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samedi 8 juin 2024

LA CROISSANCE DE L'ÉGLISE

Ce site propose des pistes de réflexion pour dynamiser les églises et les paroisses et encourager leur croissance. Les articles présentés s'appuient sur l'observation d'églises en croissance à travers le monde. Ces ressources peuvent s'avérer précieuses pour ceux et celles qui cherchent à promouvoir la revitalisation et le développement de leurs communautés chrétiennes. 

Croissance de l'Église catholique : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses Réaménagements pastoraux dans l'Église catholique : comment répondre aux défis actuels ? Comment favoriser la croissance de sa communauté chrétienne : réflexions et perspectives Plan de croissance ecclésiale : étapes et éléments clés pour dynamiser son Église Facteurs de croissance des Églises : clarté des propos, qualité des services et inculturation Mettre en place un projet de croissance pour sa communauté chrétienne : étapes et prévisions financières. Dynamiser nos paroisses : réflexions et outils pour la croissance de l'Église catholique Réaménagements pastoraux dans l'Église catholique : défis et perspectives Croissance spirituelle et numérique : planifier la croissance de sa communauté chrétienne Stratégies de croissance ecclésiale : éléments clés et bonnes pratiques Facteurs favorisant la croissance des Églises : clés pour un développement équilibré Plan de croissance pour son Église : étapes, objectifs et suivi pastoral
Croissance de l'Église catholique : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses Réaménagements pastoraux dans l'Église catholique : comment répondre aux défis actuels ? Comment favoriser la croissance de sa communauté chrétienne : réflexions et perspectives Plan de croissance ecclésiale : étapes et éléments clés pour dynamiser son Église Facteurs de croissance des Églises : clarté des propos, qualité des services et inculturation Mettre en place un projet de croissance pour sa communauté chrétienne : étapes et prévisions financières. Dynamiser nos paroisses : réflexions et outils pour la croissance de l'Église catholique Réaménagements pastoraux dans l'Église catholique : défis et perspectives Croissance spirituelle et numérique : planifier la croissance de sa communauté chrétienne Stratégies de croissance ecclésiale : éléments clés et bonnes pratiques Facteurs favorisant la croissance des Églises : clés pour un développement équilibré Plan de croissance pour son Église : étapes, objectifs et suivi pastoral

TABLE DES MATIÈRES

                            SITES DU MÊME AUTEUR



                            dimanche 31 mai 2020

                            Basés sur l’observation de nombreuses Églises en croissance dans le monde, les articles ci-dessous traitent des facteurs qui favorisent le développement des Églises. Ils visent à aider les missionnaires, les pasteurs et les responsables d’Églises à faire des disciples.


                            ARTICLES RÉCENTS

                            TABLE DES MATIÈRES
                            1. Les pratiques d'évangélisation des Églises en croissance
                            2. L'annonce missionnaire et la prière du pécheur
                            3. 4 disciplines de croissance paroissiale
                            4. 35 facteurs qui favorisent la croissance des Églises locales
                            5. Questionnaire pour discerner la présence ou l’absence des facteurs de croissance
                            6. Guide pour planifier la croissance d'une église
                            7. Comment rédiger un plan de croissance ecclésiale
                            8. Comment écrire un énoncé de mission pour l'Église locale
                            9. Excès et dérapages possibles dans la gestion des églises
                            10. Leadership et croissance des Églises
                            11. Recevoir et mettre en oeuvre une vision
                            12. Comment vivre la transition vers les petits groupes
                            13. Six habitudes d’un leader visionnaire
                            14. La source de la croissance: le réveil
                            15. Aider les membres de son Église à évangéliser de personne à personne
                            16. Comment équiper les autres en vue de leur confier des ministères
                            17. Équiper les autres pour le ministère : Le modèle de Jésus
                            18. Les fondations de la croissance des Églises
                            19. Erreurs à éviter dans la poursuite de croissance
                            20. La croissance des Églises par la musique et les chants
                            21. Valeurs à promouvoir pour déclencher la croissance
                            22. Pour une recherche de croissance saine et équilibrée
                            23. Six valeurs organisationnelles essentielles pour la croissance
                            24. Croissance des Églises et maturité spirituelle
                            25. Donald McGavran, le fondateur du Mouvement pour la croissance des Églises
                            26. Conseils pour favoriser la croissance des Églises locales (en bref)
                            27. Le but de la croissance ecclésiale
                            28. Le secret pour bâtir une église qui gagne des âmes 
                            29. L’évangélisation : une composante majeure de la croissance de l’Église
                            30. Articles sur la croissance des Églises écrits par Rick Warren 
                            31. La prière avec le jeûne : clé de l’évangélisation
                            32. Développer la vision de l’évangélisation parmi les leaders de l’Église 
                            33. 19 orientations pastorales favorisant la croissance des Églises
                            34. La croissance de l’Église du pasteur David Yonggi Cho
                            35. Processus d’évangélisation et de formation des disciples
                            36. La croissance de l’Église du pasteur Dale Galloway
                            37. Développer l'Église par des groupes de croissance (Neil Cole)
                            38. Les orientations pastorales et missionnaires des Églises en croissance
                            39. La croissance de l’Église du pasteur Rick Warren
                            40. T4T : une méthode efficace pour la croissance de l’Église
                            41. Dix obstacles courants à la croissance
                            42. La croissance de l’Église et le travail en équipe
                            43. L’accueil et la croissance de l’Église
                            44. Célébrations et croissance de l’Église
                            45. Programme d'évangélisation par cellules de maison
                            46. La croissance de l’Église "Crossroads"
                            47. Vision et croissance de l’Église
                            48. Des Église “en sortie”
                            49. Four Disciplines for Parish Growth Defined
                            50. 拓展教会
                            51. Leadership and Church Growth: The Case of Chuck Smith
                            52. La croissance de la paroisse Sant'Eustorgio 

                            SITES DU MÊME AUTEUR

                            vendredi 22 mai 2020

                            La croissance de la paroisse Sant'Eustorgio


                            Auteur: Pierre-Alain Giffard

                            Don Pigi Perini est un prêtre italien, curé de la paroisse Sant'Eustorgio près de Milan. Lorsqu’il fut nommé dans sa paroisse, la proportion de ceux qui fréquentaient les célébrations du dimanche était de douze pour cent. Formé au séminaire, on l’avait préparé au manque d'efficacité pastorale. Il avait théorisé l’échec : « L'un sème, l'autre récolte… » ; « pourvu que Jésus-Christ soit annoncé… » ;  beaucoup de petites phrases de la Bible, utilisées à contresens, venaient renforcer une mentalité de renoncement ascétique, le manque d'ambition pastorale était justifié par la pauvreté, l'humilité et les autres vertus évangéliques[1]!

                            Dans l’église paroissiale voisine, c'était la même chose. Et bien que jeune et plein de vigueur, son enthousiasme s’est éteint petit à petit et la routine l'a consumé. Il se réfugia dans la culture, les homélies savantes et il ne voyait plus, dit-il, que cette culture, dans laquelle il vivait, était païenne. Cela dura un certain temps jusqu’à ce qu’il se trouve devant un choix intérieur : ou bien renoncer à sa vocation de prêtre ou retrouver une nouvelle vitalité et être à la suite de Jésus « pêcheur d’hommes ».

                            C’est alors qu’un prêtre d'origine canadienne, le Père Valeriano Gaudet, est venu chez lui. Il lui a montré un article d'une revue américaine, intitulé: « Paroisse en flammes ». Il s'agissait d'une paroisse de Floride, Saint-Boniface, où le curé, Michel Eivers, animait une communauté particulièrement vivante. Alors il s’est dit : « Allons voir si c'est vrai… ». Il y a trouvé des cellules de maison et une église paroissiale qu’il n'osait rêver rencontrer, une église paroissiale en croissance. Il y trouva une orientation fondamentale pour l'évangélisation, une hospitalité chaleureuse, l'adoration eucharistique de six heures à vingt-quatre heures et un grand nombre de ministères laïcs gérés par une structure organique. Le pasteur était à la tête de la communauté, mais il déléguait son autorité avec un grand respect des autres membres.

                            Dans cette paroisse de Floride, les laïcs avaient une très bonne connaissance des Écritures saintes, ils ouvraient la Bible comme un livre qu'on connaît et qu'on a toujours sous la main. La majorité (90%) verse la dîme. On y vit le baptême de l’Esprit et une louange vibrante. La paroisse Saint-Boniface est fondée sur l'expérience charismatique. Mais ce n'est pas la chose la plus importante, dit-il, l'important c'est le renouvellement paroissial que les cellules apportent.

                            Les orientations de base de la paroisse sont les suivantes :

                            ·       Les pasteurs de Saint-Boniface ont choisi l'évangélisation comme premier but.
                            ·       Ils ont mis sur pied une structure de cellules de maison.
                            ·       Ils ont mis l’accent sur la maison, le foyer, l'atmosphère.
                            ·       Ils ont élaboré un système pouvant gérer la multiplication des cellules.

                            Don Pigi a compris qu’il devait prêter une plus grande attention à ceux qui étaient étrangers, éloignés, indifférents à l’église paroissiale. Le moment était venu pour lui de poser son regard pastoral sur ceux qui étaient en dehors de l’Église. Tant d’années il avait concentré toutes ses énergies et ses efforts sur les mêmes « habitués », toujours fidèles, toujours plus « choyés » et toujours plus réduits en nombre. Sa vision n'allait pas plus loin, elle ne percevait pas ceux qui n’étaient pas là! Pourtant, c'est précisément dans ceux qui sont loin, dans ceux que l’on considère perdus, difficiles à rejoindre, indifférents que réside le potentiel de croissance d’une communauté chrétienne. Communiquer sa foi, annoncer Jésus, proclamer la Bonne Nouvelle, voilà les fruits de l’église paroissiale, la clé de sa croissance et de son avenir!

                            Mais Don Pigi s’est également rendu compte que ses seules forces ne suffiraient pas. En tant que prêtre, il lui était impossible de rejoindre tout le monde et il lui était surtout difficile de rejoindre les personnes là où elles vivent, au travail, à l'école, en famille ou dans les maisons. Il devait compter sur une église moins cléricale, se fier à l'œuvre de l'Esprit Saint et compter, comme dans la communauté de Floride, sur les dons de tous les chrétiens. Il avait besoin de les encourager et de les motiver afin d'en faire des évangélisateurs, que ce soit au travail, à la maison, entre amis ou dans leurs immeubles. C'est là l'intuition de base des cellules de maison qu’il appelle cellules paroissiales d’évangélisation. On y invite les membres à témoigner dans leur propre milieu de vie (Oïkos).

                            Quand Don Pigi est revenu dans sa paroisse, il a présenté à sa communauté l’expérience de Saint-Boniface et proposé dans son église paroissiale une formation à partir d'Evangelii nuntiandi[2]. Puis il a choisi des laïcs et leur a proposé une formation de responsables de cellule paroissiales d’évangélisation. Cette formation dura six semaines. Petit à petit, ils sont passés de quatre cellules provisoires à quatorze et leur nombre a progressivement augmenté. Mais, précise-t-il, la communauté n’est pas seulement « cellulaire », elle est aussi eucharistique, tous sont invités à vivre la célébration de la Messe.

                            Comme dans l’église du pasteur Cho, les cellules sont composées de dix à quinze personnes qui se réunissent chaque semaine dans une maison privée. Jésus y est présenté comme Seigneur, c’est-à-dire qu’il est appelé à devenir la personne la plus importante de notre vie, le maître de notre existence, qui devrait être servi d’esprit, de cœur, dans sa famille et dans son travail, dans ses vacances et dans ses temps libres. Durant la rencontre, un temps est réservé pour l’enseignement hebdomadaire du curé qui est diffusé dans toutes les cellules sous formes de notes ou de cassettes. Ainsi, chaque cellule écoute le même enseignement, suit le même cheminement et se nourrit de la même Parole.

                            Les membres apprennent à prier en s’ouvrant à l'action de l'Esprit Saint. Ils cherchent à reconnaître la présence de Jésus dans leur vie en devenant attentifs aux signes concrets de son amour. Ils apprennent à écouter leurs frères, à faire silence en eux-mêmes pour l'accueillir. Ils font l'expérience de l'amour fraternel, ils partagent leurs difficultés, ils se soutiennent pour surmonter leurs doutes. Pour de nombreux frères et sœurs, une cellule est une première expérience de vie communautaire qui les prépare à s'insérer pleinement dans la communauté paroissiale. Les responsables des cellules sont choisis avec soin par le curé et formés afin de bien remplir leur tâche. Les différentes étapes des rencontres de cellules sont les suivantes : Prières spontanées de louange, échange informel sur ce qui a été vécu dans la semaine, enseignement, réactions des participants, informations sur la vie paroissiale, prières d’intercessions et prières de guérison par imposition des mains.

                            De la connaissance personnelle du Christ vivant surgit, chez les membres de la cellule, le désir de partager et de proclamer leur expérience aux personnes qui leur sont les plus proches, à celles qu'ils rencontrent habituellement et qui, d'une manière bien concrète, font partie de leur vie. C’est pourquoi les cellules grandissent, leurs membres sont « pêcheurs », au sens évangélique. Ils parlent de Jésus dans leur milieu de vie, ils témoignent de lui par un changement de leurs goûts et de leurs priorités, ils partagent l'expérience de l'amour gratuit, fidèle, miséricordieux, personnel, de Dieu. Ils témoignent dans la famille, au travail ou à l'école, aux amis, à leurs voisins, en un mot : dans leur oïkos, le milieu dans lequel se déroule leur vie quotidienne. De cette façon, l'autre n'est plus appelé à rester un étranger : des vies se rencontrent et de nouveaux liens s'établissent.

                            Les cellules sont profondément insérées dans le contexte paroissial et en lien avec le pasteur. Elles coexistent avec toutes les autres réalités présentes dans la paroisse qui continuent à fonctionner, même si, indubitablement, ces dernières ont trouvé de nouvelles bases, de nouvelles énergies et un nouvel enthousiasme. À travers une structure précise : leaders de cellule, leaders de section, leaders territoriaux, cellule exécutive, le curé est capable de connaître ce qui arrive dans chacune des rencontres de cellules. Il est au courant des principaux problèmes qui peuvent surgir, de l'arrivée de nouvelles personnes, des merveilles que le Seigneur accomplit, de l'orientation et du cheminement des membres, de sorte que, même s'il n'est pas physiquement présent, il peut suivre le déroulement de l’évangélisation.

                            Grâce aux cellules, dit-il, sa paroisse est devenue une vraie famille, une maison fraternelle et accueillante où chacun trouve sa place. Sa communauté chrétienne est devenue un lieu où tous peuvent faire l'expérience de l'amour et se rendre compte combien ils sont capables de donner et de recevoir. On peut y partager ses joies, ses souffrances, ses doutes et ses découvertes, dans l’assurance d'y trouver de la compréhension, un accueil et même des réponses. Elle est devenue le lieu de la rencontre avec Dieu où l’on apprend à prier, à louer et à communiquer son expérience de Jésus. Le Seigneur y accomplit des merveilles, et il renouvelle continuellement son alliance avec son peuple.

                            Même s’il met beaucoup l’emphase sur les cellules pour l’œuvre de l’évangélisation, ce prêtre italien, parle aussi de l’importance de former les chrétiens de sa communauté. Les former d’abord à la prière; une prière ardente, qui ne soit pas formaliste, mais qui prenne vie dans la parole de Dieu, la liturgie et la contemplation : Nous exhortons les évangélisateurs quels qu'ils soient à prier sans cesse l'Esprit Saint avec foi et ferveur et à se laisser prudemment guider par lui comme l'inspirateur décisif de leurs plans, de leurs initiatives, de leur activité évangélisatrice[3].

                            Il explique à ses paroissiens qu’on ne peut assurer une transmission authentique de la foi que si on en fait l’expérience personnelle. La foi doit être accueillie comme une réalité vécue qui soit transformante. Il souhaite faire naître dans le cœur des chrétiens le désir de grandir dans une relation personnelle avec Dieu dans la prière, l'écoute personnelle de la Parole, la participation aux sacrements, l'accompagnement spirituel, la catéchèse et l’implication communautaire : Dieu donnera certainement le don de la foi à qui le cherche de tout son cœur : de ce don reçu le croyant pourra et saura en témoigner[4].

                            Don Pigi souhaite aussi donner aux membres de sa communauté le souci de ceux qui ne sont pas là, le désir de se faire proches, de créer des liens et de rendre service. Avant d'être une annonce dans l'Esprit, une manifestation de puissance, le mystère du salut annoncé aux êtres humains a été amour et service : Celui qui pratique le service au nom de Jésus doit rechercher les exigences et les problèmes du frère que le Seigneur appelle à évangéliser. « Cherche la plaie et soulage-la ! » est une devise qui semble bien exprimer cette méthode[5]. Voir les blessures intérieures, les attentes et les aspirations de notre prochain et essayer d’y répondre. Créer des liens, entrer en relation, donner de son temps, de son sommeil, de sa tranquillité, et parfois même de son argent, afin que celui qui reçoit se rende compte à quel point on est prêt à s'engager pour lui et ceci d’une manière gratuite et désintéressée. Il sera alors profondément interpellé et disposé à écouter notre témoignage et à y croire.





                            [1] G. Macchioni, Évangéliser en paroisse : L’expérience des Cellules Paroissiales d’Évangélisation, 2e édition, Nouan-le-Fuselier, Editions Pneumathèque, 1996, p. 8.
                            [2] Evangelii Nuntiandi est l’exhortation apostolique L’évangélisation dans le monde moderne de Paul VI (1975).
                            [3] Paul VI, Evangelii Nuntiandi (exhortation apostolique, l’évangélisation dans le monde moderne), Coll. L’Église aux quatre vents, Montréal, Fides, 1975, § 75.
                            [4] G. Macchioni, op. cit. p. 78.
                            [5] Ibid., p. 84.

                            vendredi 5 juillet 2013

                            La croissance de l’Église “Crossroads”

                            Auteur: Pierre-Alain Giffard

                            De 1987 à 2005, Mark Fuller a été le pasteur de l’Église évangélique Crossroads Church (l’Église Croisée des chemins) qui est passée de 300 membres à plus de 1300 en 18 ans. Sa croissance a été constante et n’a jamais stagné.

                            Mark Fuller explique ainsi sa croissance[1] :

                            · un leadership visionnaire;

                            · une bonne compréhension du combat spirituel (spiritual authority);

                            · une communauté chrétienne prête à suivre son leader;

                            · une communauté chrétienne qui accepte de changer et de faire les sacrifices nécessaires et;

                            · une vision pour les perdus, c'est-à-dire une priorité pastorale pour rejoindre et incorporer au Corps du Christ des personnes qui ne connaissent pas Jésus ou qui ne le suivent pas.

                            Un jour Mark Fuller posa une question à John Maxwell[2], un expert mondial en leadership : « quelle est la clé pour faire croître une église de 500 membres ? » Ce dernier pointa son doigt vers lui et lui dit : « vous ». Réalisant que pour développer sa communauté chrétienne et il lui fallait aussi permette à Dieu de le faire grandir, il se mit à genoux, pria et médita la Bible. C’est alors qu’un passage du livre de l'Exode le toucha profondément, celui dans lequel Jéthro donne des conseils à Moïse (Exode 18,13-27).

                            En relisant ces versets, il comprit à quel point le ministère de Moïse était prophétique et cela l’encouragea à mettre plus d’emphase sur son propre ministère de prédication. Il remarqua aussi combien Moïse était visionnaire: il allait donc adopter un style de leadership visionnaire en passant désormais une bonne partie de son temps à communiquer une vision pour son Église. Finalement, il lut comment Moïse délégua l’œuvre de son ministère. Il décida donc de passer aussi une grande partie de son temps à former des leaders.

                            Ces trois éléments sont devenus les piliers de sa vie et de son ministère : prêcher, projeter une vision et développer des leaders. Il lui fallut plusieurs années pour les intégrer dans son pastorat, mais aujourd'hui il y consacre 95 pour cent de son temps. Ce fut à la fois difficile et libérateur, mais il considère que John Maxwell avait bien raison de dire qu’une communauté chrétienne ne peut pas grandir si le pasteur ne grandit pas lui-même.

                            Au cours de ses 18 années à la tête de l’Église Crossroads, Mark Fuller, il vit beaucoup de nouveautés dans la manière dont les Églises s’organisent et célèbrent, y compris l’émergence des petits groupes (cellules d’évangélisation et autres petites communautés de base). Pour lui, un des changements les plus importants et les plus bénéfiques pour son Église fut au niveau de la gouvernance.

                            Pour assurer la croissance, il fit passer sa communauté d’une Église dirigée par un conseil de bénévoles à une Église dirigée par du personnel professionnel rémunéré. Cette transition ne fut pas facile, mais Mark Fuller estime qu’il ne faut pas chercher à engager des personnes simplement pour remplir des fonctions pastorales; il faut plutôt chercher à engager des personnes qui ont un réel sens du leadership. Si on met en place les bonnes personnes, explique-t-il, alors le reste suit : la vision, la direction et les activités pastorales (programmes) pertinentes. Pour qu’une Église dépasse les 500 membres, il est, d’après lui, nécessaire de faire cette transition[3].

                            Un autre changement important qu’il opéra fut d’adopter un style de musique contemporaine pour les célébrations. Comme dans la plupart des communautés chrétiennes qui font ce choix, cela engendra des tensions, mais il eut la sagesse d’introduire ces changements en douceur. Cela fait partie, dit-il, des talents d’un leader : savoir quand mette un peu de pression pour faire avancer les choses et savoir quand donner du mou pour insister ailleurs. Mark Fuller souhaite que le style de musique de son Église soit en constante mouvance, car si celui-ci se fige, estime-t-il, il est très difficile de changer par la suite.

                            Pour ce pasteur, la louange et l’adoration ne sont pas tant une question de style qu’une question de cœur. Il s’agit avant tout de créer une atmosphère qui permette aux personnes présentes de communier avec Dieu et d’être réceptifs à la parole de Dieu. Les animateurs et les musiciens ne sont pas des vedettes, mais des signes qui pointent vers Dieu[4].

                            Dans son Église, ce sont les célébrations des weekends, et non pas les grands événements extérieurs, qui constituent les portes d’entrée, qui attirent des nouvelles personnes. Les gens viennent à l'Église parce que leur cœur est vide; ils ont des problèmes financiers, de couple ou avec leurs enfants, et tout ceci provoque une faim de Dieu.

                            Mark Fuller est convaincu que pour faire croitre une Église, il faut s’occuper en priorité des personnes qui ne sont pas là ainsi que des personnes qui ne viennent pas régulièrement aux célébrations afin de les rejoindre et de les incorporer à la communauté chrétienne[5]. Tout ce que l'Église fait, elle devait le faire pour amener au Christ les personnes qui ne le connaissent pas. Il n’a toutefois pas de public cible : une génération, un groupe d'âge ou une culture particulière. Il fait tout pour créer, durant les célébrations, une atmosphère  qui permette aux personnes qui ont soif de Dieu de le rencontrer personnellement.

                            Son style de prédication est « conversationnel ». Il prêche, en s’imaginant assis autour d'un café avec l’auditoire et vise à répondre aux questions que des non-chrétiens peuvent se poser face à la Parole annoncée. L’auditoire est toujours libre de réagir et de répondre à son message.

                            Mark Fuller est enfin un fervent partisan des petits groupes. Il y en a trois sortes dans son Église: des petits groupes d’évangélisation, des groupes qui se réunissent autour d’une pastorale (ministère) particulière et des groupes d’enseignements. Ils sont tous de différentes tailles et appelés des groupes de connexion. La moitié des membres de son Église actuelle en font partie. Leur point commun? Vivre la sollicitude fraternelle, l’apprentissage et le service[6].


                            [1] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.143-144.

                            [2] John Maxwell est depuis plus de vingt ans un leader et un communicateur efficace et passionné. Il est le fondateur d'INJOY, une organisation qui se consacre à aider les gens à développer leur potentiel personnel et leur potentiel de leadership. Il est l'auteur de « Les 21 lois irréfutables du leadership », « les 17 lois infaillibles du travail en équipe » et « Devenez ce que vous devriez être », entre autres. (Source : goo.gl/LBwLw).

                            [3] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.144-145.

                            [4] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.145-146.

                            [5] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.146-147.

                            [6] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.148.

                            mardi 20 novembre 2012

                            La croissance de l’église et le travail en équipe

                            En tant que responsables en Église, la tentation est grande de vouloir tout faire soi-même. Cela peut remplir ses journées et donner l’impression que l’on fait de son mieux pour accomplir la volonté de Dieu. Le pasteur David Yonggi Cho, en Corée du Sud, en est un bon exemple. Animé d’un fort désir missionnaire, il commença une Église à partir d’un petit groupe de chrétien et réussit à multiplier leur nombre jusqu’à 800 000. Au début, il faisait tout lui-même… il était partout et rien ne se faisait sans lui. Mais avec le temps, il finit par appeler cette attitude, cette façon de faire, la clé du désastre. En effet, à force de vouloir tout faire, il tomba gravement malade et s’épuisa. Il fit ce qu’on appelle communément un burnout, c’est-à-dire un épuisement professionnel. Il mit dix ans à s’en remettre.

                            Dans les souffrances de sa fatigue et le désir de continuer à développer son Église, il en arriva à déléguer la tâche de l’annonce missionnaire aux laïcs. Il changea radicalement sa façon de faire en prenant le temps de former des responsables et en leur confiant des responsabilités. C’est en grande partie grâce à ce travail d’équipe, à cette collaboration avec les laïcs, que sa communauté chrétienne se développa de façon exponentielle.

                            Mais le travail d’équipe n’est pas simple. Il peut être source d’unité et d’épanouissement ou source de division et de souffrance. Voici quelques pistes afin que celui-ci contribue tant à la croissance de l’Église qu’à la croissance des membres.

                            1. Laisser les membres de l’équipe prendre part au processus de planification

                            Les responsables devraient définir les objectifs avec les autres membres de l’équipe et ne pas leur imposer des moyens pour les atteindre. En effet, les membres d’une équipe pastorale débordent souvent de créativité et d’idées qui peuvent considérablement enrichir un projet ou un événement. Comme Pierre et Jean qui coururent tous les deux ensemble (Jn 20:4) vers le tombeau vide, les membres d’une équipe devraient se former et travailler ensemble pour saisir une vision nouvelle et des moyens nouveaux pour réaliser leurs projets.

                            2. Donner suffisamment d’autonomie

                            Le rôle des responsables d’équipe est surtout de rappeler la mission et la vision de l’équipe ainsi que les objectifs définis. Ils devraient ensuite, autant que possible, laisser les membres atteindre ces objectifs par eux-mêmes, selon leur expérience propre et leurs compétences particulières. Donner suffisamment d’autonomie aux membres pour atteindre les objectifs fixés leur permet de travailler en fonction de leurs dons, de leurs inspirations et de trouver joie et épanouissement dans leur travail à cause de la confiance qui leur est accordée. Comme l’explique saint Paul dans l’épître aux Romains (12:5), nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ, mais nous sommes pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée.

                            3. Assurer un suivi

                            Ceci est important, les membres de l’équipe ne sauront pas s’ils sont sur le bon chemin à moins que cela leur soit dit clairement par l’ensemble du groupe. Il est donc nécessaire de réunir l’équipe à intervalles réguliers afin de discuter des progrès accomplis. Les membres peuvent ainsi recevoir des suggestions d’améliorations de la part des autres membres de l’équipe.

                            4. Encourager les membres

                            Chaque membre de l’équipe a droit à une reconnaissance sincère, personnelle et publique de la part du responsable. Une fois l’évaluation achevée, tout n’est généralement pas parfait, mais il faut avant tout relever ce qui a été fait de bien afin d’encourager et d’enhardir les membres pour leurs futures implications. Encouragez-vous mutuellement chaque jour, nous exhorte saint Paul (He 3:13)! Mettre trop d’emphase sur les points négatifs peut facilement blesser et décourager les membres dans leur engagement généreux à la suite du Christ.

                            Conclusion

                            Le travail en équipe peut réellement être une source d’unité et de fraternité lorsque le responsable aide à bâtir une vision commune, fait confiance, accompagne, motive et laisse chaque membre agir selon ses dons et ses inspirations. Une telle culture d’équipe relève de la maturité spirituelle et démontre le respect que l’on doit à chaque membre du Corps du Christ, appelé à sa manière à participer à la mission de l’Église.

                            Auteur : Pierre-Alain Giffard

                             

                            NOTE: Certaines idées présentées sont inspirées de l’article « Secrets to Developing a Productive Team » de Juan Cruz.

                            http://www.churchleaders.com/pastors/pastor-articles/162984-secrets-to-developing-productive-team.html

                            lundi 2 juillet 2012

                            La croissance de l’église par la méthode T4T

                            Ying Kai est un missionnaire évangélique sino-américain qui accepta l’appel d’annoncer l’Évangile aux milliards de personnes en Asie qui ne connaissent pas le Christ. Sachant qu’il ne pouvait pas se servir des approches traditionnelles d’évangélisation pour rejoindre tant de monde, il mit au point la méthode T4T. Celle-ci vise à faire de chaque croyant un évangélisateur capable d’engendrer des disciples qui en engendrent d’autres[1]. Depuis sa création, et en l’espace de 10 ans, elle amena la création de 150 000 petits groupes de nouveaux convertis (églises de maison) et le baptême de 1.7 million de personnes[2].
                            Cette méthode commence par une série de rencontres, étendue sur une période d’environ 9 à 18 mois. Elle débute en formant des chrétiens à témoigner de leur foi et de leur conversion auprès des non-croyants. Les non-croyants, qui accueillent Jésus comme leur Sauveur et Seigneur (2Pi 3:18) sont à leur tour instruits par l’évangélisateur pour 1) témoigner eux-mêmes de leur foi (ou de leur conversion) dans leur milieu de vie; 2) annoncer la Bonne Nouvelle et; 3) former eux-mêmes les personnes qu’ils auront gagnées au Christ afin qu’elles deviennent à leur tour des formateurs de formateurs[3]. Cette méthode est conçue pour se transmettre de génération en génération, de nouveaux convertis en nouveaux convertis, de petits groupes en petits groupes.
                            Selon Steve Smith, l’auteur du livre T4T: A Discipleship Re-Revolution (Une Re-Révolution pour la formation des disciples), il s’agit d’un retour à la formation des disciples dans les premiers temps de l’Église. Ce processus d’évangélisation déclenche la multiplication des nouveaux groupes de convertis qui deviennent à leur tour des facteurs de multiplication.
                            La méthode T4T fait appel à l’obéissance des croyants vis-à-vis de la Parole de Dieu. Les croyants sont d’abord invités à dire « oui » à l’appel de devenir des pêcheurs d’hommes et les personnes évangélisées sont ensuite appelées à dire des « oui » successifs : « oui » pour accueillir Jésus comme Sauveur et Seigneur (l’acte de foi), « oui » au baptême, « oui » à l’évangélisation des non-croyants, « oui » à la formation de petits groupes de convertis avec les personnes évangélisées et « oui » à la formation des membres des nouveaux groupes afin qu’ils reproduisent eux-mêmes ce processus de multiplication[4].
                            L'idée de base est que tout chrétien est appelé à suivre Jésus et agir comme lui… Jésus ayant accompli la volonté de Dieu en appelant et en formant des disciples appelés eux-mêmes à en former d’autres[5] (Mat 28:19-20).
                            Dans la méthode T4T, la personne évangélisée est tout de suite interpelée à devenir missionnaire en témoignant de sa conversion (ou de sa foi) aux personnes qu’elle connaît et en démarrant un nouveau groupe avec les personnes évangélisées. Il les formera ensuite à faire ce qu’il fait lui-même : évangéliser, rassembler et diriger un petit groupe, former à évangéliser, à rassembler et à diriger un petit groupe.
                            Les réponses à 3 questions servent de base à la formation des nouveaux convertis[6] : « Pourquoi? Qui? Comment? »
                            Pourquoi ? : Pourquoi évangéliser ?
                            Il est dit aux nouveaux convertis que chaque croyant est fondamentalement appelé à être membre d’une église ET à transmettre la foi qu’il a reçue.
                            Qui ? : Qui évangéliser ?
                            En petit groupe[7], les nouveaux convertis sont invités à faire la liste des personnes de leur « oikos » (les membres de leur famille, leurs amis, leurs voisins, leurs collègues de travail, les personnes qu’ils côtoient régulièrement et les personnes sur qui ils ont une certaine influence). Une fois la liste composée, ils prient afin de savoir vers qui aller en premier : cinq noms de la liste sont alors retenus. Les membres prient à nouveau pour ces cinq personnes afin que le Père céleste les attire à Jésus, afin que l’Esprit les « travaille » (Jn 16:8-9) et afin qu’ils puissent donner leur témoignage et annoncer la Bonne Nouvelle avec assurance. Notons qu’il ne s’agit pas de limiter le témoignage et l’annonce aux cinq personnes de la liste.
                            Comment ? : Comment donner son témoignage et annoncer la Bonne Nouvelle?
                            La troisième étape est d’aider les membres du groupe à formuler leur témoignage et à annoncer la Bonne Nouvelle. Ceci se fait en deux temps : mettre à la fois son témoignage et l’annonce du kérygme par écrit, et s’exercer à les partager.
                            Un témoignage peut être soit celui de sa conversion : 1) ma vie avant de connaître Jésus; 2) comment j’ai connu Jésus; 3) ma vie depuis que j’ai connu Jésus, soit celui de l’intervention de Dieu dans sa vie pour résoudre un problème particulier : 1) le problème; 2) comment Dieu a changé le problème; 3.) ma victoire sur le problème (libération de l’alcoolisme, de la colère, de la rancune, etc.).
                            Au niveau du kérygme, il existe différentes façons de présenter la Bonne Nouvelle. Il s’agit d’en choisir une qui soit le plus adaptée à son contexte et avec laquelle on est à l’aise afin qu’elle mène la personne évangélisée à faire un acte de foi (accueillir Jésus comme Sauveur et Seigneur).
                            Après s’être exercé à donner leur témoignage et à annoncer la Bonne Nouvelle, les membres prient pour le besoin des uns et des autres (Luc 10:9). Ils sont ensuite envoyés pour évangéliser dans leur oïkos, former leur propre groupe[8] et se servir des leçons qu’ils ont reçues avec les personnes qu’elles ont rassemblées.
                            Cette formation, à partir des trois questions (Pourquoi ? Qui ? Comment ?) est la première d’une série qui se donne dans un petit groupe[9]. Les rencontres qui suivent ont lieu toutes les deux semaines ou aux deux semaines. Elles contiennent en général 7 parties[10] :
                            1. Le soin pastoral
                            2. La louange
                            3. Le suivi
                            4. La projection de la vision
                            5. L’étude biblique
                            6. La pratique
                            7. Les objectifs et la prière
                            Les quatre parties les plus importantes, celles qui ne sont pas à enlever sont : le suivi, la vision, la pratique, les objectifs et la prière[11]. Lorsque les rencontres sont animées selon ces différentes parties, il n’y a pas de carence de nouveaux évangélisateurs qui formeront des groupes avec des nouveaux convertis et dont les membres formeront à leur tour leurs propres groupes en vue d’une multiplication continue.
                            Une série de 6 à 10 rencontres suivent la première formation. Elle contient des leçons sur les fondements de la vie chrétienne : l’assurance du salut, la vie de prière, le baptême, la Parole de Dieu, la confession des péchés, l’Église, l’appel à la sainteté, etc.[12].
                            Dans la partie du soin pastoral, la personne qui a constitué le groupe demande simplement aux membres comment ils vont et elle se met à leur écoute. Dans la partie de la louange, les participants glorifient Dieu et font des prières d’action de grâce. Dans la partie du suivi, il est demandé aux membres comment ils ont mis en pratique la leçon précédente et ce qu’ils ont fait pour évangéliser. Dans la partie de l’étude biblique, les membres sont nourris et guidés par la Parole de Dieu sur un sujet donné. Dans la partie pratique, les membres s’exercent à transmettre la leçon qu’ils viennent d’apprendre et se fixent des objectifs : Quelles personnes évangéliser? Qui former ? Enfin avant de se quitter, les membres prient 1) les uns pour les autres et 2) pour demander à Dieu de leur inspirer qui former et qui évangéliser.
                            À chaque rencontre, les membres sont donc formés afin de communiquer ce qu’ils ont reçu aux membres de leur propre groupe. Il y a toujours un temps de pratique durant lequel ils s’exercent à donner la leçon qu’ils viennent de recevoir. Conséquemment, les leçons doivent être particulièrement simples et transmissibles. Après la première série de leçons, la formation a une visée a plus long terme : l’approfondissement da la foi.
                            Le but ultime de ceux qui en arrivent à former des nouveaux groupes de convertis est celui de former des formateurs. Les membres des nouveaux groupes seront appelés non seulement à témoigner, non seulement à créer leurs propres groupes, ni même de former les personnes de leurs groupes à témoigner et à constituer d’autres groupes; pour que des petites communautés de croyants se multiplient, pour que naisse un mouvement d’implantation d’Églises de maison, le formateur doit se rappeler que son but est de former des formateurs et de concentrer ses énergies sur les personnes de son groupe qui répondront le mieux à cet appel (en moyenne 20% des membres deviennent des formateurs de formateurs) [13].
                            Steve Smith encourage les formateurs à libérer le plus de temps possible dans leur semaine afin de former le plus de groupes possible. Une formation dure deux heures. En libérant 2 heures pas semaine, il est possible d’animer au moins deux groupes aux quinze jours. Plus les formateurs formeront de groupes, plus une croissance de type exponentielle aura la chance de se réaliser.
                            La méthode d’évangélisation T4T est donc différente de la méthode utilisée traditionnellement dans les petits groupes[14]. Dans les cellules d’évangélisation (ou les petits groupes d’évangélisation) classiques, les membres amènent les personnes évangélisées dans leur propre groupe jusqu’à ce que le groupe soit assez grand pour se diviser (ou multiplier) en deux. Le principe est de croître puis de se multiplier.
                            Avec la méthode T4T, la croissance du groupe d’origine n’est pas recherchée avant de se multiplier. Les membres des groupes T4T n’amènent pas les personnes évangélisées dans leur propre groupe. Plutôt, ils forment un nouveau groupe avec les personnes qu’ils évangélisent. Là, celles-ci sont formées pour répéter le processus d’évangélisation et de création de nouveaux groupes (les membres sont formés pour évangéliser, rassembler et former un nouveau groupe dans lequel les membres sont formés à évangéliser, rassembler et former un nouveau groupe, etc.). Le processus se reproduit indéfiniment permettant une croissance exponentielle. Avec le temps, les groupes formés peuvent devenir de véritables Églises de type paroissial alors que d’autres restent des petits groupes reliés à une Église existante.
                            Dans la méthode T4T, chaque nouveau croyant est donc vu comme un groupe potentiel. Si tous les nouveaux convertis ne démarrent pas un nouveau groupe, tous sont formés et encouragés à le faire. Ceux qui démarrent des groupes projettent continuellement la vision que Dieu peut faire naître une réaction en chaîne de croissance à travers chaque membre. Le but pour un évangélisateur est d’en arriver à engendrer plus de quatre générations successives de formateurs et de groupes (ou d’églises de maison)[15]. Pour y arriver, il lui est en général nécessaire de rester avec son groupe de 9 à 18 mois[16].
                            La multiplication de petits groupes (ou d’églises de maison) commence donc par une 1ère étape : la projection d’une vision mobilise un plus grand nombre de chrétiens possible à s’engager dans l’évangélisation et la croissance de l’Église. Durant une 2e étape, les chrétiens mobilisés sont aidés à repérer les personnes qu’ils peuvent évangéliser. La 3e étape est celle de l’évangélisation (l’annonce missionnaire) proprement dite. La 4e étape est celle où les membres sont instruits pour former des nouveaux groupes. Enfin, la 5e et dernière étape est celle où les membres sont instruits pour former les personnes de leurs propres groupes à reproduire le processus de multiplication. Toutefois, la projection de la vision n‘est pas un évènement ponctuel qui ne se produirait qu’au début du processus. Comme nous l’avons vu dans les différentes parties qui composent une rencontre, il est aussi nécessaire de projeter une vision spécifique durant chaque formation afin d’aider les membres à franchir les différentes étapes du processus[17].
                            Aussi, ce serait une erreur de voir la méthode T4T comme une simple série de leçons. Cette méthode est beaucoup plus qu’une formation intellectuelle, elle vise à ce qu’un nouveau converti, ou une personne déjà croyante, soit rendue capable, dans un très court laps de temps, de témoigner de sa foi et de démarrer de nouveaux groupes dont les membres seront formés pour reproduire le même schéma processus de multiplication. La méthode T4T est un outil presque idéal pour engendrer et former de nouveaux disciples formateurs qui engendreront et formeront de nouveaux disciples formateurs….qui engendreront et formeront de nouveaux disciples formateur...etc.[18] C’est par ce processus de formation, à travers les 7 étapes habituelles d’une rencontre, qu’une réaction en chaîne de conversions et de croissance peut se produire.
                            Lorsqu’ils se trouvent dans un contexte culturel particulier, il est conseillé aux évangélisateurs/formateurs de faire certaines adaptations. Mais cela doit être fait sans en éliminer les principes fondamentaux de la méthode.
                            Un des éléments à ne pas changer, selon Steve Smith, est le déroulement des rencontres. Il doit sans faute contenir au moins quatre des sept parties d’une rencontre habituelle : le suivi, la vision, la pratique, les buts et la prière. La vision de former des formateurs qui forment des formateurs doit aussi demeurer ainsi que celle de concevoir l’appel de tout chrétien comme étant celui de suivre Jésus et de devenir des pêcheurs d’hommes. Les leçons ont à rester simples et transmissibles et le parcours être conçu pour aider les membres à passer d’une étape de cheminement (ou de croissance) à une autre[19]. Enfin, le processus de formation doit être centré sur la Parole de Dieu, efficace et reproductible par les nouveaux convertis.
                            S’il est nécessaire d’avoir des leçons facilement transmissibles, ce sont aussi les visons pour chaque formation (4e partie de la formation) qu’il est important de rendre simples et transférables ainsi qu’une façon efficace et adaptée au contexte de présenter la bonne nouvelle du salut. Cette présentation doit amener ceux qui l’entendent à accueillir Jésus comme Sauveur et Seigneur (faire un acte de foi).
                            Un autre élément incontournable dans la méthode : les questions de suivi lors des rencontres (3e partie de la formation). Il devrait y en avoir pour chaque niveau d’engagement : Les évangélisateurs : « À qui avez-vous témoigné? Ont-ils fait un acte de foi? ». Les  initiateurs : « Avez-vous commencé à les former dans le même processus? ». Les formateurs : « Est-ce que les personnes évangélisées évangélisent? ». Les formateurs de formateurs : « Est-ce les personnes évangélisées forment les personnes qu’elles ont elle-même évangélisées? ».
                            Enfin, selon les auteurs, la méthode T4T peut être efficace dans n’importe quel contexte culturel même s’il faut parfois compter sur un temps d’adaptation. Steve Smith invite les lecteurs, et ceux qui entendent parler de la méthode T4T, à relever le défi de la croissance et en répondant aux questions suivantes : Durant les trois prochains mois, combien prévoyez-vous former de personnes à la méthode T4T? Et à combien de personnes allez-vous donner votre témoignage? Devenez, dit-il, une personne qui ne se contente pas d’écouter mais qui en arrive à mettre en pratique ce qu’il entend. Dieu a un cœur pour sauver l’humanité et il veut travailler par vous pour arriver à ses fins[20].
                            Auteur: Pierre-Alain Giffard
                            Les informations qui ont servi à écrire cet article sont tirées du livre de Steve Smith et de Ying Kai: T4T: A Discipleship Re-Revolution (WIGTake Resources, LLC. Kindle Edition 2011) et du site internet « Church Planting Mouvements : Best Practices from Across the Globe » (http://www.churchplantingmovements.com/).


                            [1] Cf. Smith, Steve; Kai Ying (2011-09-21). T4T: A Discipleship Re-Revolution (Kindle Location 436). WIGTake Resources, LLC. Kindle Edition.
                            [2] En 2001, lorsqu’il commença son apostolat avec cette nouvelle méthode, 20 groupes de maison (églises de maison) virent le jour en deux mois; dans les six prochains mois, 327 groupes furent formés et 4 mille personnes furent baptisées. En 2002, 908 groupes de maison furent créés et il y eut 12 000 baptêmes. 2003 vit la création de 3 535 nouveaux groupes et les baptêmes de plus de 53 430 personnes. En 2004, la méthode engendra 9 320 nouveaux groupes et 104 542 personnes se firent baptiser. En 2005, la méthode permit de former 9 307 nouveaux groupes de maison et 90 648 personnes se firent baptiser. Les année qui suivent furent remarquable: 2006 - 121,859 baptêmes et 12,548 églises de maison; 2007 - 153,625 baptêmes et 15,193 églises de maison; 2008-  204,055 baptêmes et 18,194églises de maison; 2009 210,951 baptêmes et 19,921 églises de maison; 2010  313,598 baptêmes et 28,602 églises de maison; 2011  279,231 baptêmes et 24,005 églises de maison; Les 9 premiers mois de 2012 - 206,204 baptêmes et 18,368 églises de maison; TOTAL 1,738,143 baptêmes et 158,993 églises de maison.
                            [3] En anglais : “Trainers for Trainers”.
                            [4] Cf. Steve Smith et Ying Kai, op. cit., Kindle Location 1053-1054.
                            [5] Cf. Ibid., Kindle Location 1290-1292.
                            [6] Le nouveau converti est une personne qui vient tout juste de faire un acte de foi pour accueillir Jésus comme son Sauveur et Seigneur (2Pi 3 :18) après avoir entendu le témoignage et l’annonce du kérygme par un chrétien.
                            [7] Un petit groupe peut contenir seulement deux ou trois personnes.
                            [8] Il arrive parfois que les membres amènent les nouveaux convertis dans leur propre groupe, mais ils sont alors invités et accompagnés pour commencer, dans les semaines qui suivent, un nouveau groupe avec ces nouveaux croyants.
                            [9] La formation peut se donner aussi comme un cours particulier s’il n’y a que deux personnes dans un groupe.
                            [10] Pour des détails sur chacune des parties, voir le livre de Steve Smith et Ying Kai,T4T: A Discipleship Re-Revolution. WIGTake Resources, LLC. Kindle Edition, 2011.
                            [11] La première, deuxième, troisième et quatrième partie forment le premier tiers de la rencontre et durent en tout 40 minutes. La cinquième partie constitue le deuxième tiers et dure aussi 40 minutes. La sixième et septième partie forme le troisième tiers de la rencontre et dure de même 40 minutes. Steve Smith explique que dans le premier tiers (pastoral) le groupe regarde en arrière, dans le deuxième tiers (la leçon), il regarde en haut et dans troisième tiers (la pratique), il regarde en avant.
                            [12] Il est a noté que dans les pays de mission qui utilisent la méthode T4T les nouveaux convertis se font e n général baptiser seulement quelques jours, quelques semaines ou quelques mois après leur premier acte de foi. Il y a donc des baptêmes qui ont lieu lors des formations. Cela ne va pas sans rappeler la pratique baptismale des premiers temps de l’Église relatée dans les Actes des Apôtres (Actes 2:41; 8:6-13; 8:36-38; 9:18-19; 10:47-48).
                            [13] Il est à noter que les personnes qui deviennent des formateurs de formateurs ne sont en général pas celles que nous soupçonnons. Les chrétiens de longue date sont souvent moins efficaces que des nouveaux convertis. Ceci s’explique parce les chrétiens de longue date connaissent moins de personnes éloignées de Dieu et qu’ils sont occupés dans d’autres tâches d’Église. Et puisque seulement un petit pourcentage des personnes évangélisées devient des formateurs, il est important de viser à former le plus de personnes possible afin de trouver le plus de formateurs possible.
                            [14] Cf. Steve Smith et Ying Kai, op. cit., 2307-2313.
                            [15] Cf. Ibid., Kindle Location 2572-2573.
                            [16] Cf. Ibid., Kindle Location 2578-2579.
                            [17] Cf. Ibid., Kindle Location 2922.
                            [18] Cf. Ibid., Kindle Location 1302-1303.
                            [19] C’est-à-dire de l’accueil de Jésus comme Sauveur et Seigneur (l’acte de foi), à l’évangélisation de l’oïkos, à l’enseignement des leçons reçues, à la formation d’un nouveau groupe, et à la formation de nouveaux évangélisateurs pour qu’ils puissent reproduire le même processus.
                            [20] Cf. Steve Smith et Ying Kai, op. cit., Kindle Location 4646.

                            LA CROISSANCE DE L'ÉGLISE