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vendredi 15 janvier 2016

4 disciplines de croissance paroissiale

Par Pierre-Alain Giffard 
La réussite n’est rien de plus que quelques disciplines pratiquées chaque jour disait Jim Rohn, un entrepreneur et coach en développement personnel. Dans notre vie chrétienne et particulièrement notre vie paroissiale, la question émerge: quelles disciplines pratiquer pour réussir la mission que le Christ nous a confiée ? Il y a certes des pratiques personnelles comme le pardon (Luc 6,37) et la charité envers les démunis (Mat 25,40), mais au niveau de notre mission d’évangéliser et de faire des disciples (Mat 28,19), quelles seraient ces disciplines? Dans cet article nous en énumérons quatre.
La prière : Faire des disciples est d’abord une affaire spirituelle. La parole de Dieu dit que c’est Dieu qui assure la croissance (1 Corinthiens 3,7), sans lui nous ne pouvons rien faire (Jean 15,5).  Pour que nos paroisses engendrent de nouveaux chrétiens,  il nous faut d’abord le Lui demander: Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira (Luc 11,9). Des temps et des activités de prières pour cette intention devraient être planifiées et organisées de façons régulières par les responsables de la paroisse.
Le renouveau spirituel : L’Église a commencé à se développer juste après la Pentecôte et le nombre des disciples s’est rapidement multiplié. Cette croissance est due en grande partie à l’action de l’Esprit-Saint qui a été répandu sur les disciples, à leur témoignage de vie et à la puissance qui accompagnait leur prédication. Mais la Pentecôte n’est pas un événement unique, elle se répète chaque fois que des chrétiens se laissent transformer et renouveler spirituellement par une plus grande fréquentation des sacrements, par la lecture assidue de la Parole, par la participation à des Séminaires de la vie dans l’Esprit, par l’adoration eucharistique, par des retraites spirituelles, par l’engagement dans des petits groupes de foi, par la pratique occasionnelle du jeûne et d’autres disciplines spirituelles. Ce renouveau spirituel devrait d’abord être vécu par les responsables paroissiaux (pasteurs, membres des Conseils paroissiaux de pastorale et des Conseils des affaires économiques) et ensuite être proposés aux autres paroissiens.
L’évangélisation : C’est la responsabilité commune des baptisés de communiquer aux autres l’amour de Dieu et de les inviter à suivre le Christ (Canon 211). Mais comment faire ce travail d’évangélisation dans le cadre paroissial ? Heureusement, il existe plusieurs méthodes comme par exemple le programme Alpha, Kékako et les cellules paroissiales d’évangélisation. La mise en place de tels programmes est un des éléments incontournables pour renouveler et faire croître nos paroisses. À nous de les demander à nos pasteurs!
L’expérience du dimanche : Les personnes invitées et les visiteurs occasionnels du dimanche reviendront à l’église et désireront y cheminer si leur expérience dominicale est positive. Cette expérience passe par la qualité de l’accueil, des homélies, par la beauté de la musique et des chants, par le contact avec le divin, par la propreté des lieux, par les services offerts aux enfants pendant la célébration, par les petits groupes de partage de la foi; par la possibilité de s’impliquer dans des activités bénévoles et de créer des liens d’amitiés, etc. Pour renouveler et faire croître leur paroisse, les paroissiens doivent penser en termes d’accueil des personnes nouvelles et viser à leur faire vivre une expérience spirituelle et humaine positive et mémorable. Une telle expérience est aussi à planifier et à organiser par les responsables de la pastorale avec le soutien du Conseil des affaires économiques.
Les quatre disciplines pastorales présentées dans cet article sont issues de paroisses qui ont réussies à se renouveler spirituellement et à grandir. Elles pourront voir le jour dans nos églises si elles deviennent une priorité pour nos pasteurs, pour les membres des Conseils paroissiaux de pastorale et pour les membres des Conseils des affaires économiques.
Il s’agit de passer d’une gestion paroissiale qui répète le statu quo pastoral d’une Église de chrétienté à un leadership qui cherche à faire des disciples (Mat 28,19). Sans ce virage pastoral, nos paroisses continuerons de décliner et d’autres fermeront hélas leur portes … Il est donc temps de remplir notre devoir missionnaire et de s’adapter culturellement et pastoralement en mettant en place des orientations pastorales qui favorisent la croissance, la vitalité et le rayonnement de nos paroisses (Mat 5,16).

vendredi 12 juillet 2013

Vision et croissance de l’Église

Auteur: Pierre-Alain Giffard

Depuis des décennies, la réalité ecclésiale et sociale en Occident n’a cessé de changer : l’Église est passée d’un contexte de chrétienté à un contexte missionnaire.

Pour les Églises locales, cela signifie qu’il est temps de s’engager dans la mission et particulièrement dans la première annonce[1].

Cet effort d’évangélisation demande d’élaborer et de communiquer une vision dans la paroisse qui aura pour avantage de motiver les chrétiens à participer à la mission de faire des disciples.

1. Qu’est-ce qu’une vision ?

Une vision est une image, un rêve réalisable que l’on souhaite vivre dans un avenir rapproché. Elle pointe vers une destination, elle motive et donne du sens. Elle permet à une organisation d’avoir une direction commune et de faire des choix stratégiques et organisationnels. Une vision n’est toutefois pas un plan d’action, ni une série d’objectifs à réaliser.

D'une certaine façon, une vision agit comme un phare qui guide un navire vers le port recherché en indiquant à l'équipage la direction à suivre. Pour être efficace et servir son but, elle doit être inspirée, formulée de manière à engendrer l’espérance et inciter à l’action.

Quand les pasteurs d’une Église ont une vision qui a du sens et qu’ils la communiquent efficacement, les fidèles sont prêts à consacrer plus de leurs énergies, de leur temps, de leurs talents et de leur argent au service du Christ et de son Église. Un sentiment d’appartenance et de motivation les saisi amenant même des instances non-chrétiennes à vouloir collaborer avec l’Église.

2. L’Église : une vocation à la croissance

Avant de monter au ciel, Jésus a dit à son Église naissante : « Allez, de toutes les nations, faites des disciples[2] ». Dans son Évangile il a souvent expliqué l’importance d’aller au-devant de ceux et celles qui ne le connaissent pas ou qui se sont éloignés de lui[3].

L’Église continue la mission de Jésus. L’Église est convocation, convocation de l’humanité au salut. Au niveau local, celle-ci s’implante ou se greffe dans un lieu donné et est appelée à croître. Plusieurs paraboles bibliques présentent d’ailleurs l’Église comme un « organisme » qui se développe[4].

Cette croissance est d’abord l’œuvre de Dieu, l’œuvre de l’Esprit répandu à la Pentecôte. Elle est un signe de l’action de la grâce et la manifestation extérieure d’une croissance intérieure. Elle est aussi l’œuvre de la foi, l’œuvre de chrétiens qui prient et qui adhèrent à la volonté de Dieu de voir son Église se développer.

Dans ce sens, une vision missionnaire devrait d’abord inciter les croyants à désirer ce que Dieu veut (la croissance de l’Église), à se renouveler dans la foi et la charité[5] et à s’engager dans la mission.

Les Église ont à sortir d’une conception pastorale selon laquelle il suffit de « faire comme on a toujours fait ». Il s’agit de devenir inventif et de se consacrer, avec les énergies et les ressources qui restent, à l’annonce missionnaire[6].

L’annonce missionnaire n’est toutefois pas la seule fonction de l’Église. L’Église doit aussi chercher à renouveler ses célébrations, ses efforts pour être plus accueillante et fraternelle, ses formations envers ses membres et son engagement dans le monde afin de devenir toujours plus signe et sacrement de l’amour de Dieu (Luc 10:25-37; 25:31-36).

3. L’énoncé de vision

À la lumière de ce qui a été dit plus haut, il est possible de formuler un exemple d’énoncé de vision :

Être, sous la mouvance de l’Esprit, une Église au cœur du monde qui engendre et forme de nouveaux[7] disciples qui cheminent en Église et s’impliquent dans sa mission.

Certaines priorités pastorales découlent de cette vision :

1) Aider les chrétiens à prendre conscience de leur identité et de leur responsabilité missionnaire[8] : la mission ne concerne pas seulement les membres ordonnés, mais elle est confiée par Dieu lui-même à tous les baptisés (Luc 10:1-12.17-20);

2) Mettre sur pied des activités de prières afin d’implorer Dieu pour le renouvellement spirituel et missionnaire de l’Église;

3) Former les responsables dans l’Église au sujet des facteurs qui favorisent la croissance de l’Église[9];

4) Former les fidèles au témoignage et à l’annonce de l’Évangile;

5) Inventer de nouveaux chemins et de nouvelles activités qui permettront d’inviter les absents à fréquenter hebdomadairement leur communauté chrétienne;

6) mettre sur pied des cellules d’évangélisation dont la mission première est l’annonce missionnaire et la formation de disciples qui osent témoigner de leur foi et l’annoncer sans détour;

7) Organiser un service d’accueil et de suivi des personnes nouvelles;

8) Créer des parcours de discernement des dons et de formation qui permettront d’impliquer les personnes nouvelles dans des pastorales qui visent la réalisation de la vision;

9) Former des leaders laïcs.

4. L’énoncé de mission

Certains préfèreront un énoncé de mission plutôt qu'un énoncé de vision. Celui-ci pourrait se formuler comme suit:

Engendrer et former de nouveaux disciples qui cheminent en Église vers la maturité spirituelle et s’impliquent dans sa mission.

Bien communiqué, cet énoncé de mission devient celui de tous les membres de l'Église. On ne saurait sous-estimer l’importance de cette communication qui permet de centrer les efforts de la communauté chrétienne sur l'essentiel de la mission évangélique.

Pour ne pas rester lettre morte, il faudra donc qu’il soit, comme la vision et les priorités pastorales qui en découlent, communiqué par différents moyens. Il permettra de formuler des objectifs pour l’Église et de déterminer des activités la rendront missionnaire et féconde.

5. Croire à la croissance et la poursuivre

Basé sur l’expérience de communautés chrétiennes en croissance dans le monde, il est possible de croire que des communautés chrétiennes stagnantes ou en décroissance peuvent redevenir fécondes.

De nombreux ouvrages existent aujourd’hui sur la croissance de l’Église[10]. Ces ouvrages expliquent comment faire de la croissance une réalité. Ils expliquent quels sont les facteurs qui contribuent au développement des Églises.
Parmi les facteurs les plus importants il y a :

1. La communication d’une vision et d’une culture missionnaire dans l’Église;
2. La mise en place d’activités de renouvellement spirituel des croyants (réveil);
3. La mise en place d’activités de prière pour intercéder en faveur des efforts d’évangélisation et en faveur des personnes que l’on cherche à rejoindre;
4. La formation des responsables ecclésiaux concernant les facteurs qui contribuent à la croissance de l’Église;
5. La rédaction d’un plan d’action (planification) pour mettre en place des facteurs de croissance ;
6. La mise en place de cellules d’évangélisation;
7. La formation des croyants au témoignage et à l’annonce de l’Évangile;
8. L’accueil et le suivi des personnes évangélisées, notamment par un système d’accompagnement par parrainage/« coaching » afin de les intégrer à la communauté;
9. Des célébrations vivantes avec de la musique contemporaine;
10. Des homélies qui, à partir de la parole de Dieu, aident et éclairent les membres de la communauté chrétienne vis-à-vis des défis spirituels et humains qu’ils rencontrent quotidiennement;
11. La mise en place d’activités de compassion pour répondre aux besoins internes et externes des communautés chrétiennes;
12. L’effusion de l’Esprit et l’exercice des charismes (dons de l’Esprit : 1Cor 14:1-25);
13. Les efforts de formation des laïcs pour qu’ils dirigent et animent des pastorales missionnaires visant la croissance de l’Église;

Mais il y en a d’autres :

1. La consécration des responsables à la mission de faire de nouveaux disciples;
2. La volonté des membres ordonnés et des laïcs de vivre une authentique coresponsabilité;
3. La priorité pastorale donnée au témoignage de la foi et à la première annonce;
4. La mise en place dans l’Église d’une structure organisationnelle qui veille à déployer de façon équilibrée la triple fonction prophétique, sacerdotale et royale du Christ;
5. La mise en place d’un processus de formation de disciples qui fait cheminer les nouveaux convertis vers la maturité spirituelle et l’implication missionnaire;
6. La mise sur pied de célébrations pour personnes en recherche[11];
7. La mise en place d’un réseau de petites communautés de base ou de petits groupes qui répondent aux besoins des croyants (couple, jeunes familles, jeunes adultes, etc.) et du milieu;
8. Les activités de fraternisation qui contribuent au témoignage d’unité et de communion entre les membres des communautés chrétiennes;
9. La recherche de qualité et d’excellence dans les services offerts;
10. Les activités d'évaluation et d'amélioration continue;
11. La cohérence entre le message proclamé et la vie des chrétiens.

Ces facteurs, ou ces orientations pastorales, offrent des pistes et des idées pour réaliser une vision de croissance. Il ne s’agit pas de tout faire en même temps, mais de faire les choses petit à petit en se fixant des priorités et des objectifs réalisables.

6. La vision et l’équipe de direction

Le premier responsable de l’Église et l’équipe de directions devront manifester par différents moyens leur volonté de voir se réaliser la vision. Ils auront à mettre en œuvre différentes modalités de communication pour la transmettre afin que les membres de la communauté chrétienne se l’approprient et y adhèrent. Les membres de l’équipe de direction jouent donc un rôle de communicateurs et de motivateurs. Ils communiquent la vision, partagent les responsabilités et mobilisent les croyants pour que la vision s’actualise dans leur milieu.

7. Conclusion

La mission de l’Église s’inscrit dans la volonté de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1Tm 2:4). Cette mission se réalise concrètement sous différentes formes, toutes complémentaires: première annonce, parcours de croissance dans la foi, prières et célébrations, compassion envers les personnes défavorisées, transformation du monde, fraternité, organisation et planification de la mission, gestion des biens matériels en vue de la mission.

Une vision à caractère missionnaire incitera les responsables d’Églises à choisir des orientations pastorales qui favorisent la croissance ecclésiale. Les communautés chrétiennes ne doivent pas être de simples lieux de distribution de services humanitaires ou religieux, elles devraient être des communautés qui témoignent de leur foi en paroles et en actes, qui invitent au salut, qui engendrent et accueillent des nouveaux chrétiens et enfin qui forment les noueaux afin qu’eux aussi cheminent en Église et s’impliquent dans sa mission.

Mais cette vision ne pourra se réaliser si elle n’est pas suivie d’un plan d'action comprenant des phases de réalisation avec des objectifs, des moyens de mis en œuvre et des méthodes d’évaluation. Ce travail de planification revient à l’équipe dirigeante et devrait commencer à se faire dès le début d’une année pastorale afin de préparer l’année pastorale suivante. À la fin de chaque année pastorale, le travail accompli devrait être évalué afin de constater les progrès accomplis et quel chemin il reste à parcourir.


[1] La première annonce (ou l'annonce missionnaire) vise à faire naître dans le cœur du non-croyant, de l'indifférent ou du membre d'une autre religion, un intérêt pour l'Évangile puis elle l’aide à faire un choix, à accueillir le Christ comme Maître et Seigneur de sa vie. Cette option pour la foi se fait par l'action de l'Esprit Saint et l'annonce du kérygme. La première annonce conduit à la conversion initiale qui est adhésion à Jésus-Christ et désir de marcher à sa suite. Cette « option fondamentale » fonde la vie du disciple.
[2] Matthieu 28:19
[3] Il y a notamment les paraboles de la brebis et de la drachme perdues (Luc 15 et Mat 18).
[4] Dans les Évangiles, on trouve les paraboles du lis des champs (Mat 6:28), de la semence qui croît d'elle-même (Mc 4:27), de la graine de moutarde (Mat 13:32), du semeur (Mat 13:4ss), de l'arbre et de ses fruits (Lc 6:43).
[5] Ce renouveau spirituel peut se faire concrètement par une instance sur la vie de prière et la conversion. Parmi les moyens qui peuvent être pris, il y a : les séminaires dans la vie de l’Esprit, l’adoration, la confession des péchés, la lecture assidue de la Parole de Dieu, le jeûne, etc.
[6] Les termes « annonce missionnaire » et « première annonce » expriment la même réalité.
[7] Le terme « nouveau » a deux sens : le premier étant d’amener des non-chrétiens et des personnes indifférentes à la vie ecclésiale à devenir des disciples et le second étant de faire des chrétiens actuels des disciples renouvelés dans leur foi et dans leur ardeur missionnaire.
[8] Cela peut se faire par des formations et d’autres moyens comme les contacts personnels des responsables avec les fidèles, les prédications et le site Internet de l'Église
[9] Une présentation exhaustive des orientations pastorales permettant de favoriser la croissance de l'Église se trouve dans le livre : La croissance de l'Église : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses (Nouan-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2012), de Pierre-Alain Giffard.
[10] Parmi les livres en français sur le sujet il y a :
Rick Warren, L’Église une passion une vision. La croissance sans compromettre le message et la mission, Varennes, Eternity Publishing House, 2005.
Peter Wagner, Conduire votre Église vers la croissance, Nyon, France, Carrefour, et Rouen, Menor, 1992, 224 p., la traduction de son livre Leading Your Church to Growth, 1984.
Paul Yonggi Cho, Au-delà des chiffres, Miami, Éditions Vida, 1986.
Paul Yonggi Cho, Les cellules de maison et la vie de l’église, Miami, Éditions Vida, 1989.
Christian Schwarz, Le développement de l'Église: Une approche originale et réaliste, Paris, Empreinte Temps Présent, 1996.
Don Giuseppe Macchioni (Don Pigi Perini), Évangéliser en paroisse, l'expérience des cellules paroissiales d'évangélisation, Nouan-le-Fuzelier, Pneumathèque, 1994.
[11] Les célébrations pour personnes en recherche sont conçues pour les personnes qui ne croient pas en Jésus ou qui ne viennent pas (souvent) à l’Église. Leur but est de leur permettre d’accepter Jésus comme Sauveur et Seigneur. Tout y est fait pour enlever les barrières de type culturel qui pourraient empêcher les participants d’accueillir la Salut et de revenir la semaine suivante. Les chants et la musique sont adaptés à la culture de la tranche d'âge ou du groupe particulier que l’on cherche à rejoindre. Si ce sont les jeunes que l’on vise à évangéliser, des instruments de musique contemporains sont utilisés : batterie et guitares électriques font partie des accompagnements musicaux. Les airs sont inspirés de chansons populaires que l'on entend couramment à la radio et les paroles sont adaptées pour la louange.

vendredi 5 juillet 2013

La croissance de l’Église “Crossroads”

Auteur: Pierre-Alain Giffard

De 1987 à 2005, Mark Fuller a été le pasteur de l’Église évangélique Crossroads Church (l’Église Croisée des chemins) qui est passée de 300 membres à plus de 1300 en 18 ans. Sa croissance a été constante et n’a jamais stagné.

Mark Fuller explique ainsi sa croissance[1] :

· un leadership visionnaire;

· une bonne compréhension du combat spirituel (spiritual authority);

· une communauté chrétienne prête à suivre son leader;

· une communauté chrétienne qui accepte de changer et de faire les sacrifices nécessaires et;

· une vision pour les perdus, c'est-à-dire une priorité pastorale pour rejoindre et incorporer au Corps du Christ des personnes qui ne connaissent pas Jésus ou qui ne le suivent pas.

Un jour Mark Fuller posa une question à John Maxwell[2], un expert mondial en leadership : « quelle est la clé pour faire croître une église de 500 membres ? » Ce dernier pointa son doigt vers lui et lui dit : « vous ». Réalisant que pour développer sa communauté chrétienne et il lui fallait aussi permette à Dieu de le faire grandir, il se mit à genoux, pria et médita la Bible. C’est alors qu’un passage du livre de l'Exode le toucha profondément, celui dans lequel Jéthro donne des conseils à Moïse (Exode 18,13-27).

En relisant ces versets, il comprit à quel point le ministère de Moïse était prophétique et cela l’encouragea à mettre plus d’emphase sur son propre ministère de prédication. Il remarqua aussi combien Moïse était visionnaire: il allait donc adopter un style de leadership visionnaire en passant désormais une bonne partie de son temps à communiquer une vision pour son Église. Finalement, il lut comment Moïse délégua l’œuvre de son ministère. Il décida donc de passer aussi une grande partie de son temps à former des leaders.

Ces trois éléments sont devenus les piliers de sa vie et de son ministère : prêcher, projeter une vision et développer des leaders. Il lui fallut plusieurs années pour les intégrer dans son pastorat, mais aujourd'hui il y consacre 95 pour cent de son temps. Ce fut à la fois difficile et libérateur, mais il considère que John Maxwell avait bien raison de dire qu’une communauté chrétienne ne peut pas grandir si le pasteur ne grandit pas lui-même.

Au cours de ses 18 années à la tête de l’Église Crossroads, Mark Fuller, il vit beaucoup de nouveautés dans la manière dont les Églises s’organisent et célèbrent, y compris l’émergence des petits groupes (cellules d’évangélisation et autres petites communautés de base). Pour lui, un des changements les plus importants et les plus bénéfiques pour son Église fut au niveau de la gouvernance.

Pour assurer la croissance, il fit passer sa communauté d’une Église dirigée par un conseil de bénévoles à une Église dirigée par du personnel professionnel rémunéré. Cette transition ne fut pas facile, mais Mark Fuller estime qu’il ne faut pas chercher à engager des personnes simplement pour remplir des fonctions pastorales; il faut plutôt chercher à engager des personnes qui ont un réel sens du leadership. Si on met en place les bonnes personnes, explique-t-il, alors le reste suit : la vision, la direction et les activités pastorales (programmes) pertinentes. Pour qu’une Église dépasse les 500 membres, il est, d’après lui, nécessaire de faire cette transition[3].

Un autre changement important qu’il opéra fut d’adopter un style de musique contemporaine pour les célébrations. Comme dans la plupart des communautés chrétiennes qui font ce choix, cela engendra des tensions, mais il eut la sagesse d’introduire ces changements en douceur. Cela fait partie, dit-il, des talents d’un leader : savoir quand mette un peu de pression pour faire avancer les choses et savoir quand donner du mou pour insister ailleurs. Mark Fuller souhaite que le style de musique de son Église soit en constante mouvance, car si celui-ci se fige, estime-t-il, il est très difficile de changer par la suite.

Pour ce pasteur, la louange et l’adoration ne sont pas tant une question de style qu’une question de cœur. Il s’agit avant tout de créer une atmosphère qui permette aux personnes présentes de communier avec Dieu et d’être réceptifs à la parole de Dieu. Les animateurs et les musiciens ne sont pas des vedettes, mais des signes qui pointent vers Dieu[4].

Dans son Église, ce sont les célébrations des weekends, et non pas les grands événements extérieurs, qui constituent les portes d’entrée, qui attirent des nouvelles personnes. Les gens viennent à l'Église parce que leur cœur est vide; ils ont des problèmes financiers, de couple ou avec leurs enfants, et tout ceci provoque une faim de Dieu.

Mark Fuller est convaincu que pour faire croitre une Église, il faut s’occuper en priorité des personnes qui ne sont pas là ainsi que des personnes qui ne viennent pas régulièrement aux célébrations afin de les rejoindre et de les incorporer à la communauté chrétienne[5]. Tout ce que l'Église fait, elle devait le faire pour amener au Christ les personnes qui ne le connaissent pas. Il n’a toutefois pas de public cible : une génération, un groupe d'âge ou une culture particulière. Il fait tout pour créer, durant les célébrations, une atmosphère  qui permette aux personnes qui ont soif de Dieu de le rencontrer personnellement.

Son style de prédication est « conversationnel ». Il prêche, en s’imaginant assis autour d'un café avec l’auditoire et vise à répondre aux questions que des non-chrétiens peuvent se poser face à la Parole annoncée. L’auditoire est toujours libre de réagir et de répondre à son message.

Mark Fuller est enfin un fervent partisan des petits groupes. Il y en a trois sortes dans son Église: des petits groupes d’évangélisation, des groupes qui se réunissent autour d’une pastorale (ministère) particulière et des groupes d’enseignements. Ils sont tous de différentes tailles et appelés des groupes de connexion. La moitié des membres de son Église actuelle en font partie. Leur point commun? Vivre la sollicitude fraternelle, l’apprentissage et le service[6].


[1] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.143-144.

[2] John Maxwell est depuis plus de vingt ans un leader et un communicateur efficace et passionné. Il est le fondateur d'INJOY, une organisation qui se consacre à aider les gens à développer leur potentiel personnel et leur potentiel de leadership. Il est l'auteur de « Les 21 lois irréfutables du leadership », « les 17 lois infaillibles du travail en équipe » et « Devenez ce que vous devriez être », entre autres. (Source : goo.gl/LBwLw).

[3] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.144-145.

[4] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.145-146.

[5] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.146-147.

[6] Cf. Nees, Tom. Best Practices of Growing Churches: Profiles and Conversations with Ministry Leaders. Kansas City: Beacon Hill Press, 2006, p.148.

mardi 20 novembre 2012

La croissance de l’église et le travail en équipe

En tant que responsables en Église, la tentation est grande de vouloir tout faire soi-même. Cela peut remplir ses journées et donner l’impression que l’on fait de son mieux pour accomplir la volonté de Dieu. Le pasteur David Yonggi Cho, en Corée du Sud, en est un bon exemple. Animé d’un fort désir missionnaire, il commença une Église à partir d’un petit groupe de chrétien et réussit à multiplier leur nombre jusqu’à 800 000. Au début, il faisait tout lui-même… il était partout et rien ne se faisait sans lui. Mais avec le temps, il finit par appeler cette attitude, cette façon de faire, la clé du désastre. En effet, à force de vouloir tout faire, il tomba gravement malade et s’épuisa. Il fit ce qu’on appelle communément un burnout, c’est-à-dire un épuisement professionnel. Il mit dix ans à s’en remettre.

Dans les souffrances de sa fatigue et le désir de continuer à développer son Église, il en arriva à déléguer la tâche de l’annonce missionnaire aux laïcs. Il changea radicalement sa façon de faire en prenant le temps de former des responsables et en leur confiant des responsabilités. C’est en grande partie grâce à ce travail d’équipe, à cette collaboration avec les laïcs, que sa communauté chrétienne se développa de façon exponentielle.

Mais le travail d’équipe n’est pas simple. Il peut être source d’unité et d’épanouissement ou source de division et de souffrance. Voici quelques pistes afin que celui-ci contribue tant à la croissance de l’Église qu’à la croissance des membres.

1. Laisser les membres de l’équipe prendre part au processus de planification

Les responsables devraient définir les objectifs avec les autres membres de l’équipe et ne pas leur imposer des moyens pour les atteindre. En effet, les membres d’une équipe pastorale débordent souvent de créativité et d’idées qui peuvent considérablement enrichir un projet ou un événement. Comme Pierre et Jean qui coururent tous les deux ensemble (Jn 20:4) vers le tombeau vide, les membres d’une équipe devraient se former et travailler ensemble pour saisir une vision nouvelle et des moyens nouveaux pour réaliser leurs projets.

2. Donner suffisamment d’autonomie

Le rôle des responsables d’équipe est surtout de rappeler la mission et la vision de l’équipe ainsi que les objectifs définis. Ils devraient ensuite, autant que possible, laisser les membres atteindre ces objectifs par eux-mêmes, selon leur expérience propre et leurs compétences particulières. Donner suffisamment d’autonomie aux membres pour atteindre les objectifs fixés leur permet de travailler en fonction de leurs dons, de leurs inspirations et de trouver joie et épanouissement dans leur travail à cause de la confiance qui leur est accordée. Comme l’explique saint Paul dans l’épître aux Romains (12:5), nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ, mais nous sommes pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée.

3. Assurer un suivi

Ceci est important, les membres de l’équipe ne sauront pas s’ils sont sur le bon chemin à moins que cela leur soit dit clairement par l’ensemble du groupe. Il est donc nécessaire de réunir l’équipe à intervalles réguliers afin de discuter des progrès accomplis. Les membres peuvent ainsi recevoir des suggestions d’améliorations de la part des autres membres de l’équipe.

4. Encourager les membres

Chaque membre de l’équipe a droit à une reconnaissance sincère, personnelle et publique de la part du responsable. Une fois l’évaluation achevée, tout n’est généralement pas parfait, mais il faut avant tout relever ce qui a été fait de bien afin d’encourager et d’enhardir les membres pour leurs futures implications. Encouragez-vous mutuellement chaque jour, nous exhorte saint Paul (He 3:13)! Mettre trop d’emphase sur les points négatifs peut facilement blesser et décourager les membres dans leur engagement généreux à la suite du Christ.

Conclusion

Le travail en équipe peut réellement être une source d’unité et de fraternité lorsque le responsable aide à bâtir une vision commune, fait confiance, accompagne, motive et laisse chaque membre agir selon ses dons et ses inspirations. Une telle culture d’équipe relève de la maturité spirituelle et démontre le respect que l’on doit à chaque membre du Corps du Christ, appelé à sa manière à participer à la mission de l’Église.

Auteur : Pierre-Alain Giffard

 

NOTE: Certaines idées présentées sont inspirées de l’article « Secrets to Developing a Productive Team » de Juan Cruz.

http://www.churchleaders.com/pastors/pastor-articles/162984-secrets-to-developing-productive-team.html

vendredi 2 novembre 2012

Dix obstacles courants à la croissance

Auteur: Rick Warren

(Note sur la traduction[1])

J’ai étudié la croissance de l’Église pendant presque 30 ans et j’ai constaté qu’il y a dix obstacles qui empêchent de bâtir une Église vibrante et en santé.

1. Ne pas amener ses amis à l’Église.

En tant que pasteurs on prie, on demande, on insiste, on motive, on souligne auprès des membres l’importance d’amener leurs amis à l’Église, pourtant ils ne le font pas plus. Pourquoi? La vérité, souvent, c’est que les membres ne sont pas à l’aise. Intuitivement, ils savent que les célébrations ne sont pas conçues pour les non-croyants, pour les personnes en recherche et pour leurs collègues de travail. Ils se disent : « Les célébrations de mon Église me rejoignent (répondent à mes attentes), mais elles ne rejoindront pas mes voisins, et c’est pourquoi je ne leur proposerai pas de venir ». L’antidote est d’offrir, au moins une fois par semaine, un service religieux (une célébration) conçu en ayant en tête les amis qui ne vont pas à l’Église (les sans-Églises).

2. Craindre que la croissance détruise la fraternité.

Bien que vos membres ne le disent pas, certains s’opposent à la croissance parce qu’ils craignent de ne plus connaitre personne lorsque l’assemblée grandira. Alors, ils se disent : « J’aime la situation actuelle, je connais tout le monde, j’ai peur de devenir un simple numéro si l’on grandit. » L’antidote à cette peur est de créer pour votre communauté chrétienne des petits groupes dont les membres se réunissent par affinité. À Saddleback, nous disons ceci: nous devons construire notre communauté à la fois plus grande et plus petite.

3. Ne pas se défaire des façons de faire habituelles (traditionnelles)

Les façons de faire habituelles naissent de la réussite. Quelque chose devient une tradition parce qu’au départ elle fonctionne. Et parce qu’elle fonctionne, on la répète encore et encore. Malheureusement, ces façons de faire finissent par devenir, un carcan, une norme à suivre. Il y a deux dangers dans ce genre de « traditionalisme ». Le premier est de sacraliser des méthodes et le deuxième est d’oublier pourquoi nous faisons ce que nous faisons. L’antidote : se laisser guider par sa mission (become pruprose driven)[2]. La mission ne change jamais, elle est éternelle. Mais votre méthodologie devrait être en changements continuels. Je suggère qu’au moins une fois par année, vous posiez un regard sur chacune de vos activités pastorales et fassiez trois choses:

1. La confirmer – oui, ça fonctionne toujours;

2. La raffiner– on a besoin de l’améliorer pour qu’elle soit plus efficace;

3. La remplacer – pour relever les défis du futur, vous ne pouvez pas utiliser, dans le temps présent, les outils du passé.

4. Essayer de plaire à tout le monde.

Vous ne pouvez pas plaire à tout le monde. Cela ne fonctionne tout simplement pas. Si une station de radio dans votre région devait jouer du Bach, suivi des Beatles puis d’airs de Polka, pensez-vous que cela plairait à tout le monde ou que cela ne plairait à personne? Les stations de radio visent certains auditeurs (elles se spécialisent) parce qu’elles comprennent qu’il y a différents auditoires qui aiment différents styles de musique. Je ne parle pas de changer l’Évangile, mais de définir votre “cible” (c’est l’antidote à cet obstacle); puis faites tout ce que vous pouvez pour atteindre votre cible.

5. Fonctionner par des programmes plutôt que par un processus de croissance.

Avoir beaucoup de différents programmes dans une Église peut impressionner, mais à moins d’avoir un plan précis pour aider vos membres à croître spirituellement, ceux-ci peuvent tout simplement finir par assister à beaucoup de formations. J’ai la conviction que cela explique pourquoi certains membres, bien que cheminant dans l’Église depuis des années, ne semblent produire que peu de fruits.

L’antidote est d’utiliser un processus de croissance spirituelle similaire à celui que nous utilisons à Saddleback. Nous prenons l’image d’un jeu de baseball pour illustrer le chemin qui permet à nos des membres de grandir dans la foi. Nous les encourageons à franchir une base après l’autre afin d’atteindre une plus grande maturité spirituelle. Vous n’avez pas à utiliser le modèle de Saddleback, mais il a fait ses preuves et a très bien fonctionné depuis vingt ans.

6. Donner de l’importance aux chiffres plutôt qu’aux ministères

À mon avis, vous faites une erreur sur vous jugez votre réussite à la quantité de personnes qui viennent à vos célébrations. Si la seule chose qui compte pour vous est le nombre de membres, vous être une Église centrée sur les rassemblements. Oui la présence aux célébrations est une des différentes mesures d’évaluation de la mission, mais elle ne devrait JAMAIS être la seule. D'abord, accorder beaucoup d’importance au nombre de personnes a tendance à produire des spectateurs passifs qui n’ont que peu de temps pour s’impliquer. L’antidote : Transformer tous vos membres en ministres. Nous n’avons pas besoin de plus de réunions, nous avons besoin de répondre à plus de besoins!

7. Prêcher sans l’appliquer à la vie

Annoncer la Parole de Dieu sans l’appliquer à la vie informe plus que cela ne transforme. L’antidote est ce que j’appelle la prédication comportementale. C’est une annonce qui insiste sur l’obéissance. La Bible nous dit de mettre en pratique la parole de Dieu, pas seulement de l’écouter. Le but de toutes les prédications du dimanche, des études bibliques en petits groupes et de toutes les sessions des écoles du dimanche devrait être d’inciter les chrétiens à s'impliquer dans un ministère – que faisons-nous avec ce que nous avons entendu.

8. Ne pas faire confiance à vos responsables

Si vous ne faites pas confiances à vos leaders, alors vous n’accomplirez pas grand-chose. Vous devez bâtir votre crédibilité et vous devez mériter le droit de diriger. L’antidote à cette barrière est le leadership authentique. Ceci veut dire un leadership humble, vulnérable, déterminé, qui est prêt à risquer l’échec et qui croit que Dieu va accomplir de grandes choses.

9. Le légalisme

Le légalisme étouffe la croissance et nuit à la santé de beaucoup d’Églises. Beaucoup d’entre elles semblent plus intéressées à conserver des règles plutôt qu’à gagner des personnes au Christ. Ceci compromet forcément la croissance.

L’antidote à cette barrière est un climat d’acceptation qui part de là ou les personnes sont [plutôt que] là vous voulez qu’elles soient. En les prenant là où elles en sont, vous pouvez éventuellement les amener là ou elles ont besoin d’être.

10. Être structuré pour le contrôle plutôt que pour la croissance

Beaucoup d’Église aujourd’hui ont trop de programmes et trop de structures qui les étranglent et les font mourir. L’antidote est de conserver une structure simple flexible et capable de relever tous les défis que le futur nous réserve.

Traduit et publié avec autorisation (texte original)


[1] Le texte original est en anglais. Cette traduction est de l’auteur de ce site. Elle vise une bonne compréhension du texte plutôt qu’une transposition mot à mot.

[2] L’expression “purpose driven” ne se traduit pas très bien en français. La signification du mot « purpose » se situe quelque part entre les mots but, sens et mission.

vendredi 2 avril 2010

Projet de petites communautés consacrées à la croissance


Auteur: Pierre-Alain Giffard

La croissance d’une église commence souvent par une petite communauté de croyants dédiés à l’évangélisation des sans-églises. Nous présentons ici un exemple de projet pour ce type de petites communautés.


1. DESCRIPTION DU PROJET

a) Nature et but
Le projet de ces petites communautés est de nature missionnaire. Il vise à instaurer progressivement, dans un lieu donné, de nouvelles communautés fraternelles et missionnaires qui ont pour vocation l’évangélisation des sans-églises, la formation de disciples et la mise sur pied d’activités qui répondent aux besoins du milieu.

b) Vision
La vision d’un tel projet est la multiplication de communautés de foi structurées pour impliquer les laïcs dans la mission et pour témoigner de l’amour de Dieu. Elles peuvent constituer, dans la mesure de leur développement, la base de nouvelles communautés paroissiales.

c) Culture
Les mots clefs qui résument la culture de ce projet sont les suivants : Mission – formation – compassion – maturité spirituelle – multiplication. La diffusion de ces valeurs doit faire partie d’un processus continue au sein des petites communautés afin d’y développer une culture missionnaire et une synergie d’engagement.

d) Originalité du projet
L’originalité de ces communautés vient du fait qu’elles font de l’évangélisation auprès des sans-églises une priorité et qu’il leur est proposé aux nouveaux convertis une série de parcours qui les conduits par étapes sur la voie de la maturité spirituelle. Ils seront aussi formés progressivement pour pouvoir utiliser leurs dons dans des activités missionnaires de l’église.

2. DÉMARRAGE DU PROJET ET CONTENU DES PARCOURS

Dans une première étape, un petit groupe de chrétien, doté d'un esprit missionnaire est formé à la vision de ces petites communautés et aux méthodes d’évangélisation des sans-églises (voir l’article Aider les membres de son église à évangéliser de personne à personne).

Les personnes qu’il évangélise sont invitées dans un premier parcours. Le premier parcours consiste en une (petite) série d'enseignements dans lequel est proclamé le kérygme; à savoir 1) L'amour de Dieu; 2) Les conséquences du péché; 3) Le salut en Jésus-Christ, mort et ressuscité; 4) L'appel à la conversion et au baptême; 5) L'accueil du Saint Esprit; 6) Le cheminement en église.

Le but de ce premier parcours est de faire faire un acte de foi aux personnes présentes. Il y est aussi proposé une discipline de base pour croître spirituellement (lecture quotidienne de la Bible, prières, association avec d'autres chrétiens, persévérance dans les parcours de formation proposés par la communauté). Il peut aussi être demandé aux membres de participer en groupe à des activités de renouvellement spirituel ainsi qu’à des activités pour aider les démunis et les malades. Ce parcours incitera aussi les participants à recevoir le baptême et/ou d'autres sacrements selon les pratiques particulières des églises.

Le deuxième parcours présente différentes approches d'évangélisation des sans-églises. Les participants peuvent être appelées à témoigner de leur conversion dans des activités du premier parcours. À la fin de ce deuxième parcours, ils s'engagent à évangéliser et à mieux témoigner du Christ par toute leur vie.

Le troisième parcours permet aux participants d’approfondir leur foi car ils y reçoivent un enseignement plus systématique et approfondi des différents aspects de leur foi. Pour les églises à caractère charismatique, il peut y avoir un enseignement sur les dons spirituels.

Le quatrième parcours vise à aider les participants à découvrir leurs dons, leurs intérêts et leurs disponibilités afin de pouvoir éventuellement s'engager dans une des activités de l'église à laquelle est reliée la petite communauté missionnaire. À la fin de ce parcours, il est proposé aux membres de s'engager pour un an dans une ou l’autre des activités de l’église.

Le cinquième parcours est plus pratique que théorique car les personnes s’impliquent dans une des activités missionnaires.  Ils y sont  formés dans l’action.  Son but est de faire faire l’expérience de Dieu dans l’engagement, de porter du fruit et d’évangéliser à travers une des activités de l’église.

Le sixième parcours vise à former au leadership des personnes qui semblent en avoir l'aptitude. Le contenu de ce parcours peut être à la fois théorique et pratique. Ceux qui l'on suivi avec succès peuvent s'engager durant un an comme leaders dans une des activités de l’église.

Le cheminement proposé aux nouveaux convertis comprend donc plusieurs parcours en séquence qui contribuent à la maturité spirituelle. La progression des parcours est présentée ci-dessous.

Toutes les activités de l’église devraient avoir un but  missionnaire, c'est-à-dire que ceux et celles qui les réalisent devraient viser à évangéliser et à faire croître l'église à travers leur engagement particulier. Si par exemple des personnes se sont engagées à servir Dieu dans le ministère de la musique ou de la chorale, celles-ci devraient essayer de toucher les cœurs et d'amener au salut les personnes qui les écoutent. Il en est de même pour celles qui pourraient s’occuper de l’accueil, de l’aide auprès des pauvres, etc.

La personne qui démarre le processus de formation devra être capable d’animer et de coordonner l’ensemble des parcours. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’elle pourra déléguer à d’autres l’animation des parcours après avoir découvert et formé des leaders/animateurs.

3. AUTRES ACTIVITÉS À METTRE EN PLACE


Outre les parcours de croissance les petites communautés mettront en place d’autres activités. Nous en décrivons ci-dessous quelques-unes :

· Formation et suivi des responsables.
· Activités de renouvellement et de croissance spirituelles des membres (prières, célébrations, adoration, retraites, etc.).
· Activités d’évangélisation.
· Activité de fraternisation.
· Accueil et suivi des nouveaux.
· Célébrations pour personnes en recherche.
· Parrainage / « coaching ».
· Activité de découverte des aspirations et des besoins du milieu.
· Catéchèses pour enfants.
· Rencontres en petits groupes (églises domestiques/églises de maison).
· Activités pour connaître les besoins et les aspirations du milieu (interne et externe).
· Activités de compassion pour répondre aux besoins de la communauté.
· Activités de compassion pour répondre aux besoins du milieu.
· Réalisation d’un site Internet de qualité.
· Activités d'évaluation et d'amélioration continue.

4. OREINTATIONS PASTORALE ET MISSIONNAIRES PARTICULIÈRES

Afin de favoriser leur développement les communautés adopteront certaines orientations pastorales et missionnaires :

· Constituer un réseau d'intercesseurs pour soutenir le projet.
· Rédiger un énoncé de mission clair et mémorisable qui fasse ressortir la vocation à l'évangélisation et à la croissance de la communauté.
· Choisir les activités en fonction de l’énoncé de mission.
· Communiquer la conviction que Dieu souhaite non seulement la croissance des membres (leur maturité spirituelle) mais aussi la croissance visible des communautés.
· Planifier, fixer des objectifs mesurables, suivre les progrès accomplis, évaluer et ajuster.
· Tenir compte des capacités et des disponibilités de chacun avant de lancer des activités.
· Approfondir la connaissance du milieu pour adapter les services aux besoins et aux aspirations des personnes qui s'y trouvent.
· Créer des célébrations vivantes et de qualité qui adaptent le style de louange aux différents groupes que l’on cherche à rejoindre et à interpeller.
· Mettre l’emphase sur l’accueil du Saint-Esprit et la pratique des dons spirituels (charismes).
· Créer des petits groupes par affinités spirituelles ou missionnaires.
· Garder l’équilibre entre les différentes fonctions de l’église : évangélisation, fraternisation, célébration, formation de disciples, engagement social.
· Concentrer ses efforts d’évangélisation sur les groupes les plus réceptifs.
· Fonctionner par petits groupes de maison.
· Utiliser un vocabulaire compréhensible par tous.
· Continuer à rechercher et à enseigner les facteurs qui favorisent la croissance des églises.
· Se donner des points de repère (mesurables) pour une culture de croissance équilibrée et saine.

5. PRÉVOIR CERTAINS RISQUES

La prévision des risques vise à mieux faire ressortir certains écueils possibles associés à un projet afin d’éviter certaines difficultés en cours de route. Dans le développement d’un projet, comme dans toute entreprise, certains risques peuvent particulièrement être associés à la recherche d’efficacité. Ainsi, dans la gestion et l’animation du projet des petites communautés missionnaires, il faudra veiller à ce que les membres ne soient jamais considérés comme de simples « outils » au service de la croissance mais bien comme des personnes. Certes, le souci de la croissance n’est pas mauvais en soi, au contraire, mais à celui-ci doit s’ajouter ceux de l'équilibre et de la santé.

Le développement du projet sera équilibré si l’on prend soin de mettre en œuvre les différentes fonctions de l’église (évangélisation, mais aussi célébration, fraternité, charité, formation des membres et des responsables et développement des ministères laïcs).

Le développement sera sain si les responsables sont en premier lieu au service des personnes plutôt qu’au service de la croissance organisationnelle proprement dite. Les responsables et les personnes impliquées dans les activités des communautés  missionnaires auront aussi à veiller à ne pas négliger leur santé ou leur vie familiale. Il leur faudra enfin s’assurer que la formation proposé dans les communautés amène bien les membres à une santé intégrale : spirituelle, psychologique et physique.


6. PLAN DE DEVELOPPEMENT


Cette dernière partie présente une ébauche de plan d'action pour le démarrage des petites communautés missionnaires. La partie des tâches sera complétée au fur et à mesure avec l’aide de l’équipe de démarrage.

Étapes Objectifs Tâches
1. Trouver des chrétiens qui feront partie d’une équipe de démarrage · Présenter le projet des petites communautés dans son ou ses églises locales et demander s’il y a des personnes intéressées à participer à une équipe de démarrage. Prendre leurs noms et leurs numéros de téléphone.
· Choisir parmi les personnes intéressées celles qui feront partie de cette première équipe
2. Présenter plus en détail la vision du projet · Réunir l’équipe de démarrage et lui présenter le projet en détail et recevoir des commentaires.
· Ajuster le projet et le plan d’action
· Commencé à définir les tâches avec l’équipe de pilotage pour, petit à petit réaliser les objectifs.
3. Faire participer l’équipe de démarrage à des activités de renouvellement spirituel (Séminaire dans l’Esprit, prières d’intercessions et de confessions, etc.)
4. Constituer un réseau d’intercesseurs
5. Constituer un premier site web sommaire permettant de diffuser les progrès du projet et de mieux communiquer avec l’équipe de démarrage
6. Concevoir et rédiger un énoncé de mission mémorisable pour l’ensemble des petites communautés
7. Former des membres de la première communauté à l’évangélisation des sans-églises
8. Préparer le lancement officiel du projet · Choix d’un nom peut-être différent pour le projet
· Logo
· Plaquette (ou dépliant) de présentation
· Affichettes
· Publications d’articles
· Réalisation d'une vidéo pour présenter le projet
9. Lancer le projet
10. Commencer les efforts d’évangélisation auprès des sans-églises
11. Insérer les personnes évangélisées dans les parcours dans les communautés · Création de célébrations pour personnes en recherche
12. Étudier continuellement le milieu · Tâcher de discerner les besoins et la réceptivité des sans-églises.
· Définir un groupe cible.
· Faire un sondage auprès des personnes du milieu notamment pour découvrir leurs objections face à la pratique religieuse.
13. Choisir des critères et des mesures pour évaluer les activités
14. Choisir de critères pour mesurer la maturité spirituelle des membres des communautés missionnaires
15. Multiplier les communautés
16. Évaluer les progrès accomplis
17. Ajuster les activités selon les résultats de l’évaluation

ANNEXE : Orientations pastorales qui favorisent la croissance des communautés chrétiennes


1. Faire de la première annonce (l’évangélisation des sans-églises) la priorité pastorale;
2. Favoriser le renouveau spirituel des membres;
3. Former et impliquer les laïcs;
4. Formuler et communiquer une vision;
5. Définir des objectifs mesurables;
6. Planifier;
7. Acquérir une bonne connaissance du milieu;
8. Former des leaders laïcs;
9. Tâcher de répondre aux besoins du milieu;
10. Mettre sur pied une structure de petits groupes;
11. Impliquer les membres selon leurs dons et leurs talents;
12. Mobiliser et former l’ensemble des membres de l’église pour évangéliser;
13. Inviter les chrétiens à témoigner auprès de leurs proches;
14. Concentrer ses efforts sur les personnes réceptives;
15. Concevoir des célébrations dynamiques avec un style de musique contemporain;
16. Mettre sur pied des célébrations ou des groupes d’accueil pour les personnes en recherche;
17. Augmenter la capacité d’accueil et de parrainage des membres de l’église;
18. Augmenter l’enthousiasme et la ferveur des membres;
19. Adapter les structures matérielles de l’église à la mission;
20. Rechercher de façon continue ce qui contribue à la croissance des églises et former les responsables.

lundi 12 octobre 2009

La croissance de l’Église du pasteur David Yonggi Cho

La croissance de l’Église Yoido Full Gospel Church et l’histoire de son pasteur coréen David Yonggi Cho sont tout à fait uniques et remarquables à bien des égards.

David Yonggi Cho commença son ministère d’évangélisation en rassemblant quelques personnes dans la maison de sa belle-mère. Ce petit groupe de chrétiens se multiplia si vite qu’il dû rapidement faire construire une première église (Seo-Dae-Mun). Et en seulement trois ans, celle-ci passa de cinq cents à deux mille six cents membres.

Peu de temps après, cherchant à tout faire lui-même, le pasteur s’épuisa et tomba gravement malade. Souhaitant malgré tout voir son Église continuer à se développer, il conçu une structure ecclésiale par groupes de maison qu’il appela cellules de maison. Ces cellules sont animées par des laïcs et tous les membres de l’Église sont appelés à y participer. Grâce à elles, les membres se sont multipliés et il lui fallut construire une nouvelle église qui fut nommée Yoido Full Gospel Church. Quarante ans plus tard, elle comptait huit cent mille membres.

Les cellules de maison sont des rassemblements de six à douze personnes qui se retrouvent une fois par semaine chez l’un des membres de l’Église. La mission de ceux qui y participent est d’évangéliser leur quartier. Les cellules n’existent pas pour elles-mêmes, mais spécifiquement pour annoncer l’Évangile, pour aller vers les autres. Elles fournissent un endroit où amener amis et voisins pour les conduire à Jésus-Christ. Un des passages bibliques qui parle de cette structure ecclésiale se trouve dans les Actes des Apôtres: Jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés (Actes 2:46-47). Les premiers chrétiens avaient donc deux sortes de convocations ecclésiales; celles qui se déroulaient dans le temple et celles qui se déroulaient dans les foyers.

Pour accomplir leur mission de partager la Bonne Nouvelle les membres des cellules ne font pas de porte à porte : l’évangélisation par le porte à porte s’avère frustrante pour les chrétiens, parce que les résultats sont maigres[1] explique David Yonggi Cho. Le pasteur fixe des objectifs de croissance pour chacune des cellules et pour chaque district composé de plusieurs cellules. Les animateurs de cellules invitent les participants à être attentifs aux besoins des personnes de leur milieu. Tout ce qu’il y a à faire pour les membres des cellules, c’est de découvrir ces besoins, de rendre service pour y répondre, d'aimer les gens et de les aider, et très vite la cellule grandira. Les chrétiens de cette Église font donc des efforts importants pour créer des liens avec les personnes de leur entourage et les invitent ensuite dans les groupes de maison : lorsque les gens voient ce qui se passe dans nos cellules de maison, lorsqu’ils voient comment les croyants manifestent leur amour envers autrui, ils sont attirés vers ces cellules[2].

Une rencontre de cellule commence avec des prières et des chants, suivis d’une prière faite par une ou plusieurs personnes désignées, puis il y a une prédication de la Parole de Dieu en utilisant les notes du pasteur, et enfin une offrande (quête). La rencontre s’achève par des témoignages, la prière pour les malades et pour le baptême du Saint Esprit et une prière de clôture[3]. Un secrétaire est désigné ainsi qu’un trésorier pour chaque cellule. Au moment de la collecte hebdomadaire, le secrétaire a la responsabilité de compter la somme reçue et de tenir un registre. Le trésorier du groupe garde l’argent et le remet le dimanche suivant à la personne responsable.

Les cellules fonctionnent avec les laïcs. Moyennant une formation, ceux-ci, d’après le pasteur Cho, sont la ressource la plus efficace pour annoncer l’Évangile. Les responsables peuvent aussi mieux pourvoir aux besoins des membres de la communauté chrétienne. Au fur et à mesure que les cellules grandissent, les groupes sont divisés afin qu’il n’y ait pas plus de quinze familles par cellule. Les personnes sont rassemblées par groupes homogènes : jeunes avec jeunes, professions libérales avec professions libérales, étudiants avec étudiants, etc., plutôt que par répartition géographique.

Un élément essentiel : monsieur Cho précise que l’évangélisation des non-chrétiens doit être le but principal de l'Église et des cellules. Si les membres se rassemblent sans avoir comme premier objectif l’annonce de l’Évangile, les cellules n’engendreront pas de croissance. Le danger encouru est qu’elles ne visent qu’à la satisfaction des membres[4]. Une cellule de maison n’est pas une organisation charitable, bien qu’elle puisse accomplir des œuvres de charité. Une cellule de maison n’est pas non plus une veillée de prière[5]. Une cellule de maison a pour mission l’évangélisation des non-chrétiens, et est appelée à croître puis à se scinder en deux lorsqu’il y a eu une croissance suffisante.

C’est un passage du live de l’Exode, au chapitre 18, qui inspira au pasteur de déléguer ses fonctions à des membres non ordonnés : (...) Jéthro vit que c’était trop pour Moïse et il lui montra comment déléguer son autorité afin qu’il ne s’épuise plus à essayer de satisfaire les besoins de tous les gens dont il avait la charge[6]. Il a appris à déléguer ses responsabilités et son autorité en nommant des responsables de cellules. La délégation est, d’après lui, une clé indispensable pour réussir l’évangélisation. Le rôle principal du pasteur devient celui de former les responsables de cellules et de les motiver : Je motive et offre sans cesse ma reconnaissance aux responsables de cellules explique-t-il. Il insiste sur le fait que si on manifeste de la reconnaissance aux autres, qu’on les encourage, qu’on les aime d’un amour sincère, ils se sentiront motivés pour accomplir de grandes choses: (…) toute organisation, quel que soit son raffinement, ne fonctionnera pas correctement si les gens qui la composent ne sont pas correctement motivés pour accomplir le travail[7].

Le pasteur Cho nomme principalement les femmes comme responsables de cellule car, en Corée, nombreuses sont celles qui restent encore au foyer et sont ainsi plus disponibles pour remplir cette tâche. Chaque mercredi, il réunit tous les responsables des cellules leur distribue ses notes qu'il commente pour indiquer ce qui doit être enseigné. Il a lui-même établi le programme pour les réunions de maisons et deux fois par an, il anime un séminaire de formation.

Le pasteur doit être la personne responsable du projet d’évangélisation par cellules de maison dit-il. Il doit s'impliquer activement pour le mettre en place et motiver les membres. Il insiste pour dire qu’il connaît de nombreuses Églises qui ont tenté d'établir des cellules de maison sans l'engagement personnel de leur pasteur. Elles ont toutes lutté mais sans succès. Aux États-Unis, il existe une assemblée chrétienne importante dont le pasteur assista au séminaire sur la croissance donné à Séoul. Il comprit la valeur des cellules de maison, cependant au lieu de promouvoir lui-même les cellules de maison dans son Église, il en remit la responsabilité à un associé. Ce dernier s'occupa de toute l'organisation et les cellules de maison se constituèrent. Après deux années d'efforts, ces cellules stagnèrent; peu de personnes y assistaient et les membres n'étaient pas motivés pour annoncer l’Évangile. Pourquoi ? Les cellules de maison furent considérées comme un simple programme, parmi tant d'autres. Elles ne furent pas considérées comme la clé du réveil ou de la croissance ; après tout, tant d'autres programmes visent ces mêmes buts. Le pasteur n’étant pas activement impliqué, les membres ne prirent pas conscience de l’importance des cellules. Pour que les cellules de maison réussissent, le pasteur doit être convaincu de leur nécessité, au point de les considérer comme étant une question de vie ou de mort pour son assemblée[8].

Monsieur Cho est convaincu que le grand obstacle à la croissance des Églises est le manque de vision. La vision est un but à atteindre et lorsque nous nous mettons à rêver à ce but, ce rêve devient créatif[9]. Si nous n’avons pas de vision dit-il, nous ne produirons rien. En parlant constamment de nos buts et de nos visions, nous engendrons l’enthousiasme des personnes qui nous entourent. Mais il est important qu’il n’y ait pas plus d’une seule vision au sein de l’assemblée.

Cette vision doit venir du pasteur. Il la partage avec les diacres et les diaconesses et ils fixent ensemble des objectifs à atteindre afin de la réaliser. C’est, d’après lui, la condition préliminaire pour obtenir une véritable croissance; Dieu répond en fonction de la mesure de foi par laquelle nous lui donnons l’occasion d’agir et il est nécessaire que nous agissions comme si nous avions déjà reçu cette croissance: Votre croissance dépend de la mesure de vos rêves[10]. Une de leurs missionnaires se rendit au Japon avec un objectif de deux cents membres pour la première année. Elle organisa sa première cellule et se mit en quête de personnes dans le besoin. Au bout d’un an elle dépassa son objectif et atteint deux cent cinquante membres.

Pour recevoir une vision et des rêves nouveaux, le pasteur Cho demande aux responsables de son Église d’apprendre à entrer dans une communion authentique avec le Saint-Esprit : Pour réussir dans les affaires du Roi, il est nécessaire d’avoir une collaboration très étroite avec le Saint-Esprit[11]. C’est pourquoi leur assemblée est une assemblée qui prie. Une fois par semaine les chrétiens de leur Église prient toute la nuit et au moins 10.000 personnes participent. La prière est considérée comme une autre clé de leur réveil. De nombreux responsables de cellules passent aussi beaucoup de temps dans le jeûne et dans la prière pour le salut des personnes qu’ils évangélisent. En général, ils jeûnent d'un à trois jours par semaine.

Le style de la prédication faite par les animateurs des réunions va souvent déterminer si les cellules produisent une assemblée qui croît[12]. Dans sa pratique personnelle de prédication, le pasteur Cho se donne l’objectif principal d’aider les gens à rencontrer personnellement Jésus-Christ. Son second objectif est d’aider les gens à réussir dans tous les domaines de leur vie : spirituel, physique, professionnel et intellectuel. Finalement, le but de sa prédication est d’aider les gens à mieux servir Dieu et leur prochain. D’après lui, une relation intime avec le Saint-Esprit est un élément primordial pour réussir une prédication. C’est au contact de Sa présence intime qu’on reçoit l’inspiration et l’onction pour le message dont l’assemblée a besoin : Si je n’ai pas l’onction de l’Esprit, mon message n’engendrera aucun résultat, quel que soit le temps consacré à la préparation du sermon[13]. Il s’appuie peu sur la philosophie et sur l’histoire de l’Église apprise à son école biblique... Après vingt-trois ans de prédication, il est convaincu que c’est seulement la Parole de Dieu qui donne vie à l’assemblée. Il commence toujours sa prédication en parlant de la bonté de Dieu et il essaye d’orienter ses sermons pour répondre aux besoins de ses auditeurs.

En résumé, la croissance est possible si l’Église s’engage pleinement dans l’annonce de l’Évangile aux non-chrétiens en les invitant à accueillir Jésus comme leur Sauveur et Seigneur: Si elle ne le fait pas, soit elle stagnera, soit elle mourra[14]. C’est aussi grâce à l'engagement inconditionnel du pasteur, à la communication d'une vison, aux buts fixés, à la prière, aux jeûnes, à une prédication inspirée, à l’implantation de cellules de maison et à la motivation des responsables de cellules que la croissance a lieu. Les membres des cellules ont à témoigner du Christ dans leurs milieux de vie : famille, amis, travail, activités sociales, voisins, etc. Ils entrent en contact avec leur entourage en rendant service selon les besoins rencontrés puis invitent les personnes aux réunions de cellules. C’est là qu’elles entendront la parole de Dieu prêchée en vue de leur faire connaître le Christ. Jésus est présenté comme celui qui peut répondre à leurs attentes et à leurs aspirations : miséricorde, salut, paix, guérisons, etc. Quand ils acceptent Jésus comme « Sauveur et Seigneur », ils sont invités dans la grande assemblée et à participer à l’annonce de l’Évangile avec les autres membres des cellules. Leur expérience et leur zèle de nouveaux convertis seront alors mis à profit pour témoigner auprès des personnes nouvelles.

Malgré le développement foudroyant qu’a connu cette communauté, sa croissance n’a été ni facile, ni de tout repos. Le pasteur Cho explique qu'il est nécessaire d’investir temps et argent pour mettre en place le système des cellules d'évangélisation, mais qu'une fois en place, celui-ci permettra une croissance efficace et durable.

Auteur: Pierre-Alain Giffard

Cet article se trouve dans le livre : GIFFARD, Pierre-Alain, La croissance de l’Église : outils et réflexions pour dynamiser nos paroisses, Nouan-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2012.


[1] P. Y. CHO, Les cellules de maison et la vie de l’église, Miami, Ed Vida, 1989, p. 62.
[2] Ibid., p. 88.
[3] Ibid., p. 40.
[4] Ibid., p. 117.
[5] Id, Au-delà des chiffres, Miami, Ed Vida, 1986, p. 47.
[6] Ibid., p. 42.
[7] Id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 142.
[8] Ibid., p. 109.
[9] Ibid., p. 168.
[10] Ibid., p. 169.
[11] Ibid., p. 123.
[12] Ibid., p. 145.
[13] Ibid., p. 120.
[14] Ibid., p. 61.

LA CROISSANCE DE L'ÉGLISE