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vendredi 31 décembre 2021

Un exemple de paroisse missionnaire: Phoenix First Assembly of God

Par Pierre-Alain Giffard

Tommy Barnett a été le pasteur principal de Phoenix First Assembly of God, en Arizona pendant de nombreuses années. Cette église a été familièrement appelée « L’église avec un cœur”, en raison de ses plus de 260 ministères de proximité. Au fil des ans et grâce aux efforts missionnaires de son pasteur et de ses fidèles, elle a connu une croissance remarquable.

Le pasteur Barnett explique que le développement de son église a commencé le jour où il prêcha sur la prière. Dans une homélie, il invita ses fidèles à organiser des réunions de prière dans leurs foyers. Il mit aussi sur pied une réunion d’intercession dans l’église tous les lundis à six heures du matin. De nombreux fidèles se sont mis à jeûner, à prier et à chercher Dieu avec ardeur. Quand nous avons commencé à prier, dit-il, des choses se sont mises à bouger, de nombreuses personnes se sont converties.

Tommy Barnett est aussi convaincu que la clé pour bâtir le Royaume de Dieu sur terre est aussi d’amener des personnes non chrétiennes aux célébrations du dimanche: « Le réveil cessera dès que nous arrêterons d’amener de nouvelles personnes à l’église. La prière seule ne suffit pas. La prière sans les œuvres est morte (…). Nous sommes parfois tentés d’être soit une église qui prie, soit une église qui agit, mais il faut être les deux… ».

Les membres de cette église vont même dans les rues rendre témoignage à l’Évangile et un pasteur est disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre afin que les fidèles puissent lui amener, à n’importe quelle heure, ceux et celles qui sentent le besoin d’une conversion.

Le rôle des pasteurs, selon lui, est non seulement de faire prier la communauté chrétienne mais aussi de former les fidèles à exercer des ministères d’entraide et d’évangélisation. Tout ce dont un pasteur a besoin se trouve dans les bancs de l’église.

Un jour il posa une question à ses fidèles: « Pourquoi ne pas commencer un service auprès des personnes en chaise roulante ? » Et une femme l’a fait. À présent, elle amène aux célébrations dominicales dix personnes en chaise roulante. Quelqu’un d’autre a débuté un service auprès des malades du sida. Un autre a commencé un groupe pour les motards. Formez les gens, explique le pasteur, et demandez-leur de s’impliquer dans un ministère auprès des autres: « Dites-leur : Discernez l’endroit où Dieu vous a appelé et allez vers ces personnes, puis amenez-les à l’église chaque dimanche matin ».

lundi 15 juin 2020

Caractéristiques communes des communautés chrétiennes missionnaires


Auteur : Pierre Alain Giffard

L'étude des communautés chrétiennes missionnaires qui se développent montre qu'elles ont des caractéristiques communes. Voici une liste de celles qui sont communément observées:

Les communautés chrétiennes missionnaires...

1. Savent qu’elles existent pour évangéliser (pour faire des nouveaux disciples). Elles comprennent leur mission comme celle d’aller vers les autres pour faire des disciples (engendrer de nouveaux chrétiens). Elles font de l’évangélisation leur priorité. Elles se considèrent exister pour les personnes qui ne sont pas encore dans la communauté chrétienne. Leurs responsables mettent sur papier un énoncé de mission et de vision qui reflète cette identité et cette orientation de base. La vision d’être une Église en sortie, à travers tous ses membres, est régulièrement projetée afin d’insuffler une culture missionnaire au sein de la communauté chrétienne.

2. Ont des pasteurs qui mènent et encouragent les efforts d’évangélisation. Leurs pasteurs assument le leadership des efforts d’évangélisation et de transformation missionnaire de la communauté chrétienne (l’évangélisation n’est pas un programme parmi d’autres mais le programme principal de la communauté). Ils savent que les changements n’arrivent pas facilement sont prêts à aller de l’avant sans que 100 % des paroissiens soient d’accord.

3. Mettent sur pied un réseau de petits groupes d’évangélisation. Leurs pasteurs délèguent l’œuvre d’évangélisation aux laïcs et spécialement à travers un réseau de petits groupes d’évangélisations dans la mission première des membres est d’aller au-devant des autres, de leur rendre service, et de les inviter à dans le groupe ou dans l’Église. Ces petits groupes sont en quelque sorte une porte d’entrée dans l’Église.

4. Ont des pasteurs qui forment les animateurs des petits groupes d’évangélisation. Parce que cette structure de petits groupes est aussi importante, leurs pasteurs forment eux-mêmes les animateurs des petits groupes d’évangélisation.

5. Font de la prière et de l’adoration une priorité. Elles voient leur mission comme une collaboration avec l’Esprit Saint. Elles ont la conviction que l’Évangile est une bénédiction pour le monde et prient pour ceux et celles qu’elles veulent rejoindre. De nombreuses Églises missionnaires aujourd’hui sont du type charismatique qui insiste sur l’effusion de l’Esprit Saint (sur l’expérience renouvelée de la Pentecôte) et la prière pour la guérison des malades (parmi d’autres dons charismatiques). Mais les Églises missionnaires ne sont pas toutes charismatiques.

6. Ont un processus d’intégration des nouveaux et de croissance spirituelle bien défini et bien organisé. Les communautés chrétiennes missionnaires réfléchissent à un processus clair pour intégrer les visiteurs et les nouveaux et pour les amener, ainsi que les paroissiens, à devenir des disciples missionnaires.

7. Mettent sur pied une équipe de planification. Une telle équipe est faite de personnes qui ont une expérience de planification et qui ont un esprit missionnaire. Celles-ci apprennent des autres Églises missionnaires (par des lectures et des visites d’autres communautés missionnaires) et planifient les pas à prendre pour devenir plus missionnaire.

8. Ont une bonne connaissance de leur milieu. Elles cherchent à connaître les personnes qu’elles peuvent rejoindre ainsi que leurs besoins afin d’y répondre et d’adapter les célébrations dominicales.

9. Savent se départir des activités ou des programmes désuets, c’est-à-dire ceux qui ne correspondent plus à la vision d’être une Église qui se consacre à évangéliser et à faire des disciples.

10. Font faire aux visiteurs une expérience du dimanche mémorable.

11. Servent avec excellence.

12. Ont un service d’accueil et de suivi pour les personnes invitées et les nouveaux. Elles organisent un accueil chaleureux destiné spécifiquement aux visiteurs qui s'assure de demander les coordonnées des personnes qui viennent pour la première fois afin de pouvoir faire des suivis après les premières visites.

13. Célèbrent avec un style de musique qui plaît aux nouvelles générations ou un style qui rejoint plus ceux et celles qu’elles veulent rejoindre.

14. Invitent au salut par un acte de foi personnel. Elles donnent des enseignements et des homélies qui présentent l’essentiel de la foi chrétienne et qui invite au salut (kérygme). Elles invitent à accueillir Jésus dans son cœur comme Seigneur et Sauveur.

15. Savent faire le lien entre l’Évangile et la vie de tous les jours. Elles donnent des enseignements et des homélies qui répondent aux besoins et aux défis quotidiens des paroissiens. Elles montrent que Jésus est bien vivant et agissant parmi nous. Leur message est un message d’espérance, celui d’un Dieu qui prend soin de ceux et celles qui se tournent vers lui et pour qui rien n'est impossible (Marc 9:23).

16. Planifient des activités pour les enfants et les jeunes pendant les célébrations.

17. Veillent à la croissance spirituelle des membres de l’Église pour les conduire à devenir des disciples missionnaires.

18. Discernent les dons des fidèles et impliquent ceux-ci dans des pastorales qui correspondent à leurs dons.

19. Forment les fidèles pour évangéliser et accomplir les pastorales dans lesquelles ils sont impliqués. Cette formation n’est pas du type universitaire mais plutôt sous forme d’ateliers.

20. Attribuent des responsabilités et des rôles de leadership aux laïcs dans la communauté chrétienne.

21. Interviennent au niveau social particulièrement dans leur église et leur milieu, pour aider ceux et celles qui sont dans le besoin.

vendredi 27 mars 2020

L'annonce missionnaire et la prière du pécheur: une perspective catholique

Auteur: Pierre-Alain Giffard

(Article publié dans Theoforum 48 (2018), pp. 309-319 doi: 10.2143/TF.48.1.3286640)

RÉSUMÉ  : Cet article traite de l’annonce missionnaire et se penche sur une pratique des Églises évangéliques qui invite les non-croyants et les personnes qui vivent dans l’indifférence religieuse à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur. La première partie explique ce qu’est l’annonce mis-sionnaire et comment une invocation appelée la prière du pécheur est utilisée dans les Églises évangéliques pour aider les nouveaux croyants à exprimer leur foi et leur désir de salut. La deuxième partie met en lumière l’importance du repentir dans cette démarche de conversion. La troisième partie explore ce que devrait être le contenu de l’annonce kérygmatique pour conduire à une conversion authentique. À la suite de ces réflexions, il est alors proposé une nouvelle version de la prière du pécheur. Il est aussi rappelé l’importance de voir la conversion initiale comme une première étape sur le chemin de la conversion continue. Et finalement l’article conclut en disant que la proclamation missionnaire devrait être vue et pratiquée selon 4 composantes essentielles.


Introduction

Le concile Vatican II a été l’occasion, pour l’Église catholique, de réfléchir sur sa théologie missionnaire et a permis, entre autres, la promulgation du décret conciliaire Ad gentes. Depuis le concile, les responsables ecclésiaux exhortent continuellement l’ensemble des catholiques à annoncer l’Évangile1. Le pape Jean-Paul II, dans l’encyclique Redemptoris missio, proclame «  l’urgence de l’annonce missionnaire  » disant qu’elle constitue dans le monde actuel «  le premier service que l’Église peut rendre à tout homme et à l’humanité entière  »2. Il exhorte tous les membres de l’Église à engager toutes leurs forces dans la nouvelle évangélisation  : «  Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune institution de l’Église ne peut se soustraire à ce devoir suprême  : annoncer le Christ à tous les peuples  »3. La tâche d’évangéliser, écrit-il, «  concerne tous les chrétiens, tous les diocèses et toutes les paroisses, toutes les institutions et toutes les associations ecclésiales  »4.

Les deux papes qui ont continué d’inciter les fidèles dans le même sens  : L’Église dans son ensemble, écrivait le pape Benoît XVI, doit «  se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude  »5. Le pape François, pour sa part, s’exprime ainsi  : «  Chaque baptisé est ‘un christophore’, c’est-à-dire porteur du Christ, comme disaient les Pères anciens. Celui qui a rencontré le Christ, comme la Samaritaine du puits, ne peut pas garder pour lui cette expérience  »6.

De fait, la plupart des catholiques perçoivent l’importance de transmettre leur foi mais, dans la pratique, ils ne savent pas comment le faire  : comment proclamer l’amour de Dieu révélé dans les Évangiles  ? Comment inviter quelqu’un à devenir disciple du Christ  ? Pour plusieurs paroissiens, l’invitation à évangéliser suscite des questions et des inquiétudes  : qu’est-ce que cela veut dire  ? Va-t-on nous demander de faire du porte-à-porte  ?

C’est au cœur de ces interrogations que cet article réfléchit sur l’annonce missionnaire et particulièrement sur une pratique des Églises évangéliques qui invite les personnes évangélisées à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur. La première partie explique ce qu’est l’annonce missionnaire, notamment dans sa dimension d’annonce kérygmatique et comment une invocation appelée la prière du pécheur peut être utilisée pour aider les nouveaux croyants à exprimer leur foi et leur désir de salut. La deuxième partie met en lumière l’importance du repentir dans cette démarche de conversion et la troisième partie explore ce que devrait contenir le message de l’annonce missionnaire pour que celui-ci conduise à une conversion authentique. À la suite de ces réflexions, il est alors proposé une nouvelle version de la prière du pécheur. Il est aussi rappelé l’importance de voir la conversion initiale comme une première étape sur le chemin de la conversion continue. Et finalement l’article conclut en disant que la proclamation missionnaire devrait être vue et pratiquée selon 4 composantes essentielles.


1.  L’annonce missionnaire et la prière du pécheur

L’annonce missionnaire, parfois appelée première annonce, est cette partie de l’évangélisation qui vise à conduire des personnes au Christ. Elle s’exerce par le témoignage et la proclamation kérygmatique7. Elle invite à la conversion initiale, c’est à dire à la repentance et à la confession du salut en Jésus Christ8. Elle est un appel aux non-croyants et à ceux et celles qui vivent dans l’indifférence religieuse9.

S’engager dans l’annonce missionnaire, c’est chercher à susciter une réponse de foi chez des non-croyants et à les faire cheminer vers une relation d’amour et de confiance avec le Christ. L’annonce missionnaire se réalise lorsque des hommes et des femmes accueillent Jésus comme Sauveur et Seigneur (2Pi 3,18)10

C’est dans cette perspective théologique d’accueillir Jésus dans la foi que certaines églises protestantes invitent les personnes qu’elles évangélisent à réciter une prière couramment appelée la prière du pécheur ou la prière du salut.  Cette prière est proposée à la fin d’un sermon, d’un enseignement ou d’un témoignage personnel. Le prédicateur ou la personne qui évangélise invite les personnes qui décident de se convertir à la répéter après lui. Par exemple, dans l’église du pasteur coréen David Yonggi Cho11, l’appel à réciter une telle prière est le sommet de la célébration.
The culmination of a worship service comes at the conclusion of Dr. Cho’s sermon when he invites all who want to receive Jesus Christ as their Lord and Savior to stand and repeat a sinner’s prayer after him12.
Il y a de nombreuses versions de cette prière mais la plupart ressemblent à celle-ci  :
Lord Jesus, I want to know You personally. Thank You for dying on the cross for my sins. I open the door of my life and receive You as my Savior and Lord. Thank You for forgiving me my sins and giving me eternal life. Take control of the throne of my life. Make me the kind of person You want me to be13.
On la retrouve dans des dépliants distribués lors de campagnes d’évangélisation et dans de nombreux sites internet et blogues à caractère missionnaire. Les premières traces de cette prière remontent aux grands réveils protestants (Revivals) du 19ème siècle aux États-Unis et en Grande-Bretagne. William Taylor (1821-1902) l’utilisait dans ses enseignements et Dwight L. Moody (1837-1899) dans ses prédications. Avec le temps, elle est devenue de plus en plus populaire. Depuis le 20 ème siècle et jusqu’à aujourd’hui, de grandes organisations comme celles de Billy Graham (Billy Graham Evangelistic Association) et CRU (anciennement Campus Crusade for Christ) s’en servent dans leurs campagnes d’évangélisation14.

La récitation de cette prière est une réponse à Dieu qui, par l’action de l’Esprit Saint communique la foi au Christ, incite au repentir et à l’accueil du salut15. Sa récitation témoigne d’une conversion initiale et montre que l’annonce missionnaire a atteint son but: «  que les non-chrétiens, le Saint-Esprit ouvrant leur cœur (cf. Act. 16, 14), croient et se convertissent librement au Seigneur et s’attachent loyalement à Lui  »16. Le nouveau converti s’engage dans un rapport personnel avec Dieu dans le Christ  : «  communiant déjà par la foi au mystère de la mort et de la résurrection, il passe du vieil homme au nouvel homme qui a sa perfection dans le Christ  »17. 


2.  Recentrage de son existence

Nous souhaitons toutefois affirmer ici qu’une telle prière dite du bout des lèvres ou répétée sans en saisir le sens ne pourrait pas être considérée comme un signe authentique de conversion. En effet, la conversion est un acte libre qui jaillit de la componction et du repentir  : 
Donnez-moi, en effet, une âme animée des sentiments d’une vraie componction, la voilà tout à coup remplie de force, d’une force semblable à celle du feu au milieu des épines; et quand même cette âme se trouverait en proie à mille maux, chargée des liens de l’iniquité, toute consumée par le feu des mauvaises passions, étourdie par le tumulte et le fracas des affaires séculières, n’importe, la componction aura bientôt, comme d’un violent coup de fouet, chassé loin de cette âme tous ces ennemis, tous ces maux. De même qu’une légère poussière ne tiendra jamais devant un vent impétueux; de même aussi, quand une vive componction aura pénétré dans une âme, jamais les mauvaises passions, si nombreuses qu’elles soient, ne pourront tenir devant la force de cette vertu, elles disparaîtront et se dissiperont plus vite qu’une vile poussière, qu’un peu de fumée18.
Mgr Kallistos Ware affirme que «  sans repentir, il ne peut y avoir de vie nouvelle, de salut, d’entrée dans le Royaume des cieux19  ». Le «  Groupe des Dombes  » pour sa part décrit bien le lien entre la conversion et le repentir: «  La conversion s’appuie sur le repentir. La repentance indique la décision, et la conversion sa mise en œuvre  »20.

Mais qu’entend-on par repentir  ? Il ne s’agit pas seulement du regret d’avoir péché, du sentiment de culpabilité, du sentiment de peine face aux blessures que nous avons infligées à notre prochain et à nous-mêmes, mais aussi d’une transformation fondamentale de notre perspective, d’une nouvelle manière de voir Dieu, autrui et nous-même21. «  Le repentir n’est pas un excès de remords et d’apitoiement sur soi-même  »22, mais le regret d’avoir offensé Dieu qui conduit à la conversion, c’est-à-dire « au recentrage de notre vie sur la Sainte Trinité »23. Se convertir, c’est s’engager dans une relation d’amour et de confiance avec le Christ qui devient le guide et le point de repère de notre existence.

Pour illustrer ceci, les Églises évangéliques utilisent le diagramme suivant.



À gauche, le schéma montre une vie sans la foi au Christ, dans laquelle un individu vit sans référence à l’Évangile. Son «  moi  » siège au centre de son existence et il tend à voir ce qui l’entoure en fonction de ses intérêts personnels ou de sa subjectivité. À droite, le schéma montre une personne qui a accueilli le Christ comme son Seigneur; tout ce qui l’entoure est alors vu en fonction de Dieu et de sa volonté. L’ego est «  détrôné  » et le Christ, placé au centre de son existence, règne dans son cœur.

Cette vision de la conversion s’accorde bien avec le Directoire général pour la catéchèse pour lequel se convertir, c’est choisir l’option fondamentale de s’en remettre tout entier et librement à Dieu et d’accepter de se laisser conduire à une nouvelle manière d’être et de vivre. Dans une prière sincère de conversion, Jésus est appelé et accueilli avec le désir intérieur de marcher à sa suite, de devenir son disciple et de vivre comme il a vécu25.


3.  Dans la pratique

Viser à faire accueillir Jésus comme Sauveur et Seigneur par la récitation de la prière du pécheur aide à saisir ce à quoi doit aboutir l’annonce missionnaire. Mais quel message devrait être annoncé à la personne évangélisée avant de la conduire à réciter cette prière  ?

Celui-ci devrait se trouver en bonne partie dans la prière elle-même  : le fait que Dieu est bon et que nous avons été créés par amour pour une vie éternelle. Le fait que Jésus, le Fils de Dieu, est venu nous révéler, nous faire connaître Dieu. En prenant chair de la Vierge Marie, en prenant sur lui tous nos péchés, il a obtenu pour nous le salut. Si nous avons foi en lui, nous lui donnerons nos péchés, et lui les écartera de nous, aussi loin que l’orient de l’occident. Délivrés de nos fautes, nous pouvons connaître Dieu, grâce à ce don merveilleux qu’est le pardon qu’a obtenu le Fils pour nous. Et il est possible de croire à une si merveilleuse nouvelle grâce au gage de la résurrection attestée par les apôtres et à l’Esprit-Saint, envoyé par le Fils du haut de sa croix de souffrance et de douleurs.

L’annonce kérygmatique proclame la mort et la résurrection du Christ, le pardon des offenses, sans oublier le jugement à venir pour ceux qui négligeraient un pareil salut. Jésus n’a pas craint de dire: «  vous mourrez dans vos péchés  » (Jn 8,24). Et dans la lettre aux Hébreux (10,28-29) il est écrit: «  si ceux qui s’étaient trouvés coupables sous la loi de Moïse ont reçu sanction immédiate de leur faute, combien plus ceux qui négligeront pareil salut, obtenu sous le ministère du Fils de Dieu  ». L’évangélisateur devrait donc exhorter ainsi  : «  ne manquez pas cette grâce qui vous est faite de vous reconnaître pécheurs, cette grâce qui vous est faite de vous savoir sauvés, libérés  ».

Si le terme «  annonce missionnaire  » pourrait laisser entendre qu’il suffit à l’évangélisateur d’annoncer l’Évangile il s’agit dans les faits de plus que cela. L’annonce missionnaire, avec le témoignage de vie qu’elle requiert et le kérygme qu’elle proclame, doit aller jusqu’à inviter la personne évangélisée à faire un choix, à prendre une décision libre et éclairée en réponse au Christ qui l’appelle à la conversion et au salut26  : «  Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, j’entrerai, chez lui  » (Ap 3,20). La récitation de cette prière exprime ce choix, sa foi en Jésus-Christ et son désir de salut.

Inviter quelqu’un à réciter cette prière c’est lui proposer de s’abandonner entre les mains toutes aimantes de Dieu, de mettre sa confiance en lui et de consentir à ce que l’Esprit le conduise. Par cette prière, une personne accepte que Dieu agisse dans sa vie pour être libéré de ce qui la tient captive et la sépare de lui. Elle lui donne ainsi son cœur pour qu’il le remplisse de son Esprit et la conduise dans son Royaume.

Derrière la notion de conversion il y a aussi la notion de renoncement ainsi qu’il est expliqué dans la doctrine des deux chemins27 : «  l’un de la vie, l’autre de la mort (cf. Jérémie, 21, 8  ; Deut., 30, 15, 19)  »28. Le premier est un chemin de renonciation, l’autre un chemin de promesses. Le pape Benoît XVI explique qu’au début de l’Église, on employait l’expression  : «  Renoncez-vous au diable et à ses pompes  ?  » pour parler du renoncement à un type de culture qui est contre le Christ et contre Dieu et qui, dans l’Évangile de saint Jean, est appelée «  kosmos houtos  », «  ce monde  ».

La conversion, dans la tradition chrétienne, inclut encore l’acte de renoncer à Satan, à ses œuvres et à ses séductions29. Lorsque nous renonçons à Satan et disons oui à Dieu, nous nous soustrayons au pouvoir du Malin qui coordonne les activités destructrices du monde (Jn 10, 10) et qui veut être le dieu de ce monde (2Co 4, 4) et nous participons à la victoire du Christ (1Jn 3, 8).

Se convertir, signifie donc renoncer à ce qui va en sens inverse de la vie chrétienne et de l’observance des commandements de Dieu  : «  Convertis-toi au Seigneur et renonce à tes péchés, implore-le bien en face, cesse de l’offenser  » (Ecc 17, 25). En renonçant au péché, nous entrons dans la liberté des enfants de Dieu pour nous préoccuper de ne pas blesser l’amour de Dieu et de ne rien faire contre son amour30.
Ayant accepté de renoncer au péché et de donner votre foi au Christ, avec Marie, relevez la tête et reconnaissez avec elle la prédilection de Dieu pour les humbles, les affamés, pour ceux qui pratiquent l’amour (cf. Lc 1, 46-55)31.
La renonciation concerne aussi celle de ne vivre que pour soi-même. Par un acte d’abandon, nous renonçons à notre volonté propre et nous la donnons avec confiance à Dieu. Par la conversion, nous «  mourrons à nous-même  », à un certain type de vie, pour renaître à une vie nouvelle en Dieu.

Tenant compte de notre réflexion nous proposons maintenant une autre version de la prière du pécheur  :
Père céleste, je crois que tu es bon, que tu m’as créé par amour et pour une vie éternelle. Je crois que ton Fils Jésus, qui est mort et ressuscité pour moi, a pris sur lui tous mes péchés et qu’il m’a obtenu le salut. Jésus, je te demande pardon et je te donne toutes mes fautes afin que tu les écartes de moi aussi loin que l’orient de l’occident. Je renonce au péché, je renonce à Satan, je renonce à l’iniquité qui souille mon âme; libère-moi de tout ce qui est contre Ta sainteté et qui blesse ton amour. Sois mon Seigneur et Sauveur. Entre dans mon cœur et conduis-moi. Je m’abandonne entre tes mains et je te donne ma volonté. Amen.

Conclusion

Concevoir l’annonce missionnaire comme une activité qui vise à amener des personnes à accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur permet de mieux comprendre comment accompagner et évangéliser des personnes en recherche. Si l’expression première annonce pourrait laisser entendre qu’il s’agit  simplement d’annoncer verbalement l’Évangile, il est tout aussi essentiel pour l’évangélisateur de témoigner par ses actes de l’amour de Dieu et aussi d’inviter les personnes évangélisées à répondre à l’appel de l’Évangile. La réponse à cet appel se fait par la récitation de la prière du pécheur qui fait du Christ son Seigneur et Sauveur et scelle sa décision personnelle de se convertir. Lorsqu’elle est dite sincèrement et en toute connaissance de cause, cette prière représente un signe de conversion initiale et démontre qu’une personne est prête à entrer en catéchuménat32. Elle marque un premier jalon dans un parcours de conversion qui ne fait que commencer. 

Mgr Kallistos Ware explique que le repentir initial n’est que le début d’un cheminement continu  : «  Ce repentir n’est pas une simple étape, un préliminaire  ; il se poursuit pendant toute la vie  »33. À ce sujet, il rappelle l’histoire du moine Abba Sisoès qui, gisant sur son lit de mort et entouré de ses disciples, dit: «  En vérité, je ne suis pas sûr d’avoir commencé à me repentir  »34. 

Le processus d’évangélisation doit se poursuivre après la conversion initiale par la catéchèse afin de renforcer et d’éclairer la foi reçue. La catéchèse permettra d’initier le nouveau converti aux mystères de la foi et de «  former l’homme de foi, pleinement cohérent avec le choix de l’Évangile du Christ  »35. Elle exposera le message chrétien en toute sa vérité et en toutes ses exigences de vie36. Elle visera aussi à intégrer les nouveaux convertis dans la communauté chrétienne afin qu’ils y vivent une croissance spirituelle et l’implication missionnaire. La conversion initiale n’est donc bien qu’une étape vers l’initiation chrétienne, une foi ecclésiale37 et l’engagement dans la mission.

Enfin, mettons en lumière une quatrième composante de l’annonce missionnaire car il y a plus que le témoignage de vie, la présentation du kérygme et l’invitation à faire une prière de salut. L’annonce missionnaire requiert aussi l’invocation de l’Esprit Saint qui donne la grâce nécessaire à la conversion. En effet, le Saint-Esprit est la puissance intérieure de l’Église et ce n’est que par sa lumière que la révélation peut être comprise et accueillie. Il touche le cœur et le tourne vers Dieu, Il ouvre les yeux de l’esprit et donne la douceur de consentir et de croire38  : «  Il n’y aura jamais d’évangélisation possible sans l’action de l’Esprit Saint  »39, explique le pape Paul VI  :
C’est grâce à l’appui du Saint-Esprit que l’Église s’accroît.… Il est celui qui, aujourd’hui comme aux débuts de l’Église, agit en chaque évangélisateur qui se laisse posséder et conduire par lui, et met dans sa bouche les mots que seul il ne pourrait trouver, tout en prédisposant aussi l’âme de celui qui écoute pour le rendre ouvert et accueillant à la Bonne Nouvelle et au Règne annoncé. (…) On peut dire que l’Esprit Saint est l’agent principal de l’évangélisation40.
Dans le livre des Actes des apôtres, il est décrit comment l’Esprit Saint tombait sur ceux qui écoutaient la Parole (Ac 10,44-48; 11,11-18). Dans sa pratique d’annonce missionnaire, l’évangélisateur a donc besoin d’entretenir et d’approfondir sa vie de prière et d’intercession. Il prie pour que l’Esprit Saint l’inspire et soit donné aux personnes qu’il évangélise. Il cherche à être, comme Jésus, une personne trouvant dans la prière le visage et la volonté de Dieu. Le pape Jean Paul II écrit  : «  la mission découle non seulement du précepte formel du Seigneur, mais aussi de l’exigence profonde de la vie de Dieu en nous41  ». Et comme le dit si gracieusement Anne Lécu, religieuse dominicaine et médecin en prison  : «  Parler de Dieu, ce n’est pas parler d’un concept, c’est parler de quelqu’un42  »; quelqu’un avec qui nous entretenons une relation d’amour et de confiance, quelqu’un qui a besoin de notre amour et qui nous appelle à l’aimer et à le connaître toujours plus.

À la suite de notre réflexion, nous pouvons affirmer que l’annonce missionnaire devrait être vue et pratiquée selon quatre composantes essentielles  : le témoignage de vie, la prière pour les personnes évangélisées, la proclamation du kérygme et l’invitation à accueillir Jésus comme Seigneur et Sau-veur dans un acte sincère de repentir et de confiance.


Notes

Déjà, dans le décret du Concile Vatican II sur l’apostolat des laïcs, il était écrit  : «  Par son apostolat l’Église et tous ses membres doivent donc d’abord annoncer au monde le message du Christ par leurs paroles et leurs actes et lui communiquer sa grâce  » (n. 6).
Jean-Paul II, Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 2.
 Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 3.
 Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 2.
Benoît XVI, Porta Fidei, 11 octobre 2011, n. 2.
François, Discours du pape François aux participants à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, le 14 octobre 2013.
Cf. Assemblée des évêques du Québec, Jésus-Christ chemin d’humanisation - Orienta-tions pour la formation à la vie chrétienne, Montréal, Médiaspaul, 2004, p. 45.

Ac 3,19  : «  Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés  » et Rm 10,9-10  : «  En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut  ».
Congrégation pour le clergé, Directoire général pour la catéchèse, 15 août 1997, n. 6.
10 Jésus devient notre Sauveur lorsque nous lui demandons de pardonner nos fautes; Jésus devient notre Seigneur lorsque nous nous abandonnons à lui pour qu’il ordonne notre vie à son service et au service de son Royaume.
11 Le pasteur David Yonggi Cho fit grandir son église de quelques personnes à environ 800000 en l’espace d’une cinquantaine d’années.
12 Karen Hurston, Growing the World’s Largest Church, Gospel Publishing House, 1994, p. 164.

13 The Four Spiritual Laws-English-knowing God Personally. 4 Spiritual Laws, www.4laws. com/laws/englishkgp/default.htm, Consultée le 27 décembre 2018. 

14 David Bennett, The Sinner’s Prayer: Its Origins and Dangers, Capalaba, Queensland: Even Before Publishing, 2011, p. 150.
15 Ac 3,19  : «  Repentez-vous et tournez-vous vers Dieu, afin que vos péchés soient effacés  ».
16 Concile Vatican II, Ad Gentes, Décret sur l’activité missionnaire de l’Église, n. 13.
17 Concile Vatican II, Ad Gentes, n. 13.
18 Saint Jean Chrysostome, Traité de la componction I, Œuvres complètes, http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/traites/componction1.htm, Consultée le 4 janvier 2019.

19 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, Cerf, Paris, 1996, p. 48.
20 Groupe des Dombes, Pour la conversion des Églises, Centurion, Paris, 1991, p. 84.
21 Cf. Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 49-50.

22 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 50.
23 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 50.
24 Schéma extrait de la page suivante http://com-jesus.com/connaitre-dieu/, consultée le 04 Janvier 2019.
25 Église catholique, Congrégation pour le clergé, Directoire général pour la catéchèse, n. 48, 53-56, http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cclergy/documents/rc_con_ ccatheduc_doc_17041998_directory-for-catechesis_fr.html, Consulté le 27 février 2019.
26 Ma 4,17 - Dès lors Jésus se mit à prêcher et à dire  : «  Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche  ».
27 Il s’agit de la Didachè (ou doctrine des Apôtres) rédigée vers la fin du 1er siècle ou au début du 2ème siècle.

28 La Didachè, I1, http://coptipedia.com/index.php/livre-4-foi-structure-et-rite/spiritualite/ 578-la-didache-la-doctrine-des-douze-apotres.html, Consultée le 27 février 2019.

29 Cf. Centre National de Pastorale Liturgique, Service national du catéchuménat des adultes, Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n. 217.
30 Cf. Benoît XVI, S’immerger dans le Père, dans le Fils, dans le Saint-Esprit, le 11 juin 2012, http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/135027075af.html?fr=y, Accédée le 4 Janvier 2019.
31 Jean-Paul II, «  Il faut que quelque chose change ici  », La documentation catholique, 17 avril 1983, N° 1850, p. 434.
32 Centre National de Pastorale Liturgique, Service national du catéchuménat des adultes,
Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n. 72.

33 Kallistos Ware, Le royaume intérieur, p. 48.
34 Lucien Regnault, Abba, dis-moi une parole, Solesmes, 1984, p. 164-165.
35 Jean-Paul II, Discours à l’occasion de la visite des évêques de Lituanie en visite «  ad limina  », 17 septembre 1999, https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/travels/1999/ documents/hf_jp-ii_spe_19990917_Lituanie-ad-limina.html, Accédée le 4 janvier 2019.

36 Cf. Catéchèses du pape Jean-Paul II lors des audiences générales du mercredi, 9 janvier 1985, Transmettre la foi dans son Intégrité, n. 3.
37 Cf. Synode des Évêques, L’Eucharistie  : source et sommet de la vie et de la mission de l’Église, Instrumentum laboris, 2005, n. 32.

38 Cf. Concile Vatican II, Dei Verbum, n. 5.
39 Paul VI, Evangelii nuntiandi, n. 75.
40 Paul VI, Evangelii nuntiandi, n. 75.
41 Jean-Paul II, Redemptoris missio, n. 11.
42 Croire.com. «  Comment parler de Dieu à ceux qui n’y croient pas?  » La Croix, 19 Oct. 2017, croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Evangelisation/Comment-parler-de-Dieu-a-ceux-qui-n-y-croient-pas, Accédée le 4 janvier 2019.

vendredi 15 janvier 2016

4 disciplines de croissance paroissiale

Par Pierre-Alain Giffard 
La réussite n’est rien de plus que quelques disciplines pratiquées chaque jour disait Jim Rohn, un entrepreneur et coach en développement personnel. Dans notre vie chrétienne et particulièrement notre vie paroissiale, la question émerge: quelles disciplines pratiquer pour réussir la mission que le Christ nous a confiée ? Il y a certes des pratiques personnelles comme le pardon (Luc 6,37) et la charité envers les démunis (Mat 25,40), mais au niveau de notre mission d’évangéliser et de faire des disciples (Mat 28,19), quelles seraient ces disciplines? Dans cet article nous en énumérons quatre.
La prière : Faire des disciples est d’abord une affaire spirituelle. La parole de Dieu dit que c’est Dieu qui assure la croissance (1 Corinthiens 3,7), sans lui nous ne pouvons rien faire (Jean 15,5).  Pour que nos paroisses engendrent de nouveaux chrétiens,  il nous faut d’abord le Lui demander: Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira (Luc 11,9). Des temps et des activités de prières pour cette intention devraient être planifiées et organisées de façons régulières par les responsables de la paroisse.
Le renouveau spirituel : L’Église a commencé à se développer juste après la Pentecôte et le nombre des disciples s’est rapidement multiplié. Cette croissance est due en grande partie à l’action de l’Esprit-Saint qui a été répandu sur les disciples, à leur témoignage de vie et à la puissance qui accompagnait leur prédication. Mais la Pentecôte n’est pas un événement unique, elle se répète chaque fois que des chrétiens se laissent transformer et renouveler spirituellement par une plus grande fréquentation des sacrements, par la lecture assidue de la Parole, par la participation à des Séminaires de la vie dans l’Esprit, par l’adoration eucharistique, par des retraites spirituelles, par l’engagement dans des petits groupes de foi, par la pratique occasionnelle du jeûne et d’autres disciplines spirituelles. Ce renouveau spirituel devrait d’abord être vécu par les responsables paroissiaux (pasteurs, membres des Conseils paroissiaux de pastorale et des Conseils des affaires économiques) et ensuite être proposés aux autres paroissiens.
L’évangélisation : C’est la responsabilité commune des baptisés de communiquer aux autres l’amour de Dieu et de les inviter à suivre le Christ (Canon 211). Mais comment faire ce travail d’évangélisation dans le cadre paroissial ? Heureusement, il existe plusieurs méthodes comme par exemple le programme Alpha, Kékako et les cellules paroissiales d’évangélisation. La mise en place de tels programmes est un des éléments incontournables pour renouveler et faire croître nos paroisses. À nous de les demander à nos pasteurs!
L’expérience du dimanche : Les personnes invitées et les visiteurs occasionnels du dimanche reviendront à l’église et désireront y cheminer si leur expérience dominicale est positive. Cette expérience passe par la qualité de l’accueil, des homélies, par la beauté de la musique et des chants, par le contact avec le divin, par la propreté des lieux, par les services offerts aux enfants pendant la célébration, par les petits groupes de partage de la foi; par la possibilité de s’impliquer dans des activités bénévoles et de créer des liens d’amitiés, etc. Pour renouveler et faire croître leur paroisse, les paroissiens doivent penser en termes d’accueil des personnes nouvelles et viser à leur faire vivre une expérience spirituelle et humaine positive et mémorable. Une telle expérience est aussi à planifier et à organiser par les responsables de la pastorale avec le soutien du Conseil des affaires économiques.
Les quatre disciplines pastorales présentées dans cet article sont issues de paroisses qui ont réussies à se renouveler spirituellement et à grandir. Elles pourront voir le jour dans nos églises si elles deviennent une priorité pour nos pasteurs, pour les membres des Conseils paroissiaux de pastorale et pour les membres des Conseils des affaires économiques.
Il s’agit de passer d’une gestion paroissiale qui répète le statu quo pastoral d’une Église de chrétienté à un leadership qui cherche à faire des disciples (Mat 28,19). Sans ce virage pastoral, nos paroisses continuerons de décliner et d’autres fermeront hélas leur portes … Il est donc temps de remplir notre devoir missionnaire et de s’adapter culturellement et pastoralement en mettant en place des orientations pastorales qui favorisent la croissance, la vitalité et le rayonnement de nos paroisses (Mat 5,16).

lundi 12 octobre 2009

La croissance de l’Église du pasteur David Yonggi Cho

La croissance de l’Église Yoido Full Gospel Church et l’histoire de son pasteur coréen David Yonggi Cho sont tout à fait uniques et remarquables à bien des égards.

David Yonggi Cho commença son ministère d’évangélisation en rassemblant quelques personnes dans la maison de sa belle-mère. Ce petit groupe de chrétiens se multiplia si vite qu’il dû rapidement faire construire une première église (Seo-Dae-Mun). Et en seulement trois ans, celle-ci passa de cinq cents à deux mille six cents membres.

Peu de temps après, cherchant à tout faire lui-même, le pasteur s’épuisa et tomba gravement malade. Souhaitant malgré tout voir son Église continuer à se développer, il conçu une structure ecclésiale par groupes de maison qu’il appela cellules de maison. Ces cellules sont animées par des laïcs et tous les membres de l’Église sont appelés à y participer. Grâce à elles, les membres se sont multipliés et il lui fallut construire une nouvelle église qui fut nommée Yoido Full Gospel Church. Quarante ans plus tard, elle comptait huit cent mille membres.

Les cellules de maison sont des rassemblements de six à douze personnes qui se retrouvent une fois par semaine chez l’un des membres de l’Église. La mission de ceux qui y participent est d’évangéliser leur quartier. Les cellules n’existent pas pour elles-mêmes, mais spécifiquement pour annoncer l’Évangile, pour aller vers les autres. Elles fournissent un endroit où amener amis et voisins pour les conduire à Jésus-Christ. Un des passages bibliques qui parle de cette structure ecclésiale se trouve dans les Actes des Apôtres: Jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés (Actes 2:46-47). Les premiers chrétiens avaient donc deux sortes de convocations ecclésiales; celles qui se déroulaient dans le temple et celles qui se déroulaient dans les foyers.

Pour accomplir leur mission de partager la Bonne Nouvelle les membres des cellules ne font pas de porte à porte : l’évangélisation par le porte à porte s’avère frustrante pour les chrétiens, parce que les résultats sont maigres[1] explique David Yonggi Cho. Le pasteur fixe des objectifs de croissance pour chacune des cellules et pour chaque district composé de plusieurs cellules. Les animateurs de cellules invitent les participants à être attentifs aux besoins des personnes de leur milieu. Tout ce qu’il y a à faire pour les membres des cellules, c’est de découvrir ces besoins, de rendre service pour y répondre, d'aimer les gens et de les aider, et très vite la cellule grandira. Les chrétiens de cette Église font donc des efforts importants pour créer des liens avec les personnes de leur entourage et les invitent ensuite dans les groupes de maison : lorsque les gens voient ce qui se passe dans nos cellules de maison, lorsqu’ils voient comment les croyants manifestent leur amour envers autrui, ils sont attirés vers ces cellules[2].

Une rencontre de cellule commence avec des prières et des chants, suivis d’une prière faite par une ou plusieurs personnes désignées, puis il y a une prédication de la Parole de Dieu en utilisant les notes du pasteur, et enfin une offrande (quête). La rencontre s’achève par des témoignages, la prière pour les malades et pour le baptême du Saint Esprit et une prière de clôture[3]. Un secrétaire est désigné ainsi qu’un trésorier pour chaque cellule. Au moment de la collecte hebdomadaire, le secrétaire a la responsabilité de compter la somme reçue et de tenir un registre. Le trésorier du groupe garde l’argent et le remet le dimanche suivant à la personne responsable.

Les cellules fonctionnent avec les laïcs. Moyennant une formation, ceux-ci, d’après le pasteur Cho, sont la ressource la plus efficace pour annoncer l’Évangile. Les responsables peuvent aussi mieux pourvoir aux besoins des membres de la communauté chrétienne. Au fur et à mesure que les cellules grandissent, les groupes sont divisés afin qu’il n’y ait pas plus de quinze familles par cellule. Les personnes sont rassemblées par groupes homogènes : jeunes avec jeunes, professions libérales avec professions libérales, étudiants avec étudiants, etc., plutôt que par répartition géographique.

Un élément essentiel : monsieur Cho précise que l’évangélisation des non-chrétiens doit être le but principal de l'Église et des cellules. Si les membres se rassemblent sans avoir comme premier objectif l’annonce de l’Évangile, les cellules n’engendreront pas de croissance. Le danger encouru est qu’elles ne visent qu’à la satisfaction des membres[4]. Une cellule de maison n’est pas une organisation charitable, bien qu’elle puisse accomplir des œuvres de charité. Une cellule de maison n’est pas non plus une veillée de prière[5]. Une cellule de maison a pour mission l’évangélisation des non-chrétiens, et est appelée à croître puis à se scinder en deux lorsqu’il y a eu une croissance suffisante.

C’est un passage du live de l’Exode, au chapitre 18, qui inspira au pasteur de déléguer ses fonctions à des membres non ordonnés : (...) Jéthro vit que c’était trop pour Moïse et il lui montra comment déléguer son autorité afin qu’il ne s’épuise plus à essayer de satisfaire les besoins de tous les gens dont il avait la charge[6]. Il a appris à déléguer ses responsabilités et son autorité en nommant des responsables de cellules. La délégation est, d’après lui, une clé indispensable pour réussir l’évangélisation. Le rôle principal du pasteur devient celui de former les responsables de cellules et de les motiver : Je motive et offre sans cesse ma reconnaissance aux responsables de cellules explique-t-il. Il insiste sur le fait que si on manifeste de la reconnaissance aux autres, qu’on les encourage, qu’on les aime d’un amour sincère, ils se sentiront motivés pour accomplir de grandes choses: (…) toute organisation, quel que soit son raffinement, ne fonctionnera pas correctement si les gens qui la composent ne sont pas correctement motivés pour accomplir le travail[7].

Le pasteur Cho nomme principalement les femmes comme responsables de cellule car, en Corée, nombreuses sont celles qui restent encore au foyer et sont ainsi plus disponibles pour remplir cette tâche. Chaque mercredi, il réunit tous les responsables des cellules leur distribue ses notes qu'il commente pour indiquer ce qui doit être enseigné. Il a lui-même établi le programme pour les réunions de maisons et deux fois par an, il anime un séminaire de formation.

Le pasteur doit être la personne responsable du projet d’évangélisation par cellules de maison dit-il. Il doit s'impliquer activement pour le mettre en place et motiver les membres. Il insiste pour dire qu’il connaît de nombreuses Églises qui ont tenté d'établir des cellules de maison sans l'engagement personnel de leur pasteur. Elles ont toutes lutté mais sans succès. Aux États-Unis, il existe une assemblée chrétienne importante dont le pasteur assista au séminaire sur la croissance donné à Séoul. Il comprit la valeur des cellules de maison, cependant au lieu de promouvoir lui-même les cellules de maison dans son Église, il en remit la responsabilité à un associé. Ce dernier s'occupa de toute l'organisation et les cellules de maison se constituèrent. Après deux années d'efforts, ces cellules stagnèrent; peu de personnes y assistaient et les membres n'étaient pas motivés pour annoncer l’Évangile. Pourquoi ? Les cellules de maison furent considérées comme un simple programme, parmi tant d'autres. Elles ne furent pas considérées comme la clé du réveil ou de la croissance ; après tout, tant d'autres programmes visent ces mêmes buts. Le pasteur n’étant pas activement impliqué, les membres ne prirent pas conscience de l’importance des cellules. Pour que les cellules de maison réussissent, le pasteur doit être convaincu de leur nécessité, au point de les considérer comme étant une question de vie ou de mort pour son assemblée[8].

Monsieur Cho est convaincu que le grand obstacle à la croissance des Églises est le manque de vision. La vision est un but à atteindre et lorsque nous nous mettons à rêver à ce but, ce rêve devient créatif[9]. Si nous n’avons pas de vision dit-il, nous ne produirons rien. En parlant constamment de nos buts et de nos visions, nous engendrons l’enthousiasme des personnes qui nous entourent. Mais il est important qu’il n’y ait pas plus d’une seule vision au sein de l’assemblée.

Cette vision doit venir du pasteur. Il la partage avec les diacres et les diaconesses et ils fixent ensemble des objectifs à atteindre afin de la réaliser. C’est, d’après lui, la condition préliminaire pour obtenir une véritable croissance; Dieu répond en fonction de la mesure de foi par laquelle nous lui donnons l’occasion d’agir et il est nécessaire que nous agissions comme si nous avions déjà reçu cette croissance: Votre croissance dépend de la mesure de vos rêves[10]. Une de leurs missionnaires se rendit au Japon avec un objectif de deux cents membres pour la première année. Elle organisa sa première cellule et se mit en quête de personnes dans le besoin. Au bout d’un an elle dépassa son objectif et atteint deux cent cinquante membres.

Pour recevoir une vision et des rêves nouveaux, le pasteur Cho demande aux responsables de son Église d’apprendre à entrer dans une communion authentique avec le Saint-Esprit : Pour réussir dans les affaires du Roi, il est nécessaire d’avoir une collaboration très étroite avec le Saint-Esprit[11]. C’est pourquoi leur assemblée est une assemblée qui prie. Une fois par semaine les chrétiens de leur Église prient toute la nuit et au moins 10.000 personnes participent. La prière est considérée comme une autre clé de leur réveil. De nombreux responsables de cellules passent aussi beaucoup de temps dans le jeûne et dans la prière pour le salut des personnes qu’ils évangélisent. En général, ils jeûnent d'un à trois jours par semaine.

Le style de la prédication faite par les animateurs des réunions va souvent déterminer si les cellules produisent une assemblée qui croît[12]. Dans sa pratique personnelle de prédication, le pasteur Cho se donne l’objectif principal d’aider les gens à rencontrer personnellement Jésus-Christ. Son second objectif est d’aider les gens à réussir dans tous les domaines de leur vie : spirituel, physique, professionnel et intellectuel. Finalement, le but de sa prédication est d’aider les gens à mieux servir Dieu et leur prochain. D’après lui, une relation intime avec le Saint-Esprit est un élément primordial pour réussir une prédication. C’est au contact de Sa présence intime qu’on reçoit l’inspiration et l’onction pour le message dont l’assemblée a besoin : Si je n’ai pas l’onction de l’Esprit, mon message n’engendrera aucun résultat, quel que soit le temps consacré à la préparation du sermon[13]. Il s’appuie peu sur la philosophie et sur l’histoire de l’Église apprise à son école biblique... Après vingt-trois ans de prédication, il est convaincu que c’est seulement la Parole de Dieu qui donne vie à l’assemblée. Il commence toujours sa prédication en parlant de la bonté de Dieu et il essaye d’orienter ses sermons pour répondre aux besoins de ses auditeurs.

En résumé, la croissance est possible si l’Église s’engage pleinement dans l’annonce de l’Évangile aux non-chrétiens en les invitant à accueillir Jésus comme leur Sauveur et Seigneur: Si elle ne le fait pas, soit elle stagnera, soit elle mourra[14]. C’est aussi grâce à l'engagement inconditionnel du pasteur, à la communication d'une vison, aux buts fixés, à la prière, aux jeûnes, à une prédication inspirée, à l’implantation de cellules de maison et à la motivation des responsables de cellules que la croissance a lieu. Les membres des cellules ont à témoigner du Christ dans leurs milieux de vie : famille, amis, travail, activités sociales, voisins, etc. Ils entrent en contact avec leur entourage en rendant service selon les besoins rencontrés puis invitent les personnes aux réunions de cellules. C’est là qu’elles entendront la parole de Dieu prêchée en vue de leur faire connaître le Christ. Jésus est présenté comme celui qui peut répondre à leurs attentes et à leurs aspirations : miséricorde, salut, paix, guérisons, etc. Quand ils acceptent Jésus comme « Sauveur et Seigneur », ils sont invités dans la grande assemblée et à participer à l’annonce de l’Évangile avec les autres membres des cellules. Leur expérience et leur zèle de nouveaux convertis seront alors mis à profit pour témoigner auprès des personnes nouvelles.

Malgré le développement foudroyant qu’a connu cette communauté, sa croissance n’a été ni facile, ni de tout repos. Le pasteur Cho explique qu'il est nécessaire d’investir temps et argent pour mettre en place le système des cellules d'évangélisation, mais qu'une fois en place, celui-ci permettra une croissance efficace et durable.

Auteur: Pierre-Alain Giffard

Cet article se trouve dans le livre : GIFFARD, Pierre-Alain, La croissance de l’Église : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses, Nouan-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2012.


[1] P. Y. CHO, Les cellules de maison et la vie de l’église, Miami, Ed Vida, 1989, p. 62.
[2] Ibid., p. 88.
[3] Ibid., p. 40.
[4] Ibid., p. 117.
[5] Id, Au-delà des chiffres, Miami, Ed Vida, 1986, p. 47.
[6] Ibid., p. 42.
[7] Id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 142.
[8] Ibid., p. 109.
[9] Ibid., p. 168.
[10] Ibid., p. 169.
[11] Ibid., p. 123.
[12] Ibid., p. 145.
[13] Ibid., p. 120.
[14] Ibid., p. 61.

mercredi 23 septembre 2009

La prière avec le jeûne : clé de l’évangélisation


Auteur : Bill Bright

Bill Bright (William R. Bright : 1921 - 2003) est un évangéliste américain, fondateur de « Campus pour Christ International,», auteur des « quatre lois spirituelles » et producteur du film « Jésus » (1979). Il a écrit plus de 100 livres et des milliers d'articles et de brochures sur la foi distribués dans le monde entier. 

La prière accompagnée du jeûne à un impact comparable à celui d’une bombe atomique ; elle constitue l’élément le plus significatif de l’évangélisation et de l’accomplissement du grand ordre de mission.

Les églises et les responsables évangéliques qui ont une vie de prière et de jeûne disciplinée verront de nouvelles avancées enthousiasmantes dans leurs efforts d’évangélisation et dans le climat spirituel de leurs églises. Ma prière est que deux millions de personnes prient et jeûnent, se contentant d’aliments liquides, pendant 40 jours pour un réveil national et mondial, et pour l’accomplissement du grand ordre de mission. Leur intercession pourra aussi être centrée sur leur propre ville.

Pourquoi le jeûne ? C’est une pratique biblique : en refusant de satisfaire nos appétits charnels, le jeûne nous aide à nous humilier et à répondre aux critères de 2 Chroniques 7 :14.

Pourquoi 40 jours ? Le Seigneur Jésus nous en a donné l’exemple au tout début de son ministère. De plus, quand il nous a confi é le grand ordre de mission, il nous a ordonné d’enseigner ce qu’il nous avait enseigné. Cela inclut dont le fait de jeûner 40 jours avant d’entreprendre un ministère particulier.

C’est en 1994 que, pour la première fois, j’ai jeûné pour cette durée ; ce fut l’expérience la plus mémorable de ma vie. Je n’ai jamais vécu une telle intimité avec le Seigneur à aucun autre moment.

Si quelqu’un ne se sent pas conduit à prier et jeûner pendant 40 jours, qu’il fasse ce qu’il ressent que l’Esprit lui demande. C’est aussi en 1994 que des responsables chrétiens ont commencé à se réunir pour trois jours de prière et de jeûne pour le réveil. Immédiatement après cette rencontre qui eut lieu à Orlando, les médias chrétiens ont rapporté plusieurs percées majeures du réveil dans diverses églises et universités aux États-Unis. Depuis, nous nous sommes réunis en 1995, 1996 et 1997 avec une participation croissante. Un nouveau rassemblement est prévu chaque année. En 1997, l’événement fut relayé par satellite sur au moins 3 000 sites : églises, universités, prisons, et autres lieux.

Peut-être un des plus grands résultats de ce jeûne et prière initié par ces leaders fut Mission America, un partenariat incluant la plupart des dénominations et groupes para-églises représentant des millions de chrétiens dans environ 200 000 églises : un événement sans précédent depuis le premier siècle.

J’exhorte chaque membre d’église, en particulier les responsables d’évangélisation, à entrer dans cette discipline biblique. 

Publié dans le journal Ressources spirituelles n.16, Automne 2008.



dimanche 4 janvier 2009

Aider les membres de son église à évangéliser de personne à personne


Auteur: Pierre-Alain Giffard

Former les membres d’une communauté chrétienne à partager l’Évangile et les responsabiliser face à leur mission de baptisés est un des facteurs majeurs qui favorise la croissance d’une communauté chrétienne. Jésus, après sa résurrection, a confié à son Église le soin de poursuivre sa mission évangélisatrice : « De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jean 20:21 ). L'annonce et le témoignage de l'Évangile sont en fait le premier service que les chrétiens peuvent rendre au monde. Ce sont tous les chrétiens qui ont la responsabilité, à leur manière, de transmettre l'amour de Dieu qui se manifeste dans le salut offert par Jésus-Christ.
Mais que dire aux chrétiens pour les aider à évangéliser ? Comment rendre leur témoignage convaincant et persuasif ? Comment leur permettre d’amener d’autres personnes à faire un acte de foi en Jésus-Christ ? Ce sont les questions auxquelles cet article  tente de répondre...
1.   Une démarche initiale

Évangéliser signifie annoncer Jésus-Christ par la parole et par les actes. C’est être le porte-parole du salut offert en Jésus et l’instrument de sa présence et de son action dans le monde. L’évangélisation première a pour objectif d’aider tous les hommes et les femmes à faire un acte de foi envers Jésus  et à devenir ses disciples.

L’annonce missionaire contient la proclamation claire du salut offert en Jésus comme don de la miséricorde de Dieu pour effacer les péchés du monde et permettre aux hommes et aux femmes de recevoir l’espérance de la vie éternelle. Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, dit Jésus à la Samaritaine, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive (Jean 4:10). Évangéliser c’est aller à la rencontre du besoin, de la soif d'amour, de paix, de pardon et de sens à la vie qui habite le cœur des êtres humains.

Mais une telle action nécessite en général de bâtir une relation de confiance et de prendre le temps d’entrer en dialogue. Un  dialogue d’amitié accompagné de marques d'intérêt sincère pour les personnes. Il est parfois long, parfois bref, de quelques minutes à plusieurs heures et même plusieurs années... Mais cette période, ce temps est essentiel. Il permet de créer des liens et de poser des actes d’amour qui prépareront l’accueil de l’Évangile.
2.  Parler de Dieu

Durant ses dialogues, l’évangélisateur pourra parfois aborder directement le « sujet » de Dieu. Il pourra par exemple dévoiler ses propres options religieuses et poser des questions: « Dieu est-il important pour vous? », « Connaissez-vous Dieu? » Si c'est approprié, certains passages bibliques peuvent êtres cités[1].
Mais évangéliser n'est pas citer machinalement des versets bibliques. C'est plutôt évoquer des passages de la Parole que l’Esprit Saint nous inspire sur le moment. On peut aussi se poser la question: Ce que je souhaite dire ou le passage de la bible que je vais citer répond-il réellement aux besoins ou aux aspirations que je ressens chez mon interlocuteur ?
Aussi l’Évangile sera mieux accueilli s’il est présenté durant des moments de réceptivité. C’est le cas par exemple des périodes de transition et d’incertitude (déménagement, changement de travail, adolescence, etc.) ou lorsque des souffrances particulières sont subies (divorces, maladie, perte d’un être cher, etc.); il y a aussi les temps de Noël ou de Pâques. Des recherches montrent que parmi les groupes les plus réceptifs à l’Évangile sont les jeunes familles avec des enfants et les étudiants au niveau universitaire.
3.  Quelques conseils pour annoncer l'Évangile
  • Se préparer dans la prière.
  • Avoir une bonne connaissance du salut.
  • Connaitre par coeur certains versets bibliques.
  • Invoquer l’Esprit Saint durant ses conversations.
  • Parler de Dieu quand les gens sont le plus réceptifs.
  • Être un exemple de ce que l’on annonce.
  • Employer un vocabulaire simple, compréhensible par des personnes qui n’ont pas ou très peu de culture chrétienne.
  • Être chaleureux et attentif.
  • Ne pas juger, accepter les personnes telles qu’elles sont, respecter le cheminement de chacun.
  • Bénir intérieurement les personnes à qui l'on parle.
  • Avoir des paroles qui apportent la paix, le pardon et l'espérance.
  • Citer les Évangiles de manière à aider les personnes dans leurs situations particulières et de manière à répondre à leurs soifs spirituelles.
  • Ne pas se montrer timide ou gêné… mais aussi savoir ne pas s'imposer.
  • Parler avec tact et courtoisie.
  • Exprimer sa joie de connaitre Jésus. 
  • Avoir des documents à laisser à ses interlocuteurs: Évangiles, dépliants, livres sur la foi, etc.
  • Éviter les disputes doctrinale (2Timothée 2:14[1]).

4.  Trois qualités importantes pour évangéliser

Le courage : Celui-ci s'exprime dans le sacrifice de son respect humain qui nous empêche bien souvent de témoigner de notre foi. Ne pas avoir peur de parler de ses croyances même devant ceux qui nous semblent, à première vue, pas du même avis.

L'humilité : Nous sommes les porteurs d'une Parole qui n'est pas la nôtre et qui a sa source en Dieu lui-même. C'est l'Esprit Saint qui convaincra les personnes si nous pensons l'invoquer durant nos échanges

La charité : Celle-ci nous fait supporter de n’être parfois pas écouté et parfois même rejeté ou ridiculisé. La charité invite à ne pas juger et ne pas s’imposer : Proposer oui, insister même, mais savoir quand s’arrêter pour respecter la liberté des autres. La charité pousse à rendre service, à intercéder et à jeûner pour les personnes à qui nous voulons présenter la Bonne Nouvelle.
5.  Erreurs à éviter

Le radotage : L’évangélisateur prépare une présentation « toute faite » de la Bonne Nouvelle derrière laquelle il s'abrite. Il ne tient pas compte des situations particulières et des besoins des personnes à qui il parle.

Le respect humain : L’évangélisateur passe beaucoup de temps à établir des relations satisfaisantes mais l'objectif semble lui échapper: Faire faire un acte de foi, faire accepter Jésus comme Sauveur et Seigneur. Cet évangélisateur cherche à plaire. Il n'ose pas avoir un message incitatif, il reste toujours sur une position de retrait et d'écoute.

L'égocentrisme : L’évangélisateur ramène tout à lui-même et se cite en exemple. Il parle volontiers de sa conversion et de ses expériences spirituelles, mais ne s’intéresse pas à ses interlocuteurs.

Le prosélytisme : L’évangélisateur évangélise en critiquant les autres confessions chrétiennes. Il prétend être le seul à posséder la vérité, il prêche plutôt un mouvement ou une église particulière que le Christ et la Bonne Nouvelle.

Le fanatisme : L'évangélisateur se force un passage et ne respecte pas le temps nécessaire à certaines conversions. Il nie le droit des autres à la liberté de conscience. Il menace même au nom de Dieu.

6.  Face aux résistances et aux contradictions

Lorsque l'on prend l'initiative de parler de Dieu, il peut arriver que certaines personnes s’opposent à nous et parfois même de façon agressive. Dans ce cas…
·         Rester en paix, bienveillant.
·         Conserver une attitude d’écoute.
·         Ne pas se laisser entrainer dans des disputes.
·         Ne pas juger, pardonner.
·         Confier son interlocuteur à l’action de l’Esprit.
·         Ne pas  se sentir obligé de répondre sur le champ.
·         Savoir accepter des opinions différentes même si elles sont présentées de façon maladroite.
·         Face à une accusation personnelle, garder le silence, rester courtois.
·         Si le dialogue est possible, chercher à se faire expliquer les causes des réactions négatives.
·     Laisser parler son interlocuteur, ne pas l’interrompre. Plus il s’exprime, plus il donne des pistes pour nous permettre de mieux comprendre ce qui le trouble et le préoccupe.
·         Une personne peut avoir de bonnes raisons d’émettre des réserves,. Il faut savoir être compréhensif.
« L’habileté, pour un homme, c’est d’être patient, sa fierté, c’est de passer sur une offense » (Proverbes 19:11).
7.  L'annonce proprement dite

           Certaines personnes pourront se montrer ouvertes et intéressées à parler de Dieu. Il sera alors possible d’expliquer le chemin qui conduit au salut. Les quatre lois spirituelles élaborées par Bill Bright peuvent aider dans ce sens. (voir aussi en annexe : 5 vérités qui conduisent au salut).
·         Première loi : Dieu nous aime et a un plan merveilleux pour notre vie (Jean 3:16; 10:10).
·         Deuxième loi : L'homme est pécheur et séparé de Dieu, ainsi il ne peut connaître ce que sont l'amour et le plan de Dieu pour sa vie (Romains 3:23; 6:23).
·         Troisième loi : Jésus-Christ est la seule solution pour le péché de l'homme. Par lui nous pouvons recevoir le pardon et connaître l'amour gratuit de Dieu (Romains 5:8; Jean 14:6).
·         Quatrième loi : En recevant Jésus-Christ comme notre Sauveur et Seigneur, nous faisons l’expérience de la miséricorde de Dieu et nous entrons dans l’espérance de la vie éternelle (Actes 16:31; Éphésiens 2:8-9).
           Après la présentation de ces quatre lois spirituelles ou des cinq vérités (annexe 2), l'évangélisateur, explique à son interlocuteur que la miséricorde de Dieu lui est accessible maintenant. Il lui propose alors de répéter après lui une prière qui ressemble à celle-ci : Seigneur Jésus, je te remercie de ton amour et de ce que tu es venu dans le monde pour me sauver. Je reconnais que j'ai dirigé ma vie jusqu'à présent sans tenir compte de ta volonté et qu'ainsi j'ai péché contre toi. Je t‘accepte dans mon cœur et je te reçois comme mon Sauveur et mon Seigneur. Pardonne mes péchés. Fais de moi la personne que tu désires que je sois et conduis moi à la vie éternelle.  Amen.
Quand devrait-on présenter les quatre lois spirituelles ou les cinq vérités qui conduisent au salut?
- Quand la personne manifeste par certaines questions qu'elle est intéressée à aller plus loin : À quelle église allez-vous? demande-t-elle. Quels jours et à quelle heure sont les réunions ? Comment puis-je devenir chrétien ? Comment puis-je connaître Dieu ? Etc.
- Quand la personne répond par l'affirmative à certaines affirmations : Oui, vous avez raison... .
Et après ?
Lorsqu’une personne a accueilli Jésus dans son cœur, l’étape suivante consiste à  l’introduire dans la communauté des croyants afin qu’elle y établisse des liens et se fasse baptiser (si ce n'est pas déjà fait). C’est aussi le temps de lui expliquer les bases d’une discipline spirituelle qui la conduira à la persévérance et à croissance spirituelle :
·         Prier Dieu chaque jour (Jean 15:7).
·         Lire la Parole de Dieu quotidiennement (Actes 17:11).
·        Témoigner de Jésus-Christ par ses paroles et par ses actes (Matthieu 4:19; Jean 15:8).
·         Fréquenter une Église régulièrement et fraterniser avec d’autres chrétiens.
8.   Conclusion

Nous voyons, dans un tel processus d'évangélisation, toute l’importance du dialogue, de l’écoute et d’un certain courage pour parler de sa foi. On pourrait schématiser ainsi les différentes étapes de la première annonce :
1.    Prier et  jeûner pour les personnes que l'on cherche à évangéliser;
2.    Rendre service, manifester de l’amour;
3.    Demander à Dieu des occasions de parler de Lui;
4.    Mémoriser des versets bibliques et saisir l'essentiel de sa foi;
5.    Aller vers les autres et établir de nouveaux liens;
6.    Chercher à comprendre les besoins et les défis des personnes que l’on rencontre;
7.    Oser parler de sa foi;
8.    Présenter les quatre lois spirituelles et inviter ses interlocuteurs à accepter Jésus comme leur Sauveur;
9.    Accompagner et conduire les personnes à l’Église.
C'est Jésus-Christ lui-même qui précède l'œuvre des évangélisateurs, l'accompagne et la conduit. Sa présence ne fait jamais défaut: « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28:20).
Précisons enfin que la parole et le témoignage de vie vont forcément de pair. Si la Parole est en contradiction avec la conduite, l’annonce de l’Évangile sera compromise. Il peut arriver aussi que, dans certaines situations, parler de Jésus ne soit ni nécessaire, ni avisé. Il s’agit alors de faire preuve d'intelligence et de parler avec ses actes, de parler avec l’amour et avec les vertus que nous manifestons. Car c’est avant tout, et plus que tout, l’amour qui évangélise, l’amour qui guérit, l’amour qui attire à la Vérité et qui sauve…
  





[1] La foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ (Romain 10:17).
[2] Il faut éviter les querelles de mots, bonnes seulement à perdre ceux qui les écoutent (2 Timothée 2:14).


LA CROISSANCE DE L'ÉGLISE