux : la chaleur de l’accueil, la qualité et la beauté des chants et de la musique, des homélies inspirées qui montrent le chemin du salut et qui font le lien avec la vie de tous les jours et enfin une présence tangible de l’Esprit Saint.

8. Par le suivi : Les églises sont trop souvent comme des sachets de thé. À l’image de l’eau qui traverse le sachet, les visiteurs entrent par la porte d’entrée et sortent par la porte arrière comme si rien n’était. Une église devrait plutôt être comme une éponge qui absorbe et retient les visiteurs et les personnes invitées. Le suivi devrait se faire sans tarder après une première visite par l’envoi de courriels ou d’un coup de téléphone par la secrétaire de la paroisse, par le pasteur ou un paroissien.

9. Par intégration : Le processus d’intégration des nouveaux dans l’Église peut être vu comme faisant partie d’une étape après la conversion. Mais en fait, il est impératif d’intégrer rapidement à l'Église les personnes que l’on évangélise dans les relations d’amitié des paroissiens. En effet la vie chrétienne n'est pas une vie solitaire et les personnes qui viennent depuis peu à l’Église cherchent aussi à créer des liens. Lorsqu’une Église n'arrive pas à intégrer des personnes nouvelles en favorisant la création de liens d’amitiés, son développement est compromis.

10. Par des activités et des évènements pour les personnes en recherche : Les Église en croissance mettent sur pied des évènements et des célébrations pour personnes en recherche où les personnes invitées ont l’occasion d’entendre le kérygme et de faire un acte de foi en Jésus sauveur. Ces événements peuvent avoir lieu durant les temps forts de l’année, à Noël ou à Pâques. Ils comprennent en général les éléments classiques d’une célébration (homélie, chant, prière, offrande) mais sont façonnés en un style contemporain et informel : Les personnes peuvent venir, écouter et partir sans se demander quand s’asseoir, se tenir debout, s’agenouiller ou donner de leur argent. On leur donne le temps de permettre à l’Esprit de travailler en elles et de décider sans pressions si elles veulent devenir des disciples de Jésus.

11. Par étapes : Cette forme d’évangélisation cherche à comprendre où en est chaque personne dans son cheminement de conversion et à la faire progresser vers la prochaine étape. De la foi en l’existence de Dieu jusqu’à la conversion, il y a souvent toute une série de marche à franchir.


12. Par une approche intégrale : Cette approche adopte une vision intégrale de l’évangélisation. Elle implique l’ensemble des ministères paroissiaux et des activités de l’Église dans le but de rejoindre ceux et celles qui ne connaissent pas le Christ : de la prière, à l’accueil, au suivi, à l’intégration dans l’Église, aux homélies, au genre de musique, au baptême, au discernement des dons, à l’implication dans des ministères et à la formation au leadership.

Il y a d’autres approches utilisées par les Églises qui grandissent. Celles-ci ne sont pas forcément pour tout le monde, mais il est quand même important de les mentionner :

13. Par les médias : Les moyens modernes de communication et de publicité permettent d’annoncer la Bonne Nouvelle. Ils comprennent a) les bus, b) vidéos, c) mp3, d) blogues (e) journaux, (f) bulletins d’information, g) annonces radio, h) télévision, (i) panneaux d’affichage (j) appels téléphoniques et (k) Facebook / Twitter / Instagram / TikTok.

14. Par invitation : Cette approche consiste simplement à inviter des personnes à la porte de l’église pour qu’elles y entrent et entendent l’Évangile.

15. Par un service de bus : Cette pratique demande de mettre sur pied un service de bus pour inviter les gens le long de la route à venir à une école du dimanche. C’est plus qu’un service de bus pour conduire les chrétiens à l’église, c’est une évangélisation intentionnelle en vue d’inviter de nouvelles personnes à connaitre le Christ.

16. Par du porte-à-porte : Ce n’est ni une méthode pour tout le monde ni une approche qui fait l’unanimité dans l’Église. Pourtant ceux et celles qui la défendent disent qu’elle permet aux chrétiens de rencontrer des gens dans le confort de leur maison et les prédispose ainsi à accepter la parole de Dieu.

Les Églises en croissance se servent de différentes approches d’évangélisation. Cette liste n’est pas exhaustive et il n’y pas de chemin unique. Les Églises qui souhaitent effectuer un virage missionnaire peuvent s’inspirer des différentes pratiques décrites ci-dessus. Elles peuvent choisir celles qui leur convient le mieux et qui portent du fruit dans leur contexte.

vendredi 27 mars 2020

L'annonce missionnaire et la prière du pécheur: une perspective catholique

Auteur: Pierre-Alain Giffard

(Article publié dans Theoforum 48 (2018), pp. 309-319 doi: 10.2143/TF.48.1.3286640)

RÉSUMÉ  : Cet article traite de l’annonce missionnaire et se penche sur une pratique des Églises évangéliques qui invite les non-croyants et les personnes qui vivent dans l’indifférence religieuse à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur. La première partie explique ce qu’est l’annonce mis-sionnaire et comment une invocation appelée la prière du pécheur est utilisée dans les Églises évangéliques pour aider les nouveaux croyants à exprimer leur foi et leur désir de salut. La deuxième partie met en lumière l’importance du repentir dans cette démarche de conversion. La troisième partie explore ce que devrait être le contenu de l’annonce kérygmatique pour conduire à une conversion authentique. À la suite de ces réflexions, il est alors proposé une nouvelle version de la prière du pécheur. Il est aussi rappelé l’importance de voir la conversion initiale comme une première étape sur le chemin de la conversion continue. Et finalement l’article conclut en disant que la proclamation missionnaire devrait être vue et pratiquée selon 4 composantes essentielles.


Introduction

Le concile Vatican II a été l’occasion, pour l’Église catholique, de réfléchir sur sa théologie missionnaire et a permis, entre autres, la promulgation du décret conciliaire Ad gentes. Depuis le concile, les responsables ecclésiaux exhortent continuellement l’ensemble des catholiques à annoncer l’Évangile1. Le pape Jean-Paul II, dans l’encyclique Redemptoris missio, proclame «  l’urgence de l’annonce missionnaire  » disant qu’elle constitue dans le monde actuel «  le premier service que l’Église peut rendre à tout homme et à l’humanité entière  »2. Il exhorte tous les membres de l’Église à engager toutes leurs forces dans la nouvelle évangélisation  : «  Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune institution de l’Église ne peut se soustraire à ce devoir suprême  : annoncer le Christ à tous les peuples  »3. La tâche d’évangéliser, écrit-il, «  concerne tous les chrétiens, tous les diocèses et toutes les paroisses, toutes les institutions et toutes les associations ecclésiales  »4.

Les deux papes qui ont continué d’inciter les fidèles dans le même sens  : L’Église dans son ensemble, écrivait le pape Benoît XVI, doit «  se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude  »5. Le pape François, pour sa part, s’exprime ainsi  : «  Chaque baptisé est ‘un christophore’, c’est-à-dire porteur du Christ, comme disaient les Pères anciens. Celui qui a rencontré le Christ, comme la Samaritaine du puits, ne peut pas garder pour lui cette expérience  »6.

De fait, la plupart des catholiques perçoivent l’importance de transmettre leur foi mais, dans la pratique, ils ne savent pas comment le faire  : comment proclamer l’amour de Dieu révélé dans les Évangiles  ? Comment inviter quelqu’un à devenir disciple du Christ  ? Pour plusieurs paroissiens, l’invitation à évangéliser suscite des questions et des inquiétudes  : qu’est-ce que cela veut dire  ? Va-t-on nous demander de faire du porte-à-porte  ?

C’est au cœur de ces interrogations que cet article réfléchit sur l’annonce missionnaire et particulièrement sur une pratique des Églises évangéliques qui invite les personnes évangélisées à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur. La première partie explique ce qu’est l’annonce missionnaire, notamment dans sa dimension d’annonce kérygmatique et comment une invocation appelée la prière du pécheur peut être utilisée pour aider les nouveaux croyants à exprimer leur foi et leur désir de salut. La deuxième partie met en lumière l’importance du repentir dans cette démarche de conversion et la troisième partie explore ce que devrait contenir le message de l’annonce missionnaire pour que celui-ci conduise à une conversion authentique. À la suite de ces réflexions, il est alors proposé une nouvelle version de la prière du pécheur. Il est aussi rappelé l’importance de voir la conversion initiale comme une première étape sur le chemin de la conversion continue. Et finalement l’article conclut en disant que la proclamation missionnaire devrait être vue et pratiquée selon 4 composantes essentielles.


1.  L’annonce missionnaire et la prière du pécheur

L’annonce missionnaire, parfois appelée première annonce, est cette partie de l’évangélisation qui vise à conduire des personnes au Christ. Elle s’exerce par le témoignage et la proclamation kérygmatique7. Elle invite à la conversion initiale, c’est à dire à la repentance et à la confession du salut en Jésus Christ8. Elle est un appel aux non-croyants et à ceux et celles qui vivent dans l’indifférence religieuse9.

S’engager dans l’annonce missionnaire, c’est chercher à susciter une réponse de foi chez des non-croyants et à les faire cheminer vers une relation d’amour et de confiance avec le Christ. L’annonce missionnaire se réalise lorsque des hommes et des femmes accueillent Jésus comme Sauveur et Seigneur (2Pi 3,18)10

C’est dans cette perspective théologique d’accueillir Jésus dans la foi que certaines églises protestantes invitent les personnes qu’elles évangélisent à réciter une prière couramment appelée la prière du pécheur ou la prière du salut.  Cette prière est proposée à la fin d’un sermon, d’un enseignement ou d’un témoignage personnel. Le prédicateur ou la personne qui évangélise invite les personnes qui décident de se convertir à la répéter après lui. Par exemple, dans l’église du pasteur coréen David Yonggi Cho11, l’appel à réciter une telle prière est le sommet de la célébration.
The culmination of a worship service comes at the conclusion of Dr. Cho’s sermon when he invites all who want to receive Jesus Christ as their Lord and Savior to stand and repeat a sinner’s prayer after him12.
Il y a de nombreuses versions de cette prière mais la plupart ressemblent à celle-ci  :
Lord Jesus, I want to know You personally. Thank You for dying on the cross for my sins. I open the door of my life and receive You as my Savior and Lord. Thank You for forgiving me my sins and giving me eternal life. Take control of the throne of my life. Make me the kind of person You want me to be13.
On la retrouve dans des dépliants distribués lors de campagnes d’évangélisation et dans de nombreux sites internet et blogues à caractère missionnaire. Les premières traces de cette prière remontent aux grands réveils protestants (Revivals) du 19ème siècle aux États-Unis et en Grande-Bretagne. William Taylor (1821-1902) l’utilisait dans ses enseignements et Dwight L. Moody (1837-1899) dans ses prédications. Avec le temps, elle est devenue de plus en plus populaire. Depuis le 20 ème siècle et jusqu’à aujourd’hui, de grandes organisations comme celles de Billy Graham (Billy Graham Evangelistic Association) et CRU (anciennement Campus Crusade for Christ) s’en servent dans leurs campagnes d’évangélisation14.

La récitation de cette prière est une réponse à Dieu qui, par l’action de l’Esprit Saint communique la foi au Christ, incite au repentir et à l’accueil du salut15. Sa récitation témoigne d’une conversion initiale et montre que l’annonce missionnaire a atteint son but: «  que les non-chrétiens, le Saint-Esprit ouvrant leur cœur (cf. Act. 16, 14), croient et se convertissent librement au Seigneur et s’attachent loyalement à Lui  »16. Le nouveau converti s’engage dans un rapport personnel avec Dieu dans le Christ  : «  communiant déjà par la foi au mystère de la mort et de la résurrection, il passe du vieil homme au nouvel homme qui a sa perfection dans le Christ  »17. 


2.  Recentrage de son existence

Nous souhaitons toutefois affirmer ici qu’une telle prière dite du bout des lèvres ou répétée sans en saisir le sens ne pourrait pas être considérée comme un signe authentique de conversion. En effet, la conversion est un acte libre qui jaillit de la componction et du repentir  : 
Donnez-moi, en effet, une âme animée des sentiments d’une vraie componction, la voilà tout à coup remplie de force, d’une force semblable à celle du feu au milieu des épines; et quand même cette âme se trouverait en proie à mille maux, chargée des liens de l’iniquité, toute consumée par le feu des mauvaises passions, étourdie par le tumulte et le fracas des affaires séculières, n’importe, la componction aura bientôt, comme d’un violent coup de fouet, chassé loin de cette âme tous ces ennemis, tous ces maux. De même qu’une légère poussière ne tiendra jamais devant un vent impétueux; de même aussi, quand une vive componction aura pénétré dans une âme, jamais les mauvaises passions, si nombreuses qu’elles soient, ne pourront tenir devant la force de cette vertu, elles disparaîtront et se dissiperont plus vite qu’une vile poussière, qu’un peu de fumée18.
Mgr Kallistos Ware affirme que «  sans repentir, il ne peut y avoir de vie nouvelle, de salut, d’entrée dans le Royaume des cieux19  ». Le «  Groupe des Dombes  » pour sa part décrit bien le lien entre la conversion et le repentir: «  La conversion s’appuie sur le repentir. La repentance indique la décision, et la conversion sa mise en œuvre  »20.

Mais qu’entend-on par repentir  ? Il ne s’agit pas seulement du regret d’avoir péché, du sentiment de culpabilité, du sentiment de peine face aux blessures que nous avons infligées à notre prochain et à nous-mêmes, mais aussi d’une transformation fondamentale de notre perspective, d’une nouvelle manière de voir Dieu, autrui et nous-même21. «  Le repentir n’est pas un excès de remords et d’apitoiement sur soi-même  »22, mais le regret d’avoir offensé Dieu qui conduit à la conversion, c’est-à-dire « au recentrage de notre vie sur la Sainte Trinité »23. Se convertir, c’est s’engager dans une relation d’amour et de confiance avec le Christ qui devient le guide et le point de repère de notre existence.

Pour illustrer ceci, les Églises évangéliques utilisent le diagramme suivant.



À gauche, le schéma montre une vie sans la foi au Christ, dans laquelle un individu vit sans référence à l’Évangile. Son «  moi  » siège au centre de son existence et il tend à voir ce qui l’entoure en fonction de ses intérêts personnels ou de sa subjectivité. À droite, le schéma montre une personne qui a accueilli le Christ comme son Seigneur; tout ce qui l’entoure est alors vu en fonction de Dieu et de sa volonté. L’ego est «  détrôné  » et le Christ, placé au centre de son existence, règne dans son cœur.

Cette vision de la conversion s’accorde bien avec le Directoire général pour la catéchèse pour lequel se convertir, c’est choisir l’option fondamentale de s’en remettre tout entier et librement à Dieu et d’accepter de se laisser conduire à une nouvelle manière d’être et de vivre. Dans une prière sincère de conversion, Jésus est appelé et accueilli avec le désir intérieur de marcher à sa suite, de devenir son disciple et de vivre comme il a vécu25.


3.  Dans la pratique

Viser à faire accueillir Jésus comme Sauveur et Seigneur par la récitation de la prière du pécheur aide à saisir ce à quoi doit aboutir l’annonce missionnaire. Mais quel message devrait être annoncé à la personne évangélisée avant de la conduire à réciter cette prière  ?

Celui-ci devrait se trouver en bonne partie dans la prière elle-même  : le fait que Dieu est bon et que nous avons été créés par amour pour une vie éternelle. Le fait que Jésus, le Fils de Dieu, est venu nous révéler, nous faire connaître Dieu. En prenant chair de la Vierge Marie, en prenant sur lui tous nos péchés, il a obtenu pour nous le salut. Si nous avons foi en lui, nous lui donnerons nos péchés, et lui les écartera de nous, aussi loin que l’orient de l’occident. Délivrés de nos fautes, nous pouvons connaître Dieu, grâce à ce don merveilleux qu’est le pardon qu’a obtenu le Fils pour nous. Et il est possible de croire à une si merveilleuse nouvelle grâce au gage de la résurrection attestée par les apôtres et à l’Esprit-Saint, envoyé par le Fils du haut de sa croix de souffrance et de douleurs.

L’annonce kérygmatique proclame la mort et la résurrection du Christ, le pardon des offenses, sans oublier le jugement à venir pour ceux qui négligeraient un pareil salut. Jésus n’a pas craint de dire: «  vous mourrez dans vos péchés  » (Jn 8,24). Et dans la lettre aux Hébreux (10,28-29) il est écrit: «  si ceux qui s’étaient trouvés coupables sous la loi de Moïse ont reçu sanction immédiate de leur faute, combien plus ceux qui négligeront pareil salut, obtenu sous le ministère du Fils de Dieu  ». L’évangélisateur devrait donc exhorter ainsi  : «  ne manquez pas cette grâce qui vous est faite de vous reconnaître pécheurs, cette grâce qui vous est faite de vous savoir sauvés, libérés  ».

Si le terme «  annonce missionnaire  » pourrait laisser entendre qu’il suffit à l’évangélisateur d’annoncer l’Évangile il s’agit dans les faits de plus que cela. L’annonce missionnaire, avec le témoignage de vie qu’elle requiert et le kérygme qu’elle proclame, doit aller jusqu’à inviter la personne évangélisée à faire un choix, à prendre une décision libre et éclairée en réponse au Christ qui l’appelle à la conversion et au salut26  : «  Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, j’entrerai, chez lui  » (Ap 3,20). La récitation de cette prière exprime ce choix, sa foi en Jésus-Christ et son désir de salut.

Inviter quelqu’un à réciter cette prière c’est lui proposer de s’abandonner entre les mains toutes aimantes de Dieu, de mettre sa confiance en lui et de consentir à ce que l’Esprit le conduise. Par cette prière, une personne accepte que Dieu agisse dans sa vie pour être libéré de ce qui la tient captive et la sépare de lui. Elle lui donne ainsi son cœur pour qu’il le remplisse de son Esprit et la conduise dans son Royaume.

Derrière la notion de conversion il y a aussi la notion de renoncement ainsi qu’il est expliqué dans la doctrine des deux chemins27 : «  l’un de la vie, l’autre de la mort (cf. Jérémie, 21, 8  ; Deut., 30, 15, 19)  »28. Le premier est un chemin de renonciation, l’autre un chemin de promesses. Le pape Benoît XVI explique qu’au début de l’Église, on employait l’expression  : «  Renoncez-vous au diable et à ses pompes  ?  » pour parler du renoncement à un type de culture qui est contre le Christ et contre Dieu et qui, dans l’Évangile de saint Jean, est appelée «  kosmos houtos  », «  ce monde  ».

La conversion, dans la tradition chrétienne, inclut encore l’acte de renoncer à Satan, à ses œuvres et à ses séductions29. Lorsque nous renonçons à Satan et disons oui à Dieu, nous nous soustrayons au pouvoir du Malin qui coordonne les activités destructrices du monde (Jn 10, 10) et qui veut être le dieu de ce monde (2Co 4, 4) et nous participons à la victoire du Christ (1Jn 3, 8).

Se convertir, signifie donc renoncer à ce qui va en sens inverse de la vie chrétienne et de l’observance des commandements de Dieu  : «  Convertis-toi au Seigneur et renonce à tes péchés, implore-le bien en face, cesse de l’offenser  » (Ecc 17, 25). En renonçant au péché, nous entrons dans la liberté des enfants de Dieu pour nous préoccuper de ne pas blesser l’amour de Dieu et de ne rien faire contre son amour30.
Ayant accepté de renoncer au péché et de donner votre foi au Christ, avec Marie, relevez la tête et reconnaissez avec elle la prédilection de Dieu pour les humbles, les affamés, pour ceux qui pratiquent l’amour (cf. Lc 1, 46-55)31.
La renonciation concerne aussi celle de ne vivre que pour soi-même. Par un acte d’abandon, nous renonçons à notre volonté propre et nous la donnons avec confiance à Dieu. Par la conversion, nous «  mourrons à nous-même  », à un certain type de vie, pour renaître à une vie nouvelle en Dieu.

Tenant compte de notre réflexion nous proposons maintenant une autre version de la prière du pécheur  :
Père céleste, je crois que tu es bon, que tu m’as créé par amour et pour une vie éternelle. Je crois que ton Fils Jésus, qui est mort et ressuscité pour moi, a pris sur lui tous mes péchés et qu’il m’a obtenu le salut. Jésus, je te demande pardon et je te donne toutes mes fautes afin que tu les écartes de moi aussi loin que l’orient de l’occident. Je renonce au péché, je renonce à Satan, je renonce à l’iniquité qui souille mon âme; libère-moi de tout ce qui est contre Ta sainteté et qui blesse ton amour. Sois mon Seigneur et Sauveur. Entre dans mon cœur et conduis-moi. Je m’abandonne entre tes mains et je te donne ma volonté. Amen.

Conclusion

Concevoir l’annonce missionnaire comme une activité qui vise à amener des personnes à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur permet de mieux comprendre comment accompagner et évangéliser des personnes en recherche. Si l’expression première annonce pourrait laisser entendre qu’il s’agit  simplement d’annoncer verbalement l’Évangile, il est tout aussi essentiel pour l’évangélisateur de témoigner par ses actes de l’amour de Dieu et aussi d’inviter les personnes évangélisées à répondre à l’appel de l’Évangile. La réponse à cet appel se fait par la récitation de la prière du pécheur qui fait du Christ son Seigneur et Sauveur et scelle sa décision personnelle de se convertir. Lorsqu’elle est dite sincèrement et en toute connaissance de cause, cette prière représente un signe de conversion initiale et démontre qu’une personne est prête à entrer en catéchuménat32. Elle marque un premier jalon dans un parcours de conversion qui ne fait que commencer. 

Mgr Kallistos Ware explique que le repentir initial n’est que le début d’un cheminement continu  : «  Ce repentir n’est pas une simple étape, un préliminaire  ; il se poursuit pendant toute la vie  »33. À ce sujet, il rappelle l’histoire du moine Abba Sisoès qui, gisant sur son lit de mort et entouré de ses disciples, dit: «  En vérité, je ne suis pas sûr d’avoir commencé à me repentir  »34. 

Le processus d’évangélisation doit se poursuivre après la conversion initiale par la catéchèse afin de renforcer et d’éclairer la foi reçue. La catéchèse permettra d’initier le nouveau converti aux mystères de la foi et de «  former l’homme de foi, pleinement cohérent avec le choix de l’Évangile du Christ  »35. Elle exposera le message chrétien en toute sa vérité et en toutes ses exigences de vie36. Elle visera aussi à intégrer les nouveaux convertis dans la communauté chrétienne afin qu’ils y vivent une croissance spirituelle et l’implication missionnaire. La conversion initiale n’est donc bien qu’une étape vers l’initiation chrétienne, une foi ecclésiale37 et l’engagement dans la mission.

Enfin, mettons en lumière une quatrième composante de l’annonce missionnaire car il y a plus que le témoignage de vie, la présentation du kérygme et l’invitation à faire une prière de salut. L’annonce missionnaire requiert aussi l’invocation de l’Esprit Saint qui donne la grâce nécessaire à la conversion. En effet, le Saint-Esprit est la puissance intérieure de l’Église et ce n’est que par sa lumière que la révélation peut être comprise et accueillie. Il touche le cœur et le tourne vers Dieu, Il ouvre les yeux de l’esprit et donne la douceur de consentir et de croire38  : «  Il n’y aura jamais d’évangélisation possible sans l’action de l’Esprit Saint  »39, explique le pape Paul VI  :
C’est grâce à l’appui du Saint-Esprit que l’Église s’accroît.… Il est celui qui, aujourd’hui comme aux débuts de l’Église, agit en chaque évangélisateur qui se laisse posséder et conduire par lui, et met dans sa bouche les mots que seul il ne pourrait trouver, tout en prédisposant aussi l’âme de celui qui écoute pour le rendre ouvert et accueillant à la Bonne Nouvelle et au Règne annoncé. (…) On peut dire que l’Esprit Saint est l’agent principal de l’évangélisation40.
Dans le livre des Actes des apôtres, il est décrit comment l’Esprit Saint tombait sur ceux qui écoutaient la Parole (Ac 10,44-48; 11,11-18). Dans sa pratique d’annonce missionnaire, l’évangélisateur a donc besoin d’entretenir et d’approfondir sa vie de prière et d’intercession. Il prie pour que l’Esprit Saint l’inspire et soit donné aux personnes qu’il évangélise. Il cherche à être, comme Jésus, une personne trouvant dans la prière le visage et la volonté de Dieu. Le pape Jean Paul II écrit  : «  la mission découle non seulement du précepte formel du Seigneur, mais aussi de l’exigence profonde de la vie de Dieu en nous41  ». Et comme le dit si gracieusement Anne Lécu, religieuse dominicaine et médecin en prison  : «  Parler de Dieu, ce n’est pas parler d’un concept, c’est parler de quelqu’un42  »; quelqu’un avec qui nous entretenons une relation d’amour et de confiance, quelqu’un qui a besoin de notre amour et qui nous appelle à l’aimer et à le connaître toujours plus.

À la suite de notre réflexion, nous pouvons affirmer que l’annonce missionnaire devrait être vue et pratiquée selon quatre composantes essentielles  : le témoignage de vie, la prière pour les personnes évangélisées, la proclamation du kérygme et l’invitation à accueillir Jésus comme Seigneur et Sau-veur dans un acte sincère de repentir et de confiance.


Notes

Déjà, dans le décret du Concile Vatican II sur l’apostolat des laïcs, il était écrit  : «  Par son apostolat l’Église et tous ses membres doivent donc d’abord annoncer au monde le message du Christ par leurs paroles et leurs actes et lui communiquer sa grâce  » (n. 6).
Jean-Paul II, Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 2.
 Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 3.
 Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 2.
Benoît XVI, Porta Fidei, 11 octobre 2011, n. 2.
François, Discours du pape François aux participants à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, le 14 octobre 2013.
Cf. Assemblée des évêques du Québec, Jésus-Christ chemin d’humanisation - Orienta-tions pour la formation à la vie chrétienne, Montréal, Médiaspaul, 2004, p. 45.

Ac 3,19  : «  Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés  » et Rm 10,9-10  : «  En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut  ».
Congrégation pour le clergé, Directoire général pour la catéchèse, 15 août 1997, n. 6.
10 Jésus devient notre Sauveur lorsque nous lui demandons de pardonner nos fautes; Jésus devient notre Seigneur lorsque nous nous abandonnons à lui pour qu’il ordonne notre vie à son service et au service de son Royaume.
11 Le pasteur David Yonggi Cho fit grandir son église de quelques personnes à environ 800000 en l’espace d’une cinquantaine d’années.
12 Karen Hurston, Growing the World’s Largest Church, Gospel Publishing House, 1994, p. 164.

13 The Four Spiritual Laws-English-knowing God Personally. 4 Spiritual Laws, www.4laws. com/laws/englishkgp/default.htm, Consultée le 27 décembre 2018. 

14 David Bennett, The Sinner’s Prayer: Its Origins and Dangers, Capalaba, Queensland: Even Before Publishing, 2011, p. 150.
15 Ac 3,19  : «  Repentez-vous et tournez-vous vers Dieu, afin que vos péchés soient effacés  ».
16 Concile Vatican II, Ad Gentes, Décret sur l’activité missionnaire de l’Église, n. 13.
17 Concile Vatican II, Ad Gentes, n. 13.
18 Saint Jean Chrysostome, Traité de la componction I, Œuvres complètes, http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/traites/componction1.htm, Consultée le 4 janvier 2019.

19 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, Cerf, Paris, 1996, p. 48.
20 Groupe des Dombes, Pour la conversion des Églises, Centurion, Paris, 1991, p. 84.
21 Cf. Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 49-50.

22 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 50.
23 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 50.
24 Schéma extrait de la page suivante http://com-jesus.com/connaitre-dieu/, consultée le 04 Janvier 2019.
25 Église catholique, Congrégation pour le clergé, Directoire général pour la catéchèse, n. 48, 53-56, http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cclergy/documents/rc_con_ ccatheduc_doc_17041998_directory-for-catechesis_fr.html, Consulté le 27 février 2019.
26 Ma 4,17 - Dès lors Jésus se mit à prêcher et à dire  : «  Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche  ».
27 Il s’agit de la Didachè (ou doctrine des Apôtres) rédigée vers la fin du 1er siècle ou au début du 2ème siècle.

28 La Didachè, I1, http://coptipedia.com/index.php/livre-4-foi-structure-et-rite/spiritualite/ 578-la-didache-la-doctrine-des-douze-apotres.html, Consultée le 27 février 2019.

29 Cf. Centre National de Pastorale Liturgique, Service national du catéchuménat des adultes, Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n. 217.
30 Cf. Benoît XVI, S’immerger dans le Père, dans le Fils, dans le Saint-Esprit, le 11 juin 2012, http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/135027075af.html?fr=y, Accédée le 4 Janvier 2019.
31 Jean-Paul II, «  Il faut que quelque chose change ici  », La documentation catholique, 17 avril 1983, N° 1850, p. 434.
32 Centre National de Pastorale Liturgique, Service national du catéchuménat des adultes,
Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n. 72.

33 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 48.
34 Lucien Regnault, Abba, dis-moi une parole, Solesmes, 1984, p. 164-165.
35 Jean-Paul II, Discours à l’occasion de la visite des évêques de Lituanie en visite «  ad limina  », 17 septembre 1999, https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/travels/1999/ documents/hf_jp-ii_spe_19990917_Lituanie-ad-limina.html, Accédée le 4 janvier 2019.

36 Cf. Catéchèses du pape Jean-Paul II lors des audiences générales du mercredi, 9 janvier 1985, Transmettre la foi dans son Intégrité, n. 3.
37 Cf. Synode des Évêques, L’Eucharistie  : source et sommet de la vie et de la mission de l’Église, Instrumentum laboris, 2005, n. 32.

38 Cf. Concile Vatican II, Dei Verbum, n. 5.
39 Paul VI, Evangelii nuntiandi, n. 75.
40 Paul VI, Evangelii nuntiandi, n. 75.
41 Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 11.
42 Croire.com. «  Comment parler de Dieu à ceux qui n’y croient pas?  » La Croix, 19 Oct. 2017, croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Evangelisation/Comment-parler-de-Dieu-a-ceux-qui-n-y-croient-pas, Accédée le 4 janvier 2019.

vendredi 5 avril 2013

Célébrations et croissance de l’Église

Pierre-Alain Giffard © tous droits réservés

Les recherches du Mouvement pour la croissance de l’Église font ressortir qu’un certain style de célébration est un facteur très important pour faire croître une communauté chrétienne. Il y a des façons de célébrer qui permettent à l’Église de mieux rejoindre les personnes qui ne sont pas croyantes ou qui ne cheminent pas en Église. De quel style de célébration s’agit-il? C’est ce que nous allons voir dans cet article.

La musique et les chants

Les communautés chrétiennes qui se sont développées ces dernières années en Amérique du Nord ont, pour la plupart, adopté un style de musique chrétienne contemporain. Deux exemples de ce style de musique peuvent être écoutés ici :


Ce style de musique est apprécié par presque toutes les générations et permet de ne pas mettre d’obstacles culturels à l’annonce de l’Évangile.

Donald McGavran, missionnaire et fondateur du Mouvement pour la croissance de l’Église, insiste pour dire que les hommes et les femmes préfèrent devenir chrétiens sans avoir à traverser des barrières culturelles.
Les Églises en croissance utilisent des instruments et des airs de musique contemporains mais cela ne les empêche pas d’avoir des célébrations empreintes de beauté et de profondeur. Ce style de musique apporte aussi beaucoup de vitalité et d’allégresse.

Notons toutefois, qu’il y a aussi des communautés chrétiennes, moins nombreuses, qui se développent avec un style de musique plus traditionnel. C’est le cas de la communauté de Taizé dont les chants sont profonds, méditatifs et facile à apprendre.


L’environnement / l’ambiance

L’environnement dans lequel se déroulent les célébrations est aussi important que la célébration elle-même. L’ambiance devrait être informelle, accueillante, sans jugements, vivante et vibrante. Et pour aider les participants à communier au sacré, une célébration doit être révérencieuse et profonde en évitant toute superficialité et tendance au spectacle.
Il y a aussi la question d’intensité et de rythme. Avec le peu de temps que les gens sont disposés aujourd’hui à accorder à une célébration, avons-nous le souci de bien utiliser le temps qu’ils nous offrent ? Mieux vaut penser en termes de qualité et d’intensité plutôt que de quantité et de longueur.


L’annonce de la Parole (la célébration de la Parole)

Le style de la prédication va souvent déterminer s’il y aura de la croissance ou non explique le pasteur Yonggi Cho[1].

Pour contribuer à la croissance de l’Église, l’annonce de la Parole doit être inspirée et permettre aux auditeurs de trouver, par l’Évangile, des solutions aux défis et aux difficultés de leur vie quotidienne. Le pasteur Cho estime que l’annonce de la Parole devrait toujours avoir un objectif. Dans ses prédications, il se donne pour objectif d’aider les gens 1) à rencontrer personnellement Jésus-Christ; 2) à mieux servir Dieu et le prochain et; 3) à réussir dans leur vie.

Ce pasteur commence toujours en parlant de la bonté de Dieu et il essaye de construire ses enseignements afin qu’ils répondent aux besoins des auditeurs.

Pour lui, une relation intime avec le Saint-Esprit est un élément primordial. C’est au contact de sa Présence qu’on reçoit, dit-il, l’inspiration et l’onction pour le message dont l’assemblée a besoin : Si je n’ai pas l’onction de l’Esprit, mon message n’engendrera aucun résultat, quel que soit le temps consacré à la préparation du sermon[2].

Dans une optique charismatique, une prédication inspirée déclenche une effusion de l’Esprit-Saint sur les auditeurs. C’est ce que l’on retrouve, à plusieurs reprises, dans les Actes des Apôtres : Pierre parlait encore quand l'Esprit Saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la parole (…). Il les entendait en effet parler en langues et magnifier Dieu (Actes 10,44-46, voir aussi Actes 11,15).

La prédication est donc plus une question spirituelle qu’intellectuelle. C’est en effet l’Esprit de Dieu qui permet aux auditeurs de percevoir sa présence et qui dispose à accueillir la foi. L’annonce de la Parole devrait être préparée dans la prière et être soutenu par une équipe d’intercession. En demandant humblement à Dieu l’inspiration et l’effusion de l’Esprit, le prédicateur sera guidé pour savoir quoi dire et quoi enseigner. En effet, seul Dieu connaît les besoins des auditeurs et Lui seul peut toucher leurs cœurs et les conduire au salut!

Conclusion

Il y a un style de musique, de chant, de prédication ainsi qu’un environnement spécifique, qui favorise la croissance de l’Église. Ces différents aspects des célébrations ont une fonction de première annonce qui devraient conduire à rencontrer le Christ et à l’accueillir comme Sauveur et Seigneur (Ap 3, 20).

Une célébration aura avantage à être bien préparée et animée pour être vivante et vibrante. Comme le dit Christian Schwarz[3], les célébrations devraient être édifiantes, donner de la joie, de l’allégresse et une meilleure compréhension de la Parole.

Enfin, dans une célébration, il ne faudrait pas non plus oublier l’accueil, particulièrement celui envers les visiteurs ainsi que la prière pour les malades : Jésus envoya en effet ses disciples prêcher la bonne nouvelle de la conversion, chasser les démons et guérir les malades (Luc 9,2)!


[1] Le pasteur David Yonggi Cho est le fondateur de l'Église pentecôtiste Yoido Full Gospel Church. En 1958, il commença un ministère d’évangélisation dans un quartier très pauvre de Séoul et en l’espace de quarante ans, son Église atteint le nombre de 800.000 fidèles. Cf. Paul Yonggi Cho, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 145.
[2] Paul Yonggi Cho, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 120.
[3] Christian Schwartz est le directeur de l’Institut de Recherche pour le développement de l’Église. Il a écrit plusieurs livres sur la théorie et la pratique du développement de l’Église.

LA CROISSANCE DE L'ÉGLISE